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Afrique face à la ruée des investissements: qui en profite ?

par Sara
Afrique, République démocratique du Congo, Mozambique, Nigeria, Union européenne, États-Unis, Chine

L’Afrique n’est plus un « hors-cadre » marginal du système économique mondial : elle est devenue une pièce recherchée des chaînes d’approvisionnement, un réservoir des métaux de la transition énergétique et un marché prometteur pour les infrastructures, la numérisation et l’agroalimentaire. Pour autant, l’augmentation des flux financiers soulève des questions essentielles : qui profite réellement de ces investissements en Afrique et ces flux suffisent-ils à transformer les économies locales ?

La problématique n’est pas l’investissement en soi, mais sa conception et sa gestion. Quand il s’inscrit dans une vision productive claire, l’investissement peut lancer une dynamique d’industrialisation, favoriser le transfert de compétences et créer des emplois de qualité. À l’inverse, des montants élevés peuvent masquer des retombées limitées si la valeur est extraite sans être captée localement.

Les limites de l’augmentation des flux financiers

Les chiffres récents sur l’investissement en Afrique donnent un signal médiatique fort, mais ils méritent une lecture fine. Une hausse spectaculaire des flux peut résulter de quelques méga‑projets financés ponctuellement plutôt que d’un changement structurel de la base productive.

Par ailleurs, une part importante des capitaux se concentre dans des secteurs intensifs en capital et peu créateurs d’emplois, tels que l’extraction minière ou certains grands chantiers d’infrastructures isolés. Ces filières ne génèrent pas automatiquement de chaînes d’approvisionnement locales ni de transferts technologiques substantiels.

Enfin, lorsque les revenus et les décisions stratégiques sont orientés vers l’extérieur, l’investissement devient surtout un chiffre favorable aux classements internationaux, sans modifier profondément la dépendance économique des pays hôtes.

Qui tire profit de l’investissement en Afrique ?

Il est trop simpliste de parler d’une « Afrique gagnante » ou d’une « Afrique perdante ». Les bénéficiaires varient selon les projets et les secteurs. Les grandes entreprises multinationales et leurs actionnaires captent souvent l’essentiel des retours financiers, tandis que les économies locales récoltent des bénéfices plus fragmentés et conditionnels.

Dans l’énergie et le gaz, par exemple, des projets colossaux mobilisent des financements internationaux importants et produisent des revenus substantiels pour les opérateurs et les prêteurs, avec des retombées nationales souvent limitées aux redevances et taxes, sous réserve de la structure contractuelle et de la stabilité politique.

Le secteur minier illustre bien la dichotomie « valeur produite ici, valeur ajoutée captée là‑bas ». Certains États africains fournissent une part majeure de matières premières mondiales, mais les étapes de transformation et de raffinage restent largement externalisées, privant les économies locales d’une part significative de la valeur.

Même dans les services numériques, où les entreprises locales montrent des performances notables, les bénéfices à long terme ne sont garantis que si ces activités s’inscrivent dans des stratégies industrielles et numériques nationales.

  • Les investisseurs internationaux et les financeurs obtiennent souvent la part la plus large des gains.
  • Les États perçoivent recettes fiscales et redevances, mais celles‑ci peuvent être érodées par les montages fiscaux et le service de la dette.
  • Les travailleurs et les PME locales bénéficient quand les projets intègrent du contenu local et des transferts de compétences.

Conditions pour que l’investissement devienne un gain africain

Transformer l’afflux de capitaux en développement réel exige de lier l’investissement à des objectifs productifs mesurables. Les expériences les plus positives sont celles qui imposent des engagements clairs : pourcentage de contenu local, plans de formation, transferts technologiques et intégration progressive des fournisseurs locaux dans la chaîne de valeur.

Parallèlement, le renforcement de la capacité de négociation des États est crucial. Le dilemme apparaît quand chaque pays, isolément, baisse ses exigences pour attirer des investisseurs, ce qui mène à une course aux concessions au détriment de l’intérêt public.

Le cadre régional peut ici jouer un rôle stabilisateur. Une coordination au niveau continental, notamment via la zone de libre‑échange continentale, permettrait d’harmoniser les règles et d’équilibrer attractivité et protection des intérêts de développement.

Plus concrètement, les leviers à mobiliser comprennent notamment :

  • Des obligations réalistes de contenu local et de transformation sur place.
  • Des mécanismes de transparence fiscale pour limiter l’érosion des recettes par les transferts de profits.
  • Des programmes structurés de formation et de transfert de savoir‑faire.
  • Des partenariats public‑privé conçus pour construire des chaînes de valeur locales, pas seulement pour exporter des matières premières.
  • Une coopération régionale pour éviter la concurrence déloyale entre États.

La balance entre bénéfices et coûts de l’investissement en Afrique dépend moins du volume des flux que de leur qualité et des règles qui encadrent leur déploiement. Si les pays africains affinent leurs stratégies, imposent des conditions claires et coordonnent leurs réponses au niveau régional, le regain d’intérêt mondial peut devenir une opportunité historique pour industrialiser, monter en compétence et capter une part plus importante de la valeur créée.

En d’autres termes, le véritable enjeu n’est pas seulement d’attirer davantage d’investisseurs, mais de concevoir une vision institutionnelle qui transforme l’investissement en moteur durable de souveraineté économique et de développement productif.

source:https://www.aljazeera.net/opinions/2026/1/8/%d8%a3%d9%81%d8%b1%d9%8a%d9%82%d9%8a%d8%a7-%d9%88%d8%b3%d8%a4%d8%a7%d9%84-%d8%a7%d9%84%d8%a7%d8%b3%d8%aa%d8%ab%d9%85%d8%a7%d8%b1-%d9%85%d9%86-%d9%8a%d8%b1%d8%a8%d8%ad-%d9%81%d9%8a-%d8%b2%d9%85%d9%86

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