Accueil Loisirs et divertissementsArtsWim Wenders président du jury de la Berlinale : geste pour le cinéma

Wim Wenders président du jury de la Berlinale : geste pour le cinéma

par Sara
Allemagne, États-Unis, Cuba

La nomination du réalisateur allemand Wim Wenders à la présidence du jury international de la Berlinale est perçue comme un signe fort en faveur d’un cinéma contemplatif et patient, à rebours des logiques industrielles et des goûts dictés par les algorithmes. Le choix met en lumière la valeur d’un cinéma qui privilégie l’observation visuelle, le temps long et la charge émotionnelle des images dans un paysage audiovisuel de plus en plus marqué par la vitesse de production et de consommation.

Un parcours consacré à l’observation

Figure centrale de la « Nouvelle Vague » allemande, Wim Wenders a construit une œuvre en rupture avec la recherche d’effets spectaculaires. Sa filmographie, riche de plus de quarante titres répartis entre fictions, documentaires et expérimentations, privilégie les lieux, le silence et la densité émotionnelle des plans.

Au fil de cinq décennies, il a imposé un modèle de cinéma fondé sur la lenteur narrative et la présence du regard. Cette démarche a valu à Wenders une reconnaissance internationale régulière lors des grands festivals et a contribué à renouveler la langue cinématographique européenne.

De la route à la ville : motifs récurrents

Le thème du voyage traverse l’ensemble de son œuvre : les routes, les voitures et les villes-frontières forment un répertoire visuel récurrent. Dans ses premiers films, la route n’est pas synonyme d’évasion mais d’état suspendu, où l’identité se cherche et les réponses restent en filigrane.

Parmi ses œuvres fondatrices figurent Alice in the Cities, Kings of the Road et The American Friend, qui ont contribué à asseoir sa réputation. Paris, Texas, Palme d’Or en 1984, a constitué une véritable consécration mondiale grâce à sa simplicité émotionnelle et sa poésie visuelle.

La ville comme mémoire : Wings of Desire

Dans Wings of Desire (1987), Wenders porte un regard intime et poétique sur Berlin, ville marquée par la division et la mémoire collective. Le film, construit autour d’anges contemplatifs qui écoutent la vie sans y intervenir, transforme la cité en un vaste archive émotionnel où cohabitent passé et présent.

Ce dispositif cinématographique illustre la capacité du réalisateur à traiter l’histoire et la politique par la nuance et l’empathie plutôt que par la démonstration directe, une approche qui a séduit critiques et spectateurs et a renforcé son statut de maître du cinéma contemplatif.

Un regard transversal sur le documentaire

Wim Wenders a aussi marqué le cinéma documentaire en y insufflant sa sensibilité d’observateur. Buena Vista Social Club (1999) et Pina (2011) ont été salués à l’échelle internationale et cités par les institutions cinématographiques, tandis que The Salt of the Earth témoigne de son goût pour les croisements entre image, musique et mémoire.

Ces films évitent l’épure biographique au profit d’un travail sur les visages, les gestes et la musique comme lieux d’expression d’une expérience collective. Ils confirment sa conviction que le cinéma peut être d’abord un acte d’écoute et de rencontre.

Une présidence qui en dit long

La présence de Wim Wenders à la tête du jury de la Berlinale intervient alors que les festivals font face à des pressions croissantes pour répondre aux impératifs du marché. Sa nomination apparaît comme un rappel des valeurs de patience, d’attention et de jugement fondé sur l’écoute plutôt que sur des critères purement commerciaux.

Connu pour sa critique de l’accélération de la production et de la consommation des films, Wenders incarne une sensibilité qui privilégie les plans prolongés, les productions modestes et la liberté formelle. Sa présidence ne préjuge pas d’un dogme esthétique imposé, mais elle suggère une ouverture à une cinématographie qui interroge le monde sans le réduire à des slogans.

Repères

  • Palme d’Or 1984 pour Paris, Texas.
  • Prix de la mise en scène à Cannes pour Wings of Desire (1987).
  • Buena Vista Social Club (1999) et Pina (2011) : films documentaires largement reconnus.
  • Dictionnaire d’une carrière : plus de quarante films entre fictions et documentaires, et une influence majeure sur le cinéma européen contemporain.
  • Récompenses et hommages, dont le Ours d’or d’honneur de la Berlinale en 2015, saluant l’ensemble de son œuvre.

En prenant la présidence du jury, Wim Wenders incarne un plaidoyer pour un cinéma qui prend le temps de regarder et d’écouter. Son parcours rappelle que la force d’une image peut résider dans son silence et sa capacité à porter un poids émotionnel durable, valeur que la Berlinale choisit ainsi de mettre en avant pour sa prochaine édition.

source:https://www.aljazeera.net/arts/2026/1/31/%d9%81%d9%8a%d9%86%d8%af%d8%b1%d8%b2-%d8%b1%d8%a6%d9%8a%d8%b3%d8%a7-%d9%84%d9%84%d8%ac%d9%86%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%aa%d8%ad%d9%83%d9%8a%d9%85-%d9%87%d9%84-%d9%8a%d8%b7%d9%84%d9%82

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