Accueil ActualitéDu sionisme au « fascisme hébreu » : lien avec l’eugénisme

Du sionisme au « fascisme hébreu » : lien avec l’eugénisme

par Sara
Israël, Palestine, États-Unis, Europe

Bien qu’on présente souvent le sionisme et le fascisme comme deux phénomènes politiques distincts, une lecture attentive centrée sur le racisme, le colonialisme et l’impérialisme occidental révèle des liens structurels. Ces connexions resurgissent aujourd’hui dans un contexte de montée de l’islamophobie en Europe et aux États-Unis, alimentée notamment par la réaction hostile d’une partie de l’opinion publique occidentale aux manifestations mondiales contre la politique israélienne à Gaza.

La rhétorique de l’antisémitisme et la répression des critiques

Dans plusieurs pays occidentaux, la dénonciation d’une prétendue « haine des juifs » devient un instrument pour disqualifier et étouffer toute critique des pratiques coloniales et violentes d’Israël. Ainsi, le concept d’antisémitisme s’est déplacé dans le débat public, passant d’une hostilité raciale ou religieuse traditionnelle à une accusation visant quiconque conteste la politique sioniste, qu’il s’agisse d’implantation, d’épuration territoriale ou d’action militaire collective.

En pratique, cette redéfinition transforme en « antisémite » toute personne qui s’oppose à la domination politique des réseaux sionistes dans certaines administrations occidentales, ou qui condamne l’occupation et la répression exercées contre le peuple palestinien.

Un questionnement académique : l’approche d’Alana Lentin

Lors d’une conférence organisée en décembre 2025, l’universitaire Alana Lentin a proposé de relire la relation complexe entre sionisme et fascisme à la lumière des enjeux raciaux et coloniaux. Professeure de sociologie culturelle, elle plaide pour une analyse qui place le « race » au centre des mécanismes politiques, plutôt que de réduire le fascisme à un simple phénomène d’autoritarisme national.

Son travail s’inscrit dans une tradition critique qui mobilise l’histoire globale de l’impérialisme pour expliquer comment des formations politiques apparemment divergentes peuvent partager des matrices idéologiques communes, notamment la prétention à une supériorité raciale et le droit de coloniser.

Redéfinir le fascisme : débats et héritages intellectuels

Les historiographies dominantes tendent à cantonner le fascisme à l’Europe des années 1920–1940 et à privilégier des lectures centrées sur l’autoritarisme. En revanche, des penseurs radicaux, parmi lesquels des intellectuels noirs comme Cedric Robinson ou George Jackson, ont insisté sur la dimension raciale et impérialiste comme éléments constitutifs du phénomène.

Selon cette perspective, le fascisme n’est pas seulement une déviation du projet politique occidental, mais une logique transnationale liée aux pratiques coloniales et aux systèmes de domination raciale. Cela ouvre la possibilité d’identifier des traits fascisants dans d’autres projets politiques qui conjuguent nationalisme exclusif et violence d’État contre des populations subalternes.

Le « fascisme hébreu » : racines et acteurs historiques

Plusieurs historiens et spécialistes repèrent, au sein du mouvement sioniste des années 1920–1940 en Palestine mandataire, des courants explicitement anti-communistes et volontiers autoritaires. Certains leaders, inspirés par des penseurs nationalistes européens, ont défendu des stratégies radicales et une conception ethno-nationaliste de l’État.

Des figures comme Ze’ev Jabotinsky et des militants proches ont promu une ligne dure, opposée à l’approche ouvrière et gradualiste d’autres secteurs du sionisme. Des chercheurs évoquent également des pratiques et des attitudes qui rejoignent, par leur logique racialisante, les catégories utilisées pour analyser les mouvements fascistes européens.

Complicités coloniales : interactions avec le fascisme italien

L’histoire des relations politiques dans l’entre-deux-guerres montre des interactions entre acteurs sionistes et puissances impériales, dont l’Italie mussolinienne. Les ambitions coloniales italiennes en Afrique et au Proche-Orient croisaient parfois des intérêts jugés compatibles par certains milieux sionistes, notamment sur le plan géopolitique et démographique.

Cette collusion historique illustre comment des projets nationalistes et impériaux peuvent trouver des convergences tactiques, malgré des divergences idéologiques formelles, dès lors qu’ils partagent des visions hiérarchiques des peuples et des territoires.

Eugénisme, recherches génétiques et politiques identitaires

L’influence des idées eugénistes, largement diffusées en Europe et aux États-Unis au début du XXe siècle, a aussi laissé des traces dans certains courants sionistes. Des travaux d’époque et des archives montrent que la quête d’une « identité juive » rénovée a pu inclure des recherches sur les origines et la « pureté » supposée des lignées, parfois au prix d’expérimentations médicales et d’études sur des populations juives arabes et palestiniennes.

Ces pratiques, lorsqu’elles existent, doivent être replacées dans le contexte colonial plus large où des populations considérées comme « autres » ont été l’objet d’études, de catégorisations et de politiques publiques discriminatoires. Pour les critiques, elles témoignent d’une logique de domestication et d’essentialisation racialiste compatible avec des programmes d’« amélioration » des groupes humains.

Une conclusion analytique : le sionisme comme expression d’un projet racial

Alana Lentin résume sa position en qualifiant le sionisme d’idéologie qui fonctionne comme une pointe avancée de la prétention européenne à la supériorité raciale, de l’expansion coloniale et de l’impérialisme. Selon elle, et au regard des héritages historiques, il est pertinent d’évaluer le sionisme avec les outils d’analyse du fascisme lorsqu’on veut comprendre sa dimension raciale et sa vocation à dominer et à exclure.

Dans ce cadre, l’expression « fascisme hébreu » circule comme un concept analytique visant à saisir la jonction entre ethno-nationalisme, impérialisme et pratiques racistes, plutôt qu’à stigmatiser une population religieuse ou culturelle dans son ensemble.

Portée contemporaine et alliances globales

Enfin, la réflexion relie ces héritages historiques aux alliances contemporaines entre gouvernants et mouvements nationalistes autoritaires dans divers pays. Des leaders populistes et de droite radicale ont, de fait, montré une sympathie pour des politiques d’État fondées sur la préférence nationale, la militarisation et la répression des minorités, ce qui alimente les interrogations sur la nature globale des projets politiques qui se réclament d’une supériorité civilisationnelle ou raciale.

La question du « fascisme hébreu » s’inscrit donc dans un débat plus large sur la manière dont les identités nationales, les projets coloniaux et les doctrines raciales se recomposent et s’articulent dans le monde contemporain.

source:https://www.aljazeera.net/culture/2026/1/21/%d8%a7%d9%84%d9%81%d8%a7%d8%b4%d9%8a%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%b9%d8%a8%d8%b1%d9%8a%d8%a9-%d9%85%d9%86-%d8%ac%d8%a7%d8%a8%d9%88%d8%aa%d9%86%d8%b3%d9%83%d9%8a-%d8%a5%d9%84%d9%89

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