Table of Contents
L’émission diffusée le 27 janvier 2026 a relancé le débat sur l’avenir des projets séparatistes en Syrie, après le récent recul politique et militaire des Forces démocratiques syriennes (FDS). Les intervenants se sont interrogés : ce recul marque-t-il la fin définitive des aspirations à l’autonomie ou la fédéralisation, ou ces projets peuvent-ils se recomposer si les circonstances régionales et internationales évoluent ? Le ton de la discussion a oscillé entre lecture de la défaite stratégique et appel à des garanties politiques pour éviter la résurgence des tensions.
Un enjeu stratégique et symbolique
Pour le chercheur Bassam Suleiman, les FDS avaient constitué l’ossature d’un projet séparatiste, soutenu par des soutiens extérieurs, et leur perte d’influence a porté un coup fatal à cette ambition. Selon lui, la domination prolongée sur des territoires riches en ressources n’a pas pu se traduire en légitimité populaire durable, et les récentes mobilisations arabes contre ces forces ont mis au jour la fragilité politique de leur projet.
En revanche, le député berlinois Gian Omar a refusé de qualifier la situation de défaite d’un « projet national » kurde. Il a insisté sur le fait que les principales revendications portent sur une gouvernance décentralisée et des garanties de citoyenneté, et non sur l’indépendance. Ainsi, pour lui, l’effondrement militaire ne signifie pas l’échec définitif d’aspirations politiques légitimes au sein d’une Syrie unie.
La question des droits et de l’image
Le débat a également abordé la dimension symbolique portée par les combattantes kurdes, devenues à l’échelle internationale un emblème de la résistance contre l’organisation État islamique. Cette image a nourri une reconnaissance mondiale de leur rôle militaire et a compliqué la lecture strictement négative de leur mouvement.
Pour autant, Suleiman a rappelé que cette image médiatique ne doit pas occulter des rapports évoquant des pratiques problématiques, comme le recrutement de mineurs ou des atteintes aux civils. Chaque camp a ainsi souligné des éléments contradictoires : valorisation du rôle anti-djihadiste d’une part, critiques de pratiques reprochées d’autre part.
Le rôle des puissances externes
La discussion s’est déplacée vers l’influence d’acteurs étrangers : États-Unis, Turquie, Israël et autres puissances régionales. Suleiman a estimé que compter sur un appui extérieur est une stratégie éphémère, rappelant que les soutiens internationaux se rétractent dès que leurs priorités changent.
Gian Omar a pour sa part souligné que la pression diplomatique internationale en faveur de l’unité syrienne limite aujourd’hui la marge de manœuvre en faveur d’un morcellement formel du pays. Néanmoins, il a reconnu que les ambiguïtés et les intérêts divergents des acteurs extérieurs peuvent créer des opportunités pour des projets locaux s’ils trouvent un relais régional approprié.
Le Sud syrien et les risques d’émiettement
Le présentateur a interrogé les invités sur les rumeurs de soutiens extérieurs dans le Sud syrien et sur la possibilité que de nouvelles formes d’autonomie émergent ailleurs dans le pays. Suleiman a mis en garde : toute entité qui parierait sur une protection étrangère découvrirait rapidement les limites d’un tel pari, faute de garanties pérennes.
Les deux intervenants ont convenu que l’absence de réponses politiques locales, notamment dans les provinces marginalisées, alimente les récits séparatistes. Dès lors, la stabilité dépend largement de mesures concrètes de réintégration et de justice sociale, plutôt que d’affrontements militaires ponctuels.
Fédéralisme ou décentralisation : quel péril ?
La question du fédéralisme a cristallisé les positions. Suleiman a averti qu’une forme de fédéralisation mal cadrée, dans un contexte post-conflit, pourrait devenir un premier pas vers la fragmentation, évoquant des expériences régionales où des revendications administratives ont débouché sur des ruptures plus profondes.
À l’inverse, Gian Omar a défendu l’idée qu’une décentralisation effective et constitutionnalisée, assortie de garanties contre la marginalisation, constituerait le meilleur antidote au séparatisme. Pour lui, sans une réforme institutionnelle qui assure la participation politique et des droits égaux, le rejet formel des projets séparatistes restera superficiel.
Garanties, réconciliation et perspectives
Les intervenants se sont accordés sur un point central : la mise en œuvre de garanties constitutionnelles et de mesures de confiance est essentielle pour désamorcer les motivations du séparatisme. Suleiman a appelé l’État syrien à proposer des actions tangibles, comme la protection des droits et la responsabilisation des institutions, afin de retirer le terreau des revendications autonomistes.
De son côté, Omar a insisté sur la nécessité d’une vraie inclusion politique et d’un processus de réconciliation qui ne se limite pas à des déclarations. En conclusion implicite, le débat a montré que si la dynamique militaire affaiblit aujourd’hui les projets séparatistes, l’absence de réformes profondes et de garanties politiques laisse la porte ouverte à leur éventuelle recomposition.