Les fraudes bancaires par manipulation ont représenté 516 millions d’euros en 2025, en hausse de 34 % sur un an, selon l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France. Le mécanisme le plus courant est celui du faux conseiller : la victime est poussée à valider elle-même une opération, souvent un virement. Face à un appel ou à un message pressant, il ne faut pas exécuter de manipulation demandée : il vaut mieux raccrocher et joindre sa banque par un canal connu.

Cette progression contraste avec l’ensemble des paiements : les montants de fraude ont augmenté de 3,8 % en 2025, tandis que le nombre d’opérations frauduleuses a reculé de 7,6 %. Le point de vigilance n’est donc pas seulement technique. Il tient à l’usurpation de confiance, à l’urgence fabriquée et à la validation obtenue auprès du titulaire du compte.

Une fraude qui fait agir la victime

La fraude par manipulation consiste à amener une personne à accomplir une action qui paraît protectrice mais sert en réalité l’escroc. Le faux conseiller bancaire en est la forme la plus fréquente. L’interlocuteur peut évoquer une opération suspecte, installer un sentiment d’urgence et demander de cliquer, de communiquer un code ou de valider une opération.

Le piège est d’autant plus crédible qu’il peut s’appuyer sur des informations déjà connues de la victime. Mais la Banque de France rappelle une règle simple : une banque n’a pas besoin de demander à son client une manœuvre pour arrêter un paiement qu’elle soupçonne frauduleux. L’urgence ne doit donc pas conduire à agir pendant l’appel.

516 millions d’euros, avec le virement au premier plan

Les 516 millions d’euros de fraudes par manipulation recensés en 2025 représentent 41,6 % de la fraude totale aux moyens de paiement. Après une stabilisation en 2024, leur montant est reparti à la hausse. Le virement concentre 376 millions d’euros de préjudice ; le préjudice lié aux paiements par carte est, lui, resté stable dans cette catégorie.

Ces données ne signifient pas que tous les usages se dégradent. Le taux de fraude à la carte a de nouveau baissé, à 47 euros pour 100 000 euros de paiement, d’après l’Observatoire. C’est précisément ce contraste qui éclaire l’enjeu : lorsque les protections des paiements progressent, les escrocs peuvent chercher à contourner le dispositif en persuadant l’utilisateur d’autoriser lui-même l’opération.

Face à un doute, interrompre l’échange et utiliser le bon canal

Un appel ou un message présentant une urgence bancaire ne doit pas être traité dans la précipitation. Il faut mettre fin à l’échange, ne pas communiquer de code et rappeler son établissement via le numéro déjà enregistré, figurant sur le site officiel ou au dos de la carte. Cette précaution permet de vérifier si l’alerte est réelle sans laisser le contrôle de l’échange à l’interlocuteur initial.

Lorsqu’il s’agit d’une fraude à la carte, Service-Public recommande de faire opposition au plus vite, puis de contacter sa banque ; les démarches et règles applicables varient selon la situation. Ce cadre ne permet pas de présumer d’une indemnisation : les circonstances de chaque opération comptent.

Des réponses attendues des banques, des télécoms et des plateformes

L’Observatoire veut renforcer la prévention à plusieurs niveaux : sécurisation des numéros d’appel et des identifiants de SMS avec le secteur des télécoms, coopération avec les plateformes numériques, outils bancaires de détection et de prévention, et campagnes de sensibilisation. Il évoque notamment l’étude d’un numéro unique anti-fraude permettant de joindre rapidement sa banque en cas de soupçon.

Ces orientations ne remplacent pas les réflexes individuels, mais elles montrent que la fraude par manipulation dépasse la seule relation entre un client et sa banque. Elle circule aussi par les téléphones, les messageries, les publicités et les données compromises. La première protection reste donc de ne pas valider une action sous pression.

Sources