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Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a reconnu que « plusieurs milliers » d’Iraniens ont été tués depuis le début des manifestations fin décembre, une admission rare de la part d’un dirigeant qui évite habituellement de chiffrer les pertes lors des mouvements de contestation. Les protestations, parties d’un mouvement de commerçants du centre de Téhéran, se sont rapidement étendues à de nombreuses villes du pays.
Ce que l’on sait
Les manifestations, initialement motivées par des griefs économiques, ont commencé le 28 décembre dans des quartiers commerçants avant de se transformer en expressions plus larges de colère contre le pouvoir. Les nuits des 8 et 9 janvier ont été signalées comme les plus meurtrières selon des autorités et des témoins présents sur place.
Le responsable de l’expertise médico-légale a déclaré que de nombreuses victimes avaient été touchées à la poitrine ou à la tête, parfois à bout portant ou depuis des toits, tandis que d’autres ont été poignardées. Les autorités ont aussi indiqué que la majorité des manifestants tués étaient des jeunes d’une vingtaine d’années.
Dans la nuit du 8 janvier, les communications mobiles ont été coupées, rendant impossibles les appels d’urgence. Après près de deux semaines de coupure, l’accès à Internet a été progressivement rétabli, mais une grande partie de la population reste dans l’incertitude sur l’avenir politique et sécuritaire du pays.
Sur le terrain, les manifestations ont fortement diminué, tandis que des milliers de membres des forces de sécurité lourdement armées ont établi des patrouilles et des points de contrôle, notamment autour de lieux sensibles comme le Grand Bazar de Téhéran.
La version officielle
Les autorités iraniennes, du pouvoir judiciaire aux responsables militaires, présentent une version consistant à imputer la violence à des « terroristes » armés et entraînés agissant pour le compte de puissances étrangères. Elles accusent en particulier les États-Unis et Israël d’avoir instrumentalisé la contestation pour déstabiliser le régime.
Khamenei a dénoncé l’ingérence étrangère et a critiqué les déclarations publiques de responsables étrangers. Le pouvoir affirme que des individus liés à des intérêts extérieurs ont tiré et poignardé des manifestants afin de décrédibiliser des mobilisations pacifiques.
Parallèlement, la justice a annoncé la création d’un groupe de travail conjoint pour accélérer les procédures liées aux troubles, et prévient que les participants aux « émeutes » feront face à des sanctions sévères et rapides.
Ce que disent les observateurs basés à l’étranger
Des organisations et médias basés hors d’Iran, ainsi que des opposants en exil, attribuent en revanche un grand nombre de morts aux forces de l’ordre. Une organisation fournissant des bilans fait état de plusieurs milliers de morts confirmés et de milliers d’autres cas en cours d’enquête, ainsi que de milliers de blessés graves et de dizaines de milliers d’arrestations.
Un bilan rapporté par un responsable régional non nommé évoque un nombre encore plus élevé de victimes, incluant des membres des forces de sécurité. Plusieurs observateurs signalent que les régions à majorité kurde dans le nord-ouest ont enregistré une proportion importante de décès.
Des témoignages et rapports évoquent aussi des pratiques contestées comme l’exigence d’un paiement par les familles pour permettre l’inhumation ou la pression pour faire reconnaître les victimes comme appartenant aux forces paramilitaires. Les autorités iraniennes rejettent ces allégations. À ce stade, des éléments chiffrés restent difficiles à vérifier de manière indépendante.
Position de Washington et de Tel-Aviv
Les responsables américains et israéliens ont, depuis plusieurs mois, laissé entendre la possibilité d’un changement de régime en Iran, position qui s’est manifestée de nouveau pendant les journées de contestation. Le président des États-Unis a encouragé les manifestants à rester dans la rue en évoquant une aide à venir et a appelé au départ du guide suprême.
Les propos américains ont suscité des réactions vives à Téhéran, où le parquet a qualifié ces interventions de « propos dénués de fondement » et a prévenu que la réponse serait « dissuasive et rapide ». Du côté israélien, le Premier ministre s’est montré prudent dans ses déclarations publiques et a demandé aux responsables gouvernementaux de limiter leurs interventions médiatiques après des propos de membres de sa majorité sur des activités en Iran.
Un avenir incertain
Si les manifestations sur la voie publique se sont calmées, le pays reste marqué par une profonde incertitude. La restauration partielle des communications n’a pas dissipé l’angoisse d’une population confrontée à des bilans humains lourds et à une forte présence sécuritaire.
Dans les jours et semaines à venir, les interrogations portent sur l’ampleur des enquêtes judiciaires, la transparence des comptes rendus officiels et la capacité des Iraniens à exprimer leurs revendications malgré le climat de répression et les restrictions sur l’information.