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Trente ans après les meurtres qui avaient coûté la vie au frère de Dany Leprince, à sa belle-sœur et à deux de leurs nièces, l’ancien suspect demeure à ce jour condamné: en 1997, il a été jugé coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une sûreté de vingt-deux ans, malgré les faiblesses évidentes du dossier. Le parquet a, le 28 janvier, pris position en faveur d’une révision de cette condamnation. Dans des réquisitions publiées par Le Monde et consultées par l’AFP, l’avocat général Jean-Michel Aldebert demande à la Cour de révision, qui se réunira le 7 mai, de prendre cette décision rarissime.
Les éléments nouveaux et la procédure
Selon l’avocat général, il est nécessaire d’ouvrir de nouveaux débats contradictoires en raison des éléments nouveaux et inconnus qui saisissent désormais la Cour de révision et qu’il faut confronter à la persistance des zones d’ombre du dossier. Il ne s’agit pas de présumer l’innocence de Dany Leprince, mais d’envisager qu’une nouvelle cour d’assises puisse juger en toute plénitude.
18 ans derrière les barreaux
Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, avaient été retrouvés tués à l’arme blanche dans leur pavillon de Thorigné-sur-Dué (Sarthe). Solène, alors âgée de 2 ans, avait été la seule survivante. Accusé par son épouse Martine Compain et par sa fille aînée Célia, Dany Leprince avait d’abord avoué le meurtre de son frère avant de se rétracter. Âgé aujourd’hui de 68 ans, il a passé 18 années en détention et n’avait pas pu faire appel à l’époque, la loi ne le prévoyant pas. Une première procédure de révision avait échoué.
« Ayant entièrement repris la défense de Dany Leprince depuis fin 2018, nous étions convaincus lors du dépôt d’une nouvelle requête en révision en mars 2021 que des éléments ou des faits nouveaux pouvaient s’ouvrir à un doute sur sa culpabilité, dans l’espoir que la lecture des magistrats serait partagée », expliquent Me Olivier Morice et Me Missiva Chermak Felonneau à l’AFP. « Ce serait l’honneur de l’institution judiciaire d’annuler la condamnation et d’autoriser un nouveau procès devant une cour d’assises », ajoutent-ils.
Connaître la vérité
Dans ses réquisitions, l’avocat général s’appuie notamment sur la fragilité des déclarations attribuées à Solène Leprince lors de l’instruction, qui aujourd’hui, adulte, pourraient ne plus être considérées comme une charge pesant sur la culpabilité. Solène Leprince dénie les éléments d’expertise la concernant et exprime son souhait de connaître la vérité. « Elle affirme n’avoir aucun souvenir de la nuit des faits, nie avoir été témoin des meurtres, refuse d’être instrumentalisée et d’être érigée en témoin clé de l’accusation, et elle émet des doutes sur la culpabilité de Dany Leprince », précise le magistrat.
Le procureur relève aussi la fragilité du témoignage de Célia Leprince, qui disait avoir vu son père frapper son frère. Les enquêteurs ont depuis démontré qu’elle n’avait pas pu assister aux faits tels qu’elle les a décrits, en raison de la topographie des lieux.
D’autre part, dans une procédure distincte, Martine Compain, ex‑épouse de Dany Leprince, a été placée sous le statut de témoin assisté en avril 2024, après une plainte déposée au Mans par Robert Leprince, père de Dany et de Christian. Le parquet du Mans avait demandé sa mise en examen, une demande qui a été rejetée et une décision de la Cour de cassation devrait être rendue à ce sujet.
Les révisions de condamnations pénales restent extrêmement rares en France: une douzaine environ ont été prononcées depuis 1945.