Des convois de tracteurs ont pénétré Toulouse mardi soir, annonçant le prélude d’une mobilisation agricole qui se poursuivra le jour même. Malgré une interdiction préfectorale et un dispositif sécuritaire renforcé, les engins agricoles ont fait leur entrée dans la Ville rose, surprenant les habitants et marquant le début d’une journée sous tension.
La nuit a été marquée par des moteurs qui ont grondé et une arrivée près de la préfecture de Haute-Garonne peu avant 23 heures, sans annonce ni itinéraire déclaré. Selon un agriculteur interrogé quelques heures plus tôt, l’objectif était de profiter de l’effet de surprise et d’éviter d’alarmer la préfecture. Les CRS étaient déjà en poste à l’arrivée des tracteurs.
Une Toulousaine témoigne avoir vu les engins se faufiler dans le centre-ville avec une présence policière renforcée et des échanges sur le respect des règles de circulation en vigueur.
Quatre interpellations ont été relevées, selon Maxime Raud, président de la Coordination rurale de Haute-Garonne. Deux personnes seraient sorties et deux autres seraient encore au commissariat. Au port de l’Embouchure, une dizaine d’engins agricoles ont formé un barrage, et des gaz lacrymogènes ont été utilisés par les forces de l’ordre.
Cette entrée nocturne préfigurait une nouvelle journée de mobilisation. Le mercredi 14 janvier, les agriculteurs de Haute-Garonne ont appelé des renforts venus d’autres départements de l’Occitanie, avec l’objectif de peser sur le mouvement, une semaine après une première tentative d’encerclement de la métropole. La veille, le barrage sur l’A64 à Carbonne, tenu pendant un mois par les Ultras de l’A64, avait été évacué par les forces de l’ordre.
Dans la nuit, les mouvements se sont poursuivis: selon une source policière, un convoi a été escorté par les gendarmes en direction du MEETT, le parc des expositions d’Aussonne, où une opération escargot était envisagée au petit matin. Un barrage a également été installé à Saint-Simon, au sud-ouest de Toulouse.
Autour de la métropole, les perturbations se sont étendues: l’autoroute A68 a été coupée dans les deux sens au niveau de Gragnague et Verfeil, avec des sorties interdites en direction d’Albi. La préfecture a réaffirmé la fermeté de l’État: la circulation des tracteurs et engins agricoles est proscrite sur l’ensemble du réseau routier de la Haute-Garonne jusqu’au vendredi 16 janvier, hors motif strictement agricole; les sanctions encourues ont été rappelées.
Selon la préfecture, quelques tracteurs ont été évacués ce matin, ce qui témoigne de la gestion des tirs de blocage en début de journée.
Pour contourner l’interdiction, l’intersyndicale (FDSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale et Confédération paysanne) revendique une « journée d’entraide », s’appuyant sur une disposition du Code rural autorisant les agriculteurs à se rendre service. Cette stratégie entretient l’incertitude sur les formes que prendra la mobilisation.
Au cœur des revendications demeurent le protocole d’abattage lié à une dermatose nodulaire contagieuse, la chute des cours du blé, le prix des engrais et l’inquiétude autour du traité de libre-échange avec le Mercosur.