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Bloomberg : les capitaux mondiaux se détournent des États-Unis

par Sara
États-Unis, Union européenne, marchés émergents (Asie, Amérique latine, Afrique)

Bloomberg observe un mouvement de fond : les capitaux mondiaux redéfinissent leurs priorités et s’éloignent progressivement des actifs américains. Selon l’agence, ce décrochage n’est plus une simple possibilité mais un processus en accélération, alimenté par des déséquilibres structurels au sein de l’économie américaine et un repositionnement global des moteurs de croissance et des rendements.

Concentration financière disproportionnée

Les États-Unis continuent d’occuper une place prépondérante sur les marchés : ils représentent aujourd’hui une part très élevée des indices d’actions cotées, une portion importante des actifs de capital-investissement et une fraction majeure du marché obligataire mondial. Cette surreprésentation contraste toutefois avec leur poids démographique et leur contribution au commerce et à la croissance mondiale.

Bloomberg qualifie cet état de « non durable » : une combinaison d’inefficience économique et de risques financiers qui met en lumière la vulnérabilité d’une architecture mondiale trop centrée sur un seul pays.

Un rééquilibrage accéléré

La fréquentation des flux financiers vers les États-Unis a commencé à s’inverser. Les données de flux, la performance des marchés et certaines décisions de gestion institutionnelle montrent que des investisseurs réduisent leur exposition aux actifs américains.

Plusieurs facteurs ont contribué à cette réorientation : l’attraction économique d’autres régions, la crainte d’une concentration excessive et l’appréhension face à des valorisations élevées — notamment autour des titres liés aux nouvelles technologies. Par ailleurs, des choix politiques récents aux États-Unis ont augmenté l’incertitude pour certains investisseurs.

Pourquoi la politique américaine joue un rôle

Bloomberg note que des décisions et déclarations de l’exécutif, des tensions sur l’indépendance de la banque centrale et des épisodes de fermeture administrative ont renforcé la perception de risque politique. Ces éléments n’expliquent pas tout, mais ils amplifient le mouvement de désengagement entamé pour des raisons structurelles.

Les vents favorables s’estompent

La période d’après-crise financière a été marquée par des rendements des actions américaines nettement supérieurs à la croissance réelle de l’économie. Ce différentiel a attiré massivement l’épargne étrangère vers les actions américaines, contribuant à la hausse des valorisations et à la force du dollar.

Cependant, cette dynamique reposait sur un ensemble exceptionnel de facteurs qui s’amenuisent désormais :

  • une baisse prolongée des taux d’intérêt sur plusieurs décennies ;
  • une réduction très marquée du taux d’imposition des sociétés ;
  • des politiques d’assouplissement quantitatif ayant soutenu les prix des actifs ;
  • un transfert du revenu du travail vers le capital.

Avec l’affaiblissement de ces moteurs, les perspectives de profits et de rendements futurs s’annoncent plus modestes, tandis que la concentration des gains sur un petit nombre d’entreprises augmente la fragilité des indices.

Dollar et obligations sous revue

Le statut du dollar comme actif de réserve et valeur-refuge reste important, mais il montre des signes d’érosion graduelle. Sa part dans les réserves mondiales recule et les efforts internationaux pour diversifier les systèmes de paiement s’intensifient.

Parallèlement, le traitement des obligations américaines comme « sans risque » est remis en question. La hausse de l’endettement public, les fermetures administratives répétées et les tensions sur l’autonomie de la banque centrale poussent les investisseurs à réévaluer le profil risque/rendement des titres souverains américains.

Vers quelles destinations iront les capitaux ?

Bloomberg souligne que même des ajustements modestes dans l’allocation d’actifs pourraient libérer des montants considérables pour d’autres marchés. À titre d’exemple, une réduction de l’exposition d’un grand fonds souverain aux États-Unis représenterait des centaines de milliards de dollars réorientables.

L’agence anticipe que ces flux se dirigeront d’abord vers d’autres marchés avancés, notamment en Europe. Mais les plus grandes opportunités se trouvent probablement dans les économies émergentes et en développement, qui ont concentré une large part de la croissance mondiale récente.

  • Ces économies offrent souvent un meilleur couple croissance/risque et une moindre corrélation avec les marchés avancés.
  • Elles présentent aussi un potentiel réel de diversification pour les portefeuilles internationaux.

Un changement structurel, pas un effondrement

Bloomberg qualifie le phénomène de rééquilibrage de structurel et de long terme : il ne s’agit pas d’une disparition soudaine de la position américaine, mais d’une recomposition graduelle des allocations de capitaux au niveau mondial.

Au final, les capitaux mondiaux redéfinissent leurs routes à la recherche de rendements supérieurs et de risques mieux maîtrisés dans un paysage économique qui n’est plus centré exclusivement sur les États-Unis.

source:https://www.aljazeera.net/ebusiness/2026/2/9/global-capital-away-us

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