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Le cessez-le-feu en Syrie est sérieusement menacé après de nouveaux affrontements entre les forces gouvernementales et les Forces démocratiques syriennes (SDF). Les violences sont survenues quelques jours seulement après l’annonce d’une trêve, et ont entraîné le retrait des formations kurdes de plusieurs zones à l’ouest de l’Euphrate.
Les pourparlers tenus à Damas entre le président syrien Ahmed al‑Sharaa et le chef des SDF, Mazloum Abdi, se sont soldés par un échec, et Abdi est retourné dans le nord‑est du pays, selon des sources. Sur le terrain, les tensions ont rapidement dégénéré en échange de tirs et en mouvements de troupes.
Evasions de détenus et jeu des accusations
Les affrontements ont été accompagnés d’une controverse sur l’évasion de détenus de l’EI depuis la prison d’al‑Shaddadi, où plusieurs centaines de membres présumés de l’organisation étaient détenus. Le ministère de l’Intérieur syrien a indiqué avoir repris 130 des quelque 200 détenus qui s’étaient évadés.
Le gouvernement a accusé les SDF d’avoir libéré des djihadistes comme « chantage politique et sécuritaire », affirmant que l’armée avait volontairement contourné la prison conformément à un accord prévoyant une remise ultérieure des lieux aux autorités de Damas. Les SDF, pour leur part, affirment avoir « perdu le contrôle » de la prison après une attaque menée par des combattants tribaux liés à l’armée.
Le commandement des SDF a mis en cause le gouvernement pour ne pas avoir respecté l’accord, soulignant que sans volonté politique de mise en œuvre du cessez‑le‑feu, ses forces ne pourraient être désarmées.
Escalade militaire autour des prisons
Le pacte conclu en début de semaine prévoyait notamment le retrait des SDF de zones autour de Raqqa et de parties de Deir ez‑Zor, ainsi que de l’enceinte de la prison d’al‑Aqtan. Toutefois, des correspondants sur place ont rapporté que l’armée syrienne avait commencé des tirs d’artillerie autour de la prison et du quartier général de la 17e Division des SDF à Raqqa.
Des sources locales dans la province de Hasakah ont également indiqué que l’armée avait atteint le carrefour Panorama, à l’entrée sud de la ville de Hasakah. Le ministre de l’Information a par ailleurs déclaré que les forces gouvernementales avaient sécurisé la ville d’al‑Shaddadi après avoir pris le contrôle de la prison qui s’y trouve.
Contrôle des prisons de l’EI : un enjeu central
Les SDF, appuyées par les États‑Unis pendant la lutte contre l’EI, contrôlent plus d’une douzaine de centres de détention dans le nord‑est de la Syrie, où près de 9 000 détenus liés à l’EI sont retenus depuis des années, souvent sans procès.
Le ministère de l’Intérieur syrien a déclaré être prêt à assurer la gestion et la sécurité de ces établissements « selon des standards internationaux », alors que le sort de ces détenus constitue un élément majeur du contentieux entre Damas et les autorités kurdes.
Pourparlers avortés et ultimatum
Les discussions de cinq heures entre al‑Sharaa et Abdi n’ont pas permis de sauver l’accord de cessez‑le‑feu. Le président syrien a proposé d’offrir à Abdi le poste de vice‑ministre de la Défense et de le nommer gouverneur de Hasakah, en échange du déploiement des forces de sécurité intérieure dans la capitale provinciale.
L’offre comportait en outre la condition d’un retrait des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) du territoire contrôlé par les SDF, une exigence sensible dans le contexte des relations turbulentes avec la Turquie. Mazloum Abdi a demandé cinq jours pour consulter ses instances, ce que Damas a rejeté, en posant un ultimatum et en menaçant de recourir à la force en cas de refus.
Rétorique, vidéos choquantes et rôle des puissances extérieures
Dans la rhétorique, les deux camps se sont mutuellement radicalisés : les SDF ont accusé le gouvernement d’être « sympathisant de l’EI » et d’agir sous influence turque, tandis que Damas a dénoncé toute tentative d’instrumentaliser la lutte contre le terrorisme à des fins politiques.
Par ailleurs, une vidéo attribuée à des scènes d’exécutions de combattantes kurdes a été dénoncée par la branche politique kurde comme une « reproduction du terrorisme » et une menace pour la sécurité régionale. Ces images ont contribué à attiser les tensions et la peur d’une nouvelle spirale de violences.
Sur le plan international, Washington se trouve dans une position délicate : les États‑Unis ont formé et soutenu les SDF contre l’EI et maintiennent des troupes dans la région, tout en renouant des contacts avec Damas. Les responsables kurdes redoutent que ces rapprochements n’obligent les Américains à choisir un camp, ce qui pourrait modifier l’équilibre sur le terrain.
Scénarios à court terme
- Poursuite des affrontements et effritement du cessez‑le‑feu, avec risque de déplacements de population.
- Renforcement des opérations autour des centres de détention et multiplication des risques d’évasion.
- Pression diplomatique accrue pour définir un rôle américain ou international dans la gestion des prisons et la stabilisation de la région.
Dans ce contexte fragile, l’avenir immédiat du cessez‑le‑feu en Syrie reste incertain, et la protection des détenus ainsi que des civils demeure au cœur des préoccupations humanitaires et sécuritaires.