À Marathousa 1, en Grèce, deux objets datés d’environ 430 000 ans sont présentés par les auteurs comme la plus ancienne preuve connue d’outils en bois portatifs. Le grand objet est clairement façonné par l’humain ; le second est seulement considéré comme probable. Leur fonction exacte reste inconnue : les usages proposés sont des hypothèses, pas des preuves.
430 000 ans, et non 43 000 ans
Le chiffre à retenir est 430 000 ans environ. Une confusion avec 43 000 ans a circulé dans le titre français d’Actu.fr, mais l’étude publiée dans PNAS situe les deux pièces vers 430 ka, une datation également reprise par Science. L’écart ne relève donc pas d’une simple précision : il déplace la découverte de près de quatre cent mille ans dans le temps.
Marathousa 1 se trouve dans le bassin de Mégalopole, dans le Péloponnèse grec. C’est un site du Paléolithique inférieur installé sur l’ancien bord d’un lac. Les fouilles menées entre 2013 et 2019 y avaient déjà mis au jour des restes animaux, plus de 2 000 artefacts en pierre, des os travaillés et des végétaux remarquablement conservés, selon Actu.fr. Ce contexte humide explique pourquoi le bois, matière normalement vouée à disparaître, a pu parvenir jusqu’aux archéologues.
Deux pièces de bois façonnées sur une ancienne rive de lac
L’étude distingue soigneusement les deux objets. Le premier appartient à la catégorie 1 : les auteurs le considèrent comme clairement modifié par l’humain. Le second, plus petit, relève de la catégorie 2 et n’est qualifié que de probable outil. Cette différence de niveau de certitude est essentielle : la découverte ne repose pas sur deux identifications équivalentes.
La couverture de Science décrit le grand objet comme une pièce de 81 centimètres en aulne tendre. La petite pièce serait en saule ou en peuplier. Les chercheurs ont examiné au microscope 144 fragments de bois : la plupart correspondaient à des débris, tandis que le long objet portait des traces nettes de taille et de façonnage ; le petit présentait des marques compatibles avec une modification. L’enjeu n’est donc pas seulement la présence de bois sur le site, mais l’identification d’indices distinguant des transformations intentionnelles des altérations naturelles.
Dans cet environnement de rive lacustre, les outils de pierre et les restes animaux constituent le décor archéologique immédiat. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à attribuer un geste précis à ces pièces de bois. Ils montrent en revanche que les hominines qui fréquentaient le lieu disposaient d’un environnement riche en matières premières et que leur équipement ne se limitait vraisemblablement pas à ce que la pierre a conservé.
Pourquoi cette découverte compte dans l’histoire des techniques
La préhistoire est souvent racontée à partir des outils lithiques parce que la pierre survit beaucoup mieux que les matières végétales. Or le bois peut servir à fabriquer, prolonger ou transformer des outils, tout en laissant rarement une trace archéologique. Les auteurs de PNAS rappellent ainsi que l’inventaire technologique accessible aujourd’hui ne représente probablement qu’une fraction des matériaux employés par les hominines.
C’est pourquoi la formule de « plus ancienne preuve connue d’outils en bois portatifs » doit être lue dans son périmètre exact. Avant Marathousa, l’étude cite notamment Clacton-on-Sea, vers 400 000 ans, les outils portatifs de Kalambo Falls, vers 390 000 à 324 000 ans, puis Schöningen et Gantangqing, autour de 300 000 ans, et Poggetti Vecchi, vers 171 000 ans. Les lances de Schöningen, plus récentes de plus de 100 000 ans selon Science, témoignent d’un travail du bois plus complexe, mais ne retirent rien à l’ancienneté de Marathousa dans cette catégorie.
Kalambo Falls a aussi livré de grands éléments de bois datés vers 476 000 ans. Ils sont antérieurs, mais leur fonction est structurale et non portative. Les confondre avec les objets grecs reviendrait à effacer la distinction sur laquelle repose le record annoncé par les auteurs.
Ce que les archéologues ne peuvent pas encore trancher
Le façonnage ne donne pas automatiquement le mode d’emploi. Creuser, racler, traiter des matières, travailler avec des outils de pierre ou remplir une autre tâche : ces possibilités demeurent ouvertes. Science souligne elle aussi que l’usage précis n’est pas résolu. Il serait donc abusif d’affirmer que ces objets ont servi à une activité particulière, notamment au traitement d’animaux, sans preuve directe supplémentaire.
Les éléments disponibles ne permettent pas davantage d’attribuer les objets à une espèce précise d’hominine. Ils attestent d’un savoir-faire du bois à Marathousa 1, pas de l’identité biologique de leurs fabricants. Enfin, un « plus ancien » en archéologie décrit l’état actuel des découvertes. La rareté de conservation du bois rend ce constat particulièrement dépendant des sites où les conditions ont protégé la matière pendant des centaines de milliers d’années.
Sources
https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2515479123
https://www.science.org/content/article/oldest-wooden-tools-may-have-been-used-butcher-elephants