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Nancy Huston prône la reconnaissance des différences biologiques pour lutter contre la violence masculine

by Sara
France

Nancy Huston affirme que la reconnaissance des différences biologiques est essentielle pour comprendre et réduire la violence masculine, argument développé dans son nouvel essai Les Indicibles, publié le 3 septembre chez Actes Sud.

Nancy Huston détaille l’argument biologique et culturel dans Les Indicibles

Dans son essai qui paraît le 3 septembre, l’écrivaine propose de «rematrer» le monde, néologisme visant à injecter «grandeur d’âme et du soin dans les relations entre les humains». Nancy Huston part de constats personnels et historiques pour expliquer comment la combinaison de facteurs biologiques et culturels a contribué à des rôles sexués persistants, facteurs qu’elle juge indispensables à reconnaître pour désamorcer la violence masculine.

L’auteure insiste pour que les sciences humaines deviennent «perméables aux sciences biologiques» afin de mieux comprendre «les origines de la violence» et de combattre le manichéisme. Elle précise toutefois qu’affirmer que certaines tendances sont innées «ne revient pas à dire qu’elles sont inamovibles; a contrario, si l’on espère les modifier, il faut d’abord les reconnaître, admettre qu’elles ont longtemps été utiles pour notre survie, et prendre conscience du fait qu’elles sont devenues contreproductives».

Nancy Huston explique que l’évolution de l’espèce a modelé des différences physiologiques : «Au fil des millénaires, les individus avec un cerveau plus gros que la moyenne ont eu plus de descendants et peu à peu, cela a entraîné une augmentation de la boîte crânienne chez le nouveau‑né, rendant l’accouchement compliqué et ceci, même si le temps de gestation est passé de 12 à 9 mois», écrit-elle, liant ces transformations aux représentations culturelles de la douleur, du désir et des rôles sexuels.

Décryptage des comportements sexués : Eros, Thanatos et le regard des femmes

L’essayiste développe la dichotomie entre Eros et Thanatos pour rendre compte de la répartition genrée des intérêts culturels et émotionnels. Elle observe que certains artefacts culturels sont majoritairement consommés par les femmes (poésie, romans d’amour, magazines féminins) tandis que d’autres le sont par les hommes (épopées, films de guerre, sports, jeux vidéo).

Sur l’attraction envers le mâle dominant, Nancy Huston rappelle la logique darwinienne : «une femme fond en présence d’un mâle dominant, car un mâle fort est plus à même de les défendre, elle et sa progéniture», et ajoute que, aujourd’hui, la domination se traduit aussi par l’aisance sociale et économique. Elle critique cependant le rôle que joue ce choix sur «l’humiliation des faibles» : «en accordant leurs faveurs aux plus forts, les femmes participent à l’humiliation des faibles», écrit-elle.

L’auteure se dit également préoccupée par le female gaze : elle estime que le regard des femmes sur les femmes, amplifié par les plateformes numériques, peut être «encore plus aliénant que celui des hommes». Elle écrit notamment que «la beauté est force féminine, mais elle est faiblesse aussi, se retournant contre nous lorsqu’elle devient but en soi. En vérité, nous sommes alors *matées* par les hommes dans les deux sens du terme. Vues et vaincues. Regardées et défaites».

Un autre point soulevé est la négation culturelle de l’érection et de la nécessité d’éjaculation chez certains hommes. Huston met en garde contre les conséquences de la culpabilisation sexuelle : «lorsqu’on interdit ou empêche les hommes d’éjaculer, lorsqu’on les culpabilise parce qu’ils ont besoin d’éjaculer, ils éjaculeront quand même mais de façon secrète ou illégale. Au mieux, ils recourront au porno et/ou aux travailleuses du sexe; au pire, ils commettront attouchements, viols et incestes.»

Propositions concrètes pour réduire la violence masculine et renforcer la solidarité

Pour remédier à ces dynamiques, Nancy Huston avance plusieurs solutions concrètes, tirées de son dernier chapitre. Parmi elles figure la reconnaissance et la protection des travailleuses et travailleurs du sexe. Elle plaide ainsi :

«Apprenons et enseignons le respect pour les talents qu’iels déploient, reconnaissons qu’iels remplissent une fonction indispensable et, pour cette raison, méritent reconnaissance et sécurité sociale. Comme l’ont prouvé de nombreuses études scientifiques, dans tous les pays où le travail du sexe est légal, le taux de viol diminue.»

L’écrivaine appelle aussi à une plus grande solidarité féminine, s’inspirant des bonobos et des travaux de Frans de Waal : «la puissance des alliances féminines explique pourquoi les bonobos mâles exercent si rarement de la force brute sur les femelles», note-t-elle. Elle exhorte les femmes à cesser «d’instrumentaliser notre beauté pour séduire des hommes» et à prendre conscience des coûts humains et sociaux de l’industrie de la beauté.

Enfin, Nancy Huston propose de «faire renaître l’émerveillement» : respecter les enfants — «ceux que nous engendrons ou que nous éduquons, mais aussi ceux que nous étions nous-mêmes, et que nous portons en nous à tout jamais» — pour nourrir des relations moins violentes et plus attentionnées.

Les Indicibles de Nancy Huston, Actes Sud, 224 p.

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source:https://www.letemps.ch/articles/contre-la-violence-masculine-nancy-huston-reaffirme-les-differences-biologiques-entre-hommes-et-femmes

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