Accueil ActualitéSécurité et défenseYémen : Al‑Alimi peut‑il prendre des décisions souveraines ?

Yémen : Al‑Alimi peut‑il prendre des décisions souveraines ?

par Sara
Yémen, Arabie saoudite, Émirats arabes unis

Les décisions récentes prises par le président du Conseil de leadership présidentiel, Rashad al‑Alimi, ont déclenché une vive controverse au Yémen et sur la scène régionale. Soutenues sans délai par l’Arabie saoudite, elles ont notamment abouti à une demande pressante faite aux Émirats arabes unis de retirer leurs forces du territoire yéménite — retrait qui a été annoncé dans les heures qui ont suivi. Pour autant, ces mesures suscitent des interrogations sur la portée de l’autorité Rashad al‑Alimi et sur la légalité d’actes qualifiés par certains d’unilatéraux.

Une décision soutenue par Riyad

Riyad a apporté un soutien public et immédiat aux gestes du président du Conseil, appelant à une application rapide des décisions prises. Cette posture a joué un rôle déterminant dans la réaction des Émirats, qui ont confirmé la fin de leur présence militaire résiduelle au Yémen peu après l’annonce.

Parallèlement, des images et séquences partagées sur les réseaux sociaux ont attesté de mouvement de troupes et d’opérations de retrait, renforçant l’impression d’une accélération des événements sur le terrain.

Division au sein du Conseil

La mesure a profondément divisé le Conseil de leadership présidentiel. Quatre membres ont publié une déclaration commune pour rejeter les décisions, estimant qu’elles violent l’accord de transfert de pouvoir et manquent d’assise constitutionnelle.

Les opposants soutiennent que le Conseil fonctionne comme une instance collective et qu’il est donc inapproprié que des décisions souveraines soient prises sans consensus ou sans règles internes clairement appliquées.

Arguments juridiques pour et contre

Du côté des partisans d’al‑Alimi, des juristes rappellent que la décision de transfert de pouvoirs d’avril 2022 a confié au Conseil des prérogatives exécutives et souveraines étendues, et qu’elle prévoit explicitement certaines compétences pouvant être exercées par son président.

À l’inverse, des experts et activistes estiment que l’exercice unilatéral de pouvoirs — notamment en matière de sécurité et d’accords internationaux — heurte le principe de collégialité inscrit dans la feuille de route du transfert de pouvoir. Ils avertissent que ces décisions pourraient faire l’objet de recours judiciaires ou provoquer une crise politique plus large.

Les prérogatives contestées

Plusieurs attributions ont été présentées comme relevant en propre du président du Conseil, ce qui alimente le débat. Parmi ces prérogatives figurent :

  • la direction suprême des forces armées ;
  • la représentation de la république intérieurement et extérieurement ;
  • la ratification d’accords ne nécessitant pas l’approbation du Parlement après avis du gouvernement ;
  • la proclamation de l’état d’urgence et la mobilisation générale conformément au cadre constitutionnel et légal.

Ces compétences sont au cœur du différend : selon certains, elles permettent à al‑Alimi d’agir rapidement face à une menace ; selon d’autres, elles ne dispensent pas d’un processus collégial pour des décisions aux conséquences politiques lourdes.

L’état d’urgence au cœur du litige

La proclamation de l’état d’urgence par le président du Conseil cristallise la controverse. Ses défenseurs estiment qu’en situation d’exception — notamment face à des mouvements armés — l’exercice de pouvoirs renforcés par le chef de l’exécutif est conforme au droit constitutionnel comparé.

Les opposants rétorquent que le recours à ce régime extraordinaire doit rester strictement encadré et, surtout, ne pas servir de prétexte à des décisions unilatérales affectant durablement l’équilibre institutionnel.

Justifications liées aux violences

Parmi les arguments avancés en faveur d’un geste ferme, les autorités évoquent des opérations militaires menées par des factions du mouvement sécessionniste du Sud, accusées d’avoir franchi des lignes, attaqué des camps gouvernementaux, causé des pertes humaines et pillé des dépôts d’armes.

Ces événements sont présentés par le gouvernement comme des actes de rébellion armée mettant en danger l’ordre constitutionnel et la sécurité nationale, justifiant selon lui des réponses rapides, y compris sous la forme d’unilatéralités présidentielles.

Enjeux et risques

Le conflit d’interprétation expose le Yémen à plusieurs risques : contentieux juridiques susceptibles de s’étendre, montée des tensions entre factions rivales au sein du Conseil, et affaiblissement des institutions si les décisions souveraines sont perçues comme arbitraires.

De leur côté, certains juristes mettent en garde contre l’instrumentalisation des procédures constitutionnelles à des fins politiques, tandis que d’autres appellent à respecter le principe d’une autorité capable d’agir face à des menaces immédiates.

Dans ce contexte mouvant, la question centrale demeure : quelle est l’étendue réelle de l’autorité Rashad al‑Alimi et jusqu’où peut-elle légitimement s’exercer sans compromettre la fragile cohésion institutionnelle du pays ?

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/1/3/%d9%87%d9%84-%d9%8a%d9%85%d9%84%d9%83-%d8%a7%d9%84%d8%b9%d9%84%d9%8a%d9%85%d9%8a-%d8%a7%d9%84%d8%b3%d9%84%d8%b7%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%b4%d8%b1%d8%b9%d9%8a%d8%a9-%d9%84%d8%a5%d8%b5%d8%af%d8%a7%d8%b1

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