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Présent physiquement nulle part, Donald Trump reste pourtant l’« éléphant dans la salle » du 39e sommet de l’Union africaine. Alors que les chefs d’État se réunissent, les décisions prises à Washington depuis l’élection du président américain pèsent lourdement sur les discussions et obligent les dirigeants africains à repenser leurs stratégies diplomatiques et économiques.
Un tournant dans la politique américaine
La nouvelle stratégie américaine pour l’Afrique marque un déplacement net : moins d’engagement multilatéral et d’aide traditionnelle, davantage d’accords bilatéraux axés sur les ressources, la sécurité et les intérêts commerciaux. Le dernier document stratégique de la Maison Blanche consacre à peine quelques lignes au continent, soulignant toutefois la volonté d’encourager des partenariats conditionnés à l’ouverture des marchés.
En conséquence, plusieurs programmes et instruments historiques d’aide ont été redéfinis, voire supprimés. Cette réorientation alimente une incertitude profonde chez de nombreux gouvernements africains, qui craignent à la fois la volatilité des financements et des accords à caractère plus « transactionnel ».
Répercussions sur la santé et le développement
Les coupes dans l’aide étrangère et la dissolution d’agences clés ont des effets rapides sur le terrain. Les experts dénoncent des interruptions de programmes vitaux, notamment dans la lutte contre le VIH et dans la santé maternelle et infantile.
Des organisations spécialisées estiment que ces réductions pourraient se traduire par des milliers de décès évitables et une recrudescence de la malnutrition et des maladies évitables dans plusieurs régions. Les responsables de santé publique au sein de l’Union africaine placent donc la sécurisation des financements et la continuité des programmes sanitaires parmi les priorités du sommet.
Tarifs douaniers et pression sur les secteurs exportateurs
La politique tarifaire américaine récente a également intensifié les inquiétudes. Des hausses individualisées de droits de douane ont frappé plusieurs pays africains, affectant des secteurs très spécialisés comme le textile et l’agriculture.
Si certaines mesures ont ensuite été amendées, l’effet de signal reste puissant : des économies dépendantes d’un accès stable au marché américain se retrouvent exposées à des risques importants. Dans ce contexte, l’extension temporaire d’un régime commercial préférentiel apporte un répit limité, mais n’efface pas l’incertitude à moyen terme.
Immigration et réplique diplomatique
Parmi les décisions les plus perturbatrices figure la suspension du traitement des visas pour 75 pays, dont une vingtaine et quelques autres en Afrique. Cette mesure a poussé plusieurs États africains à adopter des réponses réciproques, allant jusqu’à restreindre temporairement l’accès aux citoyens américains.
Au-delà de l’impact humain immédiat, ces tensions modifient les relations bilatérales et pèsent sur la coopération en matière d’éducation, d’investissement et de mobilité professionnelle.
Accords bilatéraux et nouveaux partenariats
Face au retrait partiel des États-Unis, l’administration américaine a multiplié les accords bilatéraux « à la carte », souvent centrés sur les ressources énergétiques, les terres rares et la sécurité. Plusieurs pays africains ont accepté de négocier ces formats ciblés, attirés par l’investissement et la promesse d’une montée en capacité industrielle.
Cependant, des voix critiques mettent en garde contre le risque d’une coopération trop « transactionnelle », sensible à la corruption et peu durable si elle n’est pas cadrée par des engagements de long terme.
Stratégies d’équilibrage des États africains
Pour éviter une dépendance exclusive, de nombreux gouvernements africains adoptent une stratégie de diversification : renforcement des liens avec la Chine, les États du Golfe, l’Union européenne et des partenaires intra-africains. Cette « politiques de couverture » vise à préserver une marge de manœuvre stratégique.
Selon des observateurs, la posture dominante au sommet devrait être celle d’une « ambiguïté stratégique » : ni confrontation ouverte avec Washington, ni alignement automatique, mais une volonté de négocier des partenariats réciproques, prévisibles et respectueux.
Le sommet en filigrane
À l’instar des discussions sur la santé et l’économie, le thème des principes internationaux et du droit est susceptible de traverser les débats. Plusieurs pays africains entendent affirmer leur rôle de « acteur normatif » sur la scène mondiale, notamment sur des questions telles que le respect du droit international et la justice internationale.
En toile de fond, la relation avec les grandes puissances — États-Unis, Chine et Russie — reste un jeu d’équilibre. De nombreuses capitales cherchent à exploiter la période d’incertitude pour renforcer leur autonomie stratégique, tout en préservant des canaux de coopération avec Washington lorsque cela sert leurs intérêts.
Points à suivre
- La sécurisation des financements de santé et la stabilité des programmes de lutte contre le VIH et la malnutrition.
- Les négociations sur des accords bilatéraux et leurs conditions, notamment en matière de transparence et de durabilité.
- Les décisions commerciales et les ajustements tarifaires susceptibles d’affecter les exportations spécialisées.
- La capacité de l’Union africaine à traduire l’équilibre diplomatique voulu par ses membres en positions communes et concrètes.
Au final, même absent physiquement, le président américain structure nettement l’agenda du sommet. Les dirigeants africains se présentent donc déterminés à négocier dans un contexte nouveau, où l’exigence de partenariats réciproques et prévisibles s’impose comme condition de toute coopération durable.