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Les autorités iraniennes durcissent leur répression après plusieurs semaines de manifestations, en multipliant arrestations, saisies d’actifs et restrictions de communication. Le pouvoir affirme vouloir infliger des peines sévères aux « fauteurs de troubles » et cherche à recouvrer les pertes matérielles liées aux affrontements, alors qu’un blackout internet massif continue de gêner l’accès à l’information pour une grande partie de la population.
Répression judiciaire et vagues d’arrestations
La direction du pouvoir judiciaire a déclaré que les procédures à l’encontre des personnes arrêtées pour « émeutes » viennent à peine de commencer, et a insisté sur la nécessité d’éviter toute clémence jugée injustifiée. Lors d’une réunion avec le président et le président du parlement, les principaux responsables ont promis des sanctions « décisives » à l’encontre des « meurtriers et séditionnaires terroristes », tout en laissant la porte ouverte à une éventuelle indulgence pour ceux qui auraient été « trompés » par des puissances étrangères.
Depuis le départ des mobilisations, déclenchées fin décembre par des commerçants au centre de Téhéran, des dizaines de milliers de personnes ont été interpellées, selon les autorités, qui annoncent de nouvelles arrestations presque quotidiennement. Des opérations menées ces derniers jours ont visé plusieurs villes, les responsables évoquant l’arrestation de « leaders des émeutes » et d’un prétendu « groupe terroriste » entré par les frontières occidentales.
Le chef de la police a également ordonné aux manifestants « trompés » de se rendre dans un délai limité afin de bénéficier de peines réduites, affirmant que de nombreux détenus avaient avoué des actes de violence, de meurtre et de pillage. Par ailleurs, la télévision d’État a diffusé des aveux de dizaines de personnes dont les visages avaient été floutés, une pratique critiquée par des observateurs internationaux depuis des années.
Confiscations et pressions économiques
Les autorités ont annoncé vouloir compenser financièrement les dégâts commis pendant les manifestations en saisissant les biens de ceux qu’elles qualifient de soutiens de la « sédition monarchique ». Le procureur général a affirmé que la loi permettrait de réclamer les dommages auprès des instigateurs et de les tenir responsables.
Parmi les mesures rapportées, la saisie de l’ensemble des actifs d’un homme d’affaires important — incluant une chaîne de cafés réputés et plusieurs marques alimentaires — aurait été ordonnée, la valeur de ces biens étant, selon les médias officiels, proche du montant des dommages subis à Téhéran. Des personnalités publiques qui avaient soutenu les manifestations ont également vu leurs entreprises ciblées, illustrant la volonté du pouvoir d’affirmer une pression économique sur les opposants.
Tensions diplomatiques et réactions à l’étranger
Les autorités iraniennes ont attribué une part de responsabilité aux États-Unis et à Israël, accusant ces puissances d’avoir financé ou instrumentalisé les manifestations. Les récents propos d’un ancien président américain appelant les Iraniens à renverser les institutions ont provoqué une vive réaction des plus hautes instances du régime.
Le Conseil des Gardiens a condamné ce qu’il a qualifié d’insultes et de rhétorique provocatrice, avertissant que toute atteinte à la position du Guide suprême serait considérée comme une « ligne rouge » entraînant des conséquences lourdes. Le président du parlement a aussi dénoncé le discours extérieur, l’estimant destiné à semer le chaos et à déstabiliser la sécurité intérieure.
Blackout internet et contrôle des communications
Le pays subit une coupure quasi totale d’internet pour la majorité des citoyens, malgré de brèves et partielles réouvertures qui laissent penser à des tests de contrôle numérique par les autorités. Un responsable gouvernemental a indiqué que les restrictions seraient « progressivement » levées à partir de la fin de la semaine, sans fournir de calendrier précis.
À la suite de la mise en œuvre du blackout massif, la direction d’un des principaux opérateurs de téléphonie mobile a été remplacée, selon les médias officiels, après que certains employés eurent, pendant quelques heures, hésité à appliquer les ordres de coupure. Dans le même temps, des organes de presse et la chaîne satellitaire d’État ont signalé des perturbations ou des saisies, y compris la confiscation d’un quotidien qui avait publié des reportages sur les manifestations.
Ambiance sur le terrain et perspective immédiate
Malgré l’affirmation du pouvoir de maîtriser la situation, la persistence des arrestations, des saisies et du contrôle des flux d’information alimente une atmosphère de tension et d’incertitude. Les mesures juridiques et économiques prises à grande échelle témoignent d’une stratégie visant à étouffer la contestation et à punir ses soutiens, tandis que le blackout complique la vérification indépendante des événements sur le terrain.