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Le surnom de « roi non couronné » attribué à Netanyahou ne relève pas du hasard : il reflète une capacité hors du commun à comprendre et à manipuler les équilibres internes d’Israël pour se maintenir au pouvoir. En effet, il sacrifie rarement l’intérêt personnel, notamment pour se prémunir contre la perspective d’une condamnation dans ses affaires judiciaires, ce qui explique en partie sa détermination à conserver l’immunité que confère la fonction de Premier ministre.
Malgré des obstacles qui auraient renversé d’autres dirigeants, Netanyahou a su contourner crises et défis politiques. Ainsi, à l’approche d’une année électorale, ses opposants voient leurs espoirs de le faire chuter s’amenuiser face à son habileté à jouer des divisions au sein de la classe politique israélienne.
Les concessions aux haredim
Le débat sur le service militaire obligatoire a failli emporter la coalition. La demande des partis haredim d’étendre les exemptions a provoqué une colère sociale et risquait de fracturer l’alliance gouvernementale.
Pour neutraliser cette menace, Netanyahou a négocié des concessions budgétaires substantielles au bénéfice des institutions religieuses, obtenant ainsi le ralliement de formations comme Chass. Ces accords ont permis d’éviter l’effondrement gouvernemental au moment du vote du budget.
La démission d’un député de Yisrael Eichler a encore réduit la résistance à la loi sur le recrutement, ouvrant la voie à l’adoption du texte avec 61 voix favorables. Netanyahou a ainsi transformé un obstacle politique majeur en victoire procédurale.
Affaiblissement et divisions de l’opposition
Au-delà des tractations avec les partis religieux, Netanyahou a exploité les contradictions de l’opposition. L’annonce de Benny Gantz qu’il n’exclut pas de participer à un gouvernement dirigé par Netanyahou a sonné comme un séisme au sein des forces anti-Netanyahou.
Cette instabilité a creusé des fissures dans la coalition de l’opposition, rendant plus improbable une mobilisation coordonnée susceptible de provoquer des élections anticipées. Le résultat : des adversaires occupés à se neutraliser mutuellement tandis que Netanyahou consolide sa position.
Appui américain et jeu diplomatique
La pression internationale, notamment les déclarations publiques de figures américaines, a aussi joué en faveur de Netanyahou. L’appel de personnalités américaines à intervenir pour son compte — y compris des demandes publiques de remise de peine — a contribué à déplacer le débat au-delà des frontières israéliennes.
Plus récemment, l’accord de principe sur la participation d’Israël à une nouvelle phase de cessez-le-feu et à un « conseil de paix » proposé par certains acteurs étrangers a contraint les alliés religieux de Netanyahou. Ils se sont retrouvés incapables de le menacer de chuter alors que des discussions internationales se préparent, ce qui a renforcé sa marge de manœuvre.
Justice, le dossier du 7 octobre et les alliances souveraines
La gestion du dossier du 7 octobre 2023 illustre la convergence d’intérêts entre Netanyahou et la droite religieuse. Ensemble, ils ont réduit le champ des enquêtes et freiné toute procédure susceptible de fragiliser durablement le chef du gouvernement.
Pour Netanyahou, l’enjeu a souvent été d’abord personnel : protéger sa liberté et son avenir judiciaire. Pour des ministres comme Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir, l’objectif était plutôt de remodeler l’appareil d’État et l’influence du pouvoir judiciaire selon une vision idéologique.
Stratégie électorale et calculs de survie
Avec la coalition fragmentée et l’opposition divisée, les chances d’une destitution à court terme semblent réduites. Seule une décision volontaire de Netanyahou d’aller à des élections anticipées — s’il juge pouvoir les gagner — représenterait une issue différente.
Cette option reste plausible : un homme politique capable de naviguer entre compromis financiers, concessions idéologiques et appuis étrangers peut choisir le calendrier qui lui convient pour renforcer sa légitimité.
Un style politique sans scrupule
Netanyahou n’est pas apprécié pour l’intégrité de ses méthodes, mais il est reconnu pour leur efficacité. Il manie les tensions sociales et partisanes comme autant d’outils pour consolider son pouvoir, sans se laisser troubler par les invectives publiques ou la contestation parlementaire.
Cela pose un défi aux acteurs régionaux et internationaux : traiter avec un dirigeant dont les promesses sont étroitement liées à des calculs de survie personnelle exige prudence et scepticisme.
En définitive, Netanyahou est parvenu à transformer des menaces existentielles en éléments de pouvoir grâce à des compromis ciblés et à l’exploitation des divisions adverses. Tant que la classe politique israélienne restera fragmentée et que ses alliances internationales tiendront, sa position restera difficile à ébranler.