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L’envahissement des dunes menace désormais l’expansion agricole dans l’ouest de Minya, en Haute-Égypte, avertissent des chercheurs. Une étude publiée le 26 janvier dans la revue Scientific Reports décrit une zone de transition sensible de plus de 100 kilomètres où les terres récemment mises en culture côtoient des dunes mobiles issues du désert. Si aucune mesure n’est prise, les pertes économiques annuelles pourraient dépasser 300 millions de dollars, estiment les auteurs.
Pourquoi le phénomène s’accélère près du Nil ?
Les scientifiques soulignent que le mouvement des dunes résulte d’une interaction entre forces naturelles et activités humaines. Les vents forts et de faibles pentes facilitent le déplacement des sables, tandis que l’extension agricole sans dispositifs protecteurs rend les parcelles plus vulnérables.
Par ailleurs, le retrait du couvert végétal et les perturbations des usages du sol offrent des opportunités pour que les dunes progressent vers les champs et les villages. Les dunes linéaires prédominantes dans la région sont particulièrement difficiles à maîtriser, car elles s’étendent parallèlement aux vents et envahissent routes et exploitations de manière progressive.
Impacts chiffrés sur l’agriculture et les infrastructures
Les auteurs fournissent des estimations détaillées des pertes. Dans les terres agricoles anciennes de la vallée, environ 6 562 hectares ont déjà été touchés, pour des pertes annuelles évaluées à 52,6 millions de dollars. Les terres récemment mises en culture sont encore plus exposées : quelque 26 279 hectares affectés, soit des pertes proches de 210,5 millions de dollars par an.
Au-delà de l’agriculture, le phénomène pèse sur les infrastructures hydrauliques et routières. La tranchée de la mer Youssef, un canal clé pour l’irrigation, est perturbée par l’accumulation de sable sur 174 kilomètres, tandis que près de 433 kilomètres du réseau routier sont encombrés par les dépôts, générant des coûts récurrents d’entretien et de déblaiement.
Satellites et outils cartographiques pour anticiper le risque
Pour cartographier les secteurs les plus exposés, l’équipe a mis à profit des images satellitaires et des systèmes d’information géographique. Ces outils ont permis d’élaborer un indice composite de vulnérabilité à l’envahissement des dunes, intégrant la vitesse du vent, la topographie, le couvert végétal, les usages du sol et la cohésion des sols.
Grâce à ces cartes, il devient possible de prévoir les trajectoires probables des dunes et d’orienter les opérations de mise en culture loin des zones à haut risque ou d’intervenir précocement pour stabiliser les sables, plutôt que d’attendre la survenue d’un dommage majeur.
Coûts et mesures proposées
Les chercheurs recommandent un ensemble de mesures pour limiter l’envahissement des dunes : plantations d’écrans végétaux, dispositifs brise-vent, stabilisation ciblée des sables et gestion adaptée des nouvelles concessions agricoles. Ces actions visent à réduire la vulnérabilité des terres et à protéger les infrastructures hydrauliques et routières.
Le coût estimé pour la remise en état des zones affectées pourrait atteindre environ 485 millions de dollars, une somme élevée mais jugée comparable aux pertes annuelles potentielles si l’inaction perdure. Les auteurs insistent sur la nécessité d’interventions précoces et coordonnées pour éviter un « saignement » économique durable.
En définitive, l’étude met en garde contre l’évolution de l’envahissement des dunes à l’ouest de Minya et appelle à intégrer les outils satellitaires et les mesures de protection dans les politiques d’aménagement et d’irrigation. Sans une planification adaptée, les risques pour l’agriculture, les voies d’eau et les routes pourraient s’aggraver rapidement.