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Une vague de contestation née des difficultés économiques et de la chute du rial s’est rapidement éteinte en Iran après une dizaine de jours d’actions. Partie du grand bazar de Téhéran, la mobilisation visait d’abord la stabilité du taux de change et le pouvoir d’achat, mais elle a fini par se muer, pour une part minoritaire, en violences qui ont largement changé la donne.
De la grève du bazar à la réforme du dollar subventionné
Les premières mobilisations ont pris la forme de fermetures de commerces et de rassemblements au bazar, où les commerçants dénonçaient l’instabilité du taux de change et les pertes générées par l’écart entre le dollar officiel et le dollar de marché. À Téhéran et dans d’autres villes, ces protestations se sont articulées autour de revendications économiques et de demandes concrètes pour améliorer le quotidien.
Le gouvernement a répondu en proposant une réforme majeure : mettre fin à l’octroi direct de dollars à prix préférentiels aux importateurs et transférer le soutien directement aux consommateurs. L’objectif officiel était double : couper l’une des sources de rentes et de corruption qui alimentaient la spéculation, et conserver une partie de la devise étrangère au bilan de l’État pour stabiliser le taux de change.
Cette décision a heurté des intérêts installés — importateurs et intermédiaires — accusés de ne pas restituer les devises au taux accordé et de vendre au prix du marché. La mesure a contribué à alimenter le mécontentement initial et à cristalliser l’opposition de certains acteurs économiques.
Une soirée décisive et la montée de la violence
Après près de dix jours de manifestations principalement axées sur l’économie, une soirée a vu une escalade de la violence : attaques contre des bâtiments publics, affrontements avec les forces de sécurité, incendies de locaux commerciaux, et tirs à balles réelles. Des images diffusées montraient des individus tirant au hasard, ce qui a choqué de nombreux citoyens.
Ces violences ont provoqué des pertes humaines parmi les forces de sécurité et des civils, et ont été suivies de funérailles largement médiatisées. Rapidement, la dynamique pacifique qui avait animé les manifestations s’est effritée et une partie importante des protestataires a quitté la rue.
Pourquoi les manifestations se sont-elles rapidement éteintes ?
Plusieurs facteurs ont concouru à cet arrêt rapide :
- Escalade de la violence : l’apparition d’actions armées a fait fuir les manifestants majoritairement mobilisés pour des revendications économiques et non pour la confrontation.
- Crainte des ingérences étrangères : des déclarations publiques étrangères et des encouragements d’acteurs internationaux ont nourri la suspicion et la crainte d’un lien entre la violence et des forces extérieures.
- Risque pour la sécurité : l’insécurité grandissante dans la rue a dissuadé les citoyens soucieux de leur sécurité personnelle de poursuivre la mobilisation.
- Retour aux priorités économiques : beaucoup de manifestants ont préféré réinvestir le terrain économique et suivre l’évolution des mesures annoncées par le gouvernement.
Deux récits opposés
L’affrontement politique s’est aussi joué sur le terrain des récits. L’opposition a tenté de présenter les mobilisations comme une remise en cause de la légitimité du régime, appelant à l’unité contre le pouvoir et à des alternatives politiques plus larges. Cette opposition reste toutefois fragmentée, composée de courants variés — monarchistes, exilés, organisations armées et mouvements nationaux — sans leadership unifié.
De son côté, le pouvoir a fait la distinction entre les manifestants à revendications sociales et économiques, dont il reconnaît en partie la légitimité, et des groupes qualifiés d’« terroristes armés » ou d’agents étrangers, accusés d’avoir détourné le mouvement pour déstabiliser le pays. Les autorités ont diffusé des éléments d’enquête et retransmis des procès visant à conforter cette thèse.
Le rôle des acteurs extérieurs et les calculs stratégiques
Les autorités iraniennes ont dénoncé une implication extérieure à deux niveaux : un soutien direct allégué à des groupes armés et une campagne de pression internationale appelant à protéger les manifestants. Ces éléments ont été présentés comme la continuité d’un effort visant à affaiblir l’État iranien après les affrontements armés antérieurs dans la région.
Plusieurs facteurs ont cependant limité la possibilité d’une intervention extérieure ou d’une escalade militaire : l’essoufflement rapide des violences internes, des signaux clairs de dissuasion émis par les instances de défense iraniennes, la difficulté pour un agresseur potentiel d’atteindre ses objectifs stratégiques, et un niveau de préparation iranien plus élevé qu’attendu.
Impacts immédiats et perspectives
La vague de violence a tari le mouvement de rue centré sur les questions économiques. Dans le même temps, le gouvernement poursuit la mise en œuvre de ses réformes monétaires, en pariant sur un effet stabilisateur sur le marché des devises et sur le pouvoir d’achat.
Sur le plan international, la fenêtre diplomatique reste fermée : les positions des parties sur les conditions d’un dialogue restent éloignées, rendant improbable la relance rapide de négociations majeures entre l’Iran et les États-Unis. À moyen terme, la menace d’une nouvelle confrontation externe persiste, mais l’hypothèse d’un effondrement intérieur ayant mené à une intervention étrangère paraît, pour l’instant, arrêtée.
En définitive, les manifestations en Iran ont commencé comme une réaction populaire aux difficultés économiques et à l’inflation, mais elles se sont éteintes vite après l’émergence d’un volet violent et la polarisation autour d’accusations d’ingérence étrangère. Le fauteuil politique et économique reste tendu : les mesures annoncées visent à répondre aux revendications sociales, tandis que le pouvoir maintient un haut degré de vigilance face aux menaces extérieures et à la possibilité de nouvelles tensions internes.