Dans le centre d’Amman, les kiosques de livres composent une bibliothèque à ciel ouvert où les genres se croisent sans ordre strict. Sur les étagères étroites, la poésie peut côtoyer le roman, l’histoire, la politique ou le développement personnel. Cette juxtaposition fait partie du paysage quotidien des rues fréquentées par les passants, les habitués des cafés et les personnes qui attendent leur bus.
Certains étals sont installés là depuis des décennies. Al-Tali’a et Hassan Abu Ali comptent parmi ces kiosques anciens que les lecteurs continuent de visiter, notamment pour chercher un titre rare ou une édition absente des librairies commerciales.
Khizanat al-Jahiz, une histoire de prêt et de transmission
Parmi les adresses citées, Khizanat al-Jahiz occupe une place particulière. Shahin al-Maaytah, qui en assure la gestion pour la quatrième génération, rattache l’histoire familiale à une recommandation de son grand-père, en 1856, à Jérusalem près de Bab al-Amoud. L’activité aurait ensuite gagné la Jordanie, circulé entre plusieurs villes avant de s’établir à Amman.
La boutique fonctionne aussi avec un dispositif de prêt. D’après son responsable, le lecteur verse une somme pour emporter l’ouvrage puis récupère l’essentiel du montant lorsqu’il le rend. Pour les clients réguliers, l’emprunt peut se faire contre un dinar. La logique est de laisser les livres passer de main en main plutôt que de les réserver à des rayonnages privés.
Des fonds anciens et des lectures qui évoluent
Khizanat al-Jahiz conserve des manuscrits ainsi que des éditions lithographiées et de Boulak âgées de plus de deux siècles. Ses rayons comprennent aussi des ensembles consacrés à Damas, à l’Arabie saoudite et à l’histoire d’Amman, ce qui en fait un point de passage pour les lecteurs à la recherche d’ouvrages plus difficiles à trouver.
Les propriétaires de kiosques interrogés estiment que les livres de développement personnel représentent jusqu’à 70 % de leurs ventes. Ce chiffre relève de leurs observations et non d’un décompte général du marché. Romans, recueils de poésie, essais et livres d’histoire gardent toutefois leur public. Le reportage relève également une présence visible d’éditions irakiennes dans les rayons littéraires et politiques.
