Vendredi 11 septembre, le gouvernement a fixé à 6 milliards d’euros l’effort qu’il demande aux retraites pour boucler le budget 2027. « Il ne peut pas y avoir de demi-mesure, ce serait mentir aux Français », a déclaré David Amiel, ministre de l’action et des comptes publics, sur Sud Radio. Reste à choisir la voie — geler les pensions ou durcir leur fiscalité —, deux options qui ne touchent pas les mêmes retraités, et dont aucune n’a encore de majorité à l’Assemblée.
Ce qui a été confirmé ce vendredi
Sur Sud Radio, le ministre a indiqué que l’effort demandé directement aux retraités devra représenter 6 milliards d’euros en 2027 pour boucler le budget. Son entourage a confirmé au Monde l’objectif : économiser cette somme sur les pensions de base en 2027.
L’annonce fixe une cible, pas une mesure : aucun scénario n’est retenu à ce stade, ni le gel des pensions, ni une réforme de leur fiscalité. Le chiffrage lui-même reste adossé à une hypothèse économique récente, la révision en hausse de l’inflation 2026.
D’où viennent les 6 milliards : l’inflation révisée
Le mécanisme est comptable. Les pensions de base sont revalorisées chaque année en suivant l’inflation ; celle de 2026 a été révisée à 2,1 % en moyenne. Indexer l’ensemble des pensions sur cette hausse coûterait plus de 6 milliards d’euros en 2027 : ne pas le faire constitue l’économie recherchée. « De ces 6 milliards, on n’a pas aujourd’hui le premier euro », a indiqué David Amiel.
Philippe Juvin (LR), rapporteur général du budget à l’Assemblée, résume ce chiffrage au Parisien : « On est sur une mesure d’économie à 6 milliards d’euros avec la désindexation (totale) ».
Gel ou fiscalité : deux voies, deux publics
Trois scénarios sont en arbitrage à Matignon, une décision qui revient au Premier ministre, Sébastien Lecornu. Le premier maintient l’indexation intégrale et supprime l’abattement de 10 % pour frais professionnels, une déduction opérée sur le montant imposable de la pension. Cet avantage coûtait 5,3 milliards d’euros en 2025, environ 6 attendus en 2026. Sa suppression, déjà inscrite dans le projet de loi de finances 2025 avant d’être retoquée en commission à l’Assemblée, viserait d’abord les retraités soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu — avec un risque, celui d’être lue comme une hausse d’impôt.
Le deuxième scénario gèle toutes les pensions et conserve l’avantage fiscal : il toucherait cette fois l’ensemble des retraités, y compris les plus modestes. Le troisième combine une indexation partielle privilégiant les petites pensions et un abattement réduit « très fortement », toute indexation devant être financée « à l’euro près » par la baisse de l’avantage.
Derrière ces variantes, une même technique : la sous-indexation, c’est-à-dire revaloriser les pensions de base moins vite que l’inflation, contrairement à la règle de revalorisation applicable. Le dispositif peut cibler les pensions les plus élevées. Repère d’ampleur : les pensions de base ont été revalorisées d’environ 15 % entre janvier 2022 et janvier 2026, et l’inflation 2026 est attendue proche de 2 %.
La manœuvre a déjà coûté cher. L’« année blanche » 2026 de François Bayrou, qui gelait pensions et prestations, avait contribué à fragiliser son gouvernement, finalement renversé après le rejet de sa demande de confiance à l’Assemblée ; le simple report de six mois de la revalorisation sous Michel Barnier avait largement contribué à la fronde qui a conduit à la censure de son gouvernement ; et le gel à 3,6 milliards d’euros proposé dans le PLF 2026 par le gouvernement Lecornu n’avait pas été retenu par le Parlement.
Une mesure sans majorité assurée, arbitrage attendu fin septembre
L’inconnue principale est politique : une majorité existe-t-elle à l’Assemblée pour voter une mesure aussi sensible en campagne présidentielle, s’interroge Le Monde. Les positions se sont posées dès août, avant l’annonce. Jérôme Guedj (Parti socialiste) ne fermait pas la porte à une sous-indexation si elle s’inscrivait dans un effort plus large, portant aussi sur les héritages, les niches sociales ou les géants de l’IA. Éric Coquerel (La France insoumise), président de la commission des Finances, dénonçait des « recettes stupides qui ne règlent rien » ; l’ancien commissaire européen Thierry Breton y voyait une « très mauvaise idée » ; pour Edwige Diaz (RN), « Nos retraités ne sont pas une variable d’ajustement budgétaire ! ».
David Amiel a évoqué une piste complémentaire : des réformes de niches fiscales « qui bénéficient uniquement aux plus fortunés », sans les nommer ni les chiffrer. Vendredi matin, Roland Lescure, ministre de l’Économie, a présenté le nouveau cadrage macroéconomique — le jour même où l’Insee ramène ses prévisions de pouvoir d’achat et de croissance — et indiqué que le budget 2027 « nécessitera un effort partagé, mais un effort qui devra préserver nos moteurs de croissance ». Le projet de loi de finances 2027, où l’un des trois scénarios devra être inscrit, sera présenté fin septembre, avant le débat au Parlement.