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Le débat sur le contrôle des armes au Liban s’est imposé au centre de l’actualité après la décision du gouvernement de confier à l’armée l’élaboration d’une stratégie d’exécution. Cette décision, qualifiée d’étape décisive, soulève des interrogations sur l’avenir de l’arsenal du Hezbollah et sur la place du Liban dans ses équilibres internes et ses relations externes.
Dans une interview accordée à Al Jazeera Net, Charles Jabbour, responsable de la communication au sein du parti des Forces libanaises, considère que la décision gouvernementale marque la fin de la fameuse équation « l’armée, le peuple et la résistance » et ouvre la voie à une phase où la souveraineté de l’État redevient exclusive sur le territoire national.
Contexte et portée de la décision
Le gouvernement a récemment adopté une décision visant à faire du monopole de la force l’apanage exclusif de l’État, conformément à la Constitution libanaise. Selon Charles Jabbour, cette mesure met fin à une situation exceptionnelle née après 1990, lorsque l’influence iranienne et syrienne a contribué à maintenir le pays en instabilité et à favoriser la circulation d’armes non étatiques.
Il souligne que l’arsenal du Hezbollah figure en tête des armements non régulés et représente, selon lui, un facteur de déséquilibre entraînant le Liban vers des crises et des conflits incessants.
Quelle est la prochaine étape ?
La tâche concrète de rassembler et de contrôler les armes revient désormais à l’armée libanaise. Le gouvernement a chargé l’institution militaire de définir les modalités et le calendrier d’application sur le terrain.
Pour Jabbour, la décision politique attendue manquait jusqu’à présent, permettant au Hezbollah de se justifier par la notion de « résistance ». Désormais, la question du désarmement devient une obligation d’application plutôt qu’un sujet de débat.
Capacité de l’armée et risques d’affrontement interne
Interrogé sur la capacité de l’armée à désarmer le Hezbollah, Jabbour réaffirme que la portée opérationnelle appartient à l’institution militaire. Il insiste sur le fait que le gouvernement a pris un choix politique clair les 5 et 7 août, rompant avec l’ancienne équation et positionnant l’État comme seul dépositaire de la force.
Le responsable des Forces libanaises estime que la discussion n’est plus une option, puisque le dialogue tenté depuis 2006 n’a pas produit de résultats tangibles et a servi à prolonger l’impasse.
Le rôle du Hezbollah dans les crises libanaises
Selon Jabbour, le dispositif d’armement du Hezbollah demeure au cœur de la crise nationale. Il accuse le mouvement d’avoir provoqué la guerre de 2006 avec Israël et d’avoir été à l’origine d’escalades récentes, faisant du stock d’armes une source récurrente de déstabilisation.
À ses yeux, ce pouvoir militaire parallèle empêche la consolidation de la stabilité et bride le développement économique et social du pays.
Appui international et régional à la souveraineté
Jabbour affirme que les positions internationales et arabes soutiennent désormais clairement la Constitution libanaise et le monopole de la force par l’État. Il considère que l’aide extérieure est conditionnée à la capacité du Liban à fonctionner en tant qu’État réel, indépendant des jeux régionaux.
Il rappelle que, contrairement aux périodes où l’influence iranienne et le maintien de la « résistance » ont été tolérés, le contexte actuel présente un alignement international favorable à la restauration de l’autorité étatique.
- Fin du statu quo tolérant la dualité des armes.
- Conditionnalité de l’aide internationale au rétablissement de la souveraineté.
Impact des évolutions en Syrie
Les changements en Syrie influencent directement le Liban. Jabbour souligne l’importance d’un retour à la stabilité syrienne pour la stabilité libanaise.
Il plaide pour des relations bilatérales « État à État », fondées sur le respect mutuel et la non-ingérence, en phase avec le regain de rapprochement arabe et le soutien international à la réintégration syrienne.
Réactions populaires et tensions
La décision gouvernementale a suscité des réactions sur le terrain, y compris des manifestations hostiles de partisans du Hezbollah qui ont bloqué des voies et exprimé leur opposition au désarmement annoncé.
Ces réactions illustrent la sensibilité du dossier et les défis pratiques à venir lors de la mise en œuvre des mesures décidées par l’État.
Position sur le retour du régime syrien dans la région
Les Forces libanaises considèrent la réintégration de la Syrie sur la scène régionale comme une évolution positive, à condition qu’elle s’inscrive dans un cadre de respect mutuel et de non-ingérence.
Jabbour insiste sur la nécessité d’un partenariat pragmatique entre voisinages, bâti sur la souveraineté des deux États et la normalisation des relations.
Quelle stratégie pour restaurer les relations arabes et le climat d’investissement ?
Pour rétablir des liens solides avec les pays arabes et du Golfe, Jabbour appelle à une priorité nette : mettre l’intérêt libanais en premier et réaffirmer l’exclusivité de l’État sur l’usage de la force.
Il estime que le Liban ne peut attirer investissements et soutien si ses territoires restent perçus comme des plateformes de tensions régionales, via incitation médiatique, menaces sécuritaires ou trafics transnationaux.
- Prioriser l’intérêt national sur les alliances étrangères.
- Restaurer la confiance par la souveraineté et le contrôle des frontières.
- Encourager les investissements en montrant un État stable et maître de lui-même.