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Sous l’administration de Donald Trump, les relations entre Washington et le continent africain semblent s’être réorientées : l’Afrique n’est plus perçue comme un partenaire du changement démocratique ou du développement humain, mais davantage comme un réservoir de ressources à exploiter. Ce basculement, analysé par des observateurs internationaux, ouvre un espace accru à l’influence de la Chine et de la Russie.
Politique minière et realpolitik
Depuis son retour au pouvoir, le président américain n’a pas manifesté d’intérêt apparent pour une visite sur le continent, et ses discours passés — lors desquels il a qualifié certains pays africains de « pays sales » — continuent de marquer les mémoires. Plutôt que d’investir dans la coopération institutionnelle, l’administration privilégie désormais l’accès aux minerais stratégiques nécessaires aux industries technologiques.
Dans ce cadre, les initiatives diplomatiques de Washington, comme ses tentatives de médiation entre Kigali et Kinshasa, sont lues par plusieurs analystes comme des manoeuvres visant à sécuriser l’accès aux gisements de cuivre et de cobalt, plutôt qu’à protéger les civils ou à favoriser la stabilité régionale.
Humiliations diplomatiques
La « diplomatie de la force » s’est manifestée de manière spectaculaire avec des gestes publics jugés humiliants par des dirigeants africains. Le ton des échanges a parfois tourné à l’accusation, comme lorsque la Maison-Blanche a mis en cause Pretoria en l’accusant de « génocide » contre une minorité, une accusation qui a profondément détérioré les relations entre les deux capitales.
Parallèlement, certaines décisions militaires, notamment des frappes par drones présentées comme visant à protéger des minorités religieuses, ont été perçues comme des démonstrations de puissance visant à satisfaire une base politique intérieure plutôt qu’à répondre à des menaces claires sur le terrain.
Retrait et vacuums stratégiques
En l’espace d’une année, plusieurs choix politiques ont accentué le retrait américain en Afrique et créé un vide diplomatique et économique.
- Arrêt massif de programmes d’aide et réduction des instruments de développement qui soutenaient depuis des décennies des millions de bénéficiaires.
- Vacances d’ambassades : la suppression rapide de postes diplomatiques a laissé plusieurs représentations sans successeurs, affaiblissant la présence institutionnelle américaine sur le continent.
- Retour sur des accords commerciaux préférentiels : la suspension ou la remise en cause d’accords d’exonération tarifaire a été suivie par l’instauration de droits de douane élevés, affectant particulièrement certains partenaires historiques.
Ce retrait a été immédiatement exploité par Pékin, qui a promptement supprimé ou réduit des barrières commerciales pour la plupart des pays africains. Le Kremlin, la Turquie et plusieurs autres acteurs régionaux ont également intensifié leurs initiatives pour combler le vide laissé par Washington.
Un risque de recul démocratique
Des observateurs craignent que la nouvelle posture américaine encourage des régimes autoritaires en Afrique à renforcer la répression interne, en considérant que les normes internationales se sont affaiblies. Le resserrement des politiques migratoires et des visas à l’égard de plus de vingt pays africains a par ailleurs donné l’impression d’un éloignement quasi systémique entre les États-Unis et le continent.
Ce contexte soulève une interrogation centrale : pour combien de temps la stratégie qui privilégie l’accès aux minerais au détriment des valeurs et des partenariats durables restera-t-elle payante ? À court terme, elle peut garantir l’approvisionnement en cuivre et en cobalt, mais à long terme, elle risque d’éloigner définitivement l’Afrique de l’influence américaine, au profit de rivaux géopolitiques.