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Ce médicament est présent, c’est certain, dans quasiment toutes les armoires à pharmacie françaises. L’an dernier, il s’en est vendu presque 10 millions de boîtes, et il fait partie des 20 médicaments les plus prescrits en France.
Le Spasfon, car il s’agit bien de lui, est un médicament antispasmodique qui ressemble à un couteau suisse. Cela fait 60 ans qu’on le prescrit pour les douleurs des voies biliaires, les douleurs des voies digestives, celles de la vessie, les règles douloureuses…
Le Spasfon fait de la résistance
Jeune adolescente, c’est ce que le médecin me prescrivait pour les douleurs de l’endométriose (sans aucun effet, cela va de soi). Quelques années plus tard, c’est ce que l’on m’a injecté à l’hôpital pour une crise de colique néphrétique (un placebo aurait eu le même effet !)
Depuis, l’efficacité du phloroglucinol, la molécule du Spasfon, a régulièrement été mise en cause, notamment dans un livre de la philosophe Juliette Ferry-Danini, mettant en lumière les inconnues qui entourent l’utilisation massive de ce médicament en France. Mais le Spasfon fait de la résistance !
Une alerte de la revue Prescrire
Cette fois, c’est la revue Prescrire qui pointe du doigt les comprimés roses, à l’occasion de la publication de son bilan 2025 des médicaments à écarter. Elle rappelle qu’en Europe, le phloroglucinol n’est plus autorisé qu’en France et en Italie. En Belgique, le Spasfon n’est plus commercialisé depuis 2010. Il n’est pas non plus disponible en Suisse.
Il n’y a rien à attendre du phloroglucinol
Après avoir recensé et étudié 7 synthèses méthodiques portant sur divers médicaments anti spasmodiques et une quinzaine de rapports d’essais cliniques sur le phloroglucinol, Prescrire annonce que le médicament n’a pas d’intérêt clinique démontré au-delà de celui d’un placebo.
La revue l’a donc placé sur sa liste des « médicaments à écarter pour mieux soigner », lui reconnaissant un éventuel intérêt symptomatique jugé « modeste » chez les patients gênés par des troubles intestinaux bénins récurrents (autrement dit le syndrome de l’intestin irritable).
Dans les autres situations cliniques, qu’elles soient urinaires, gynécologiques, biliaires ou digestives, il n’y a rien à attendre du phloroglucinol au-delà de l’efficacité d’un placebo, et il est plus utile de rechercher avec les patients d’autres options antalgiques.