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    Agriculteurs américains en détresse face aux politiques de Trump

    France, USA

    Entre une hausse brutale des droits de douane, le gel des aides fédérales et la politique d’expulsion des travailleurs étrangers, les agriculteurs américains s’alarment des conséquences économiques des mesures engagées par le président républicain Donald Trump. Si le milliardaire a remporté plus de 77 % des voix dans les comtés agricoles lors de la présidentielle de novembre 2024, son retour à la Maison Blanche plonge de nombreux exploitants dans l’incertitude.

    Hausse des droits de douane et tensions commerciales

    Depuis l’instauration de taxes supplémentaires, les relations commerciales entre les États-Unis et leurs partenaires internationaux se sont considérablement dégradées. Le Canada, le Mexique, les pays européens, mais aussi la Chine sont désormais visés par ces mesures protectionnistes. Cette guerre commerciale inquiète fortement les agriculteurs. Darin LaHood, représentant républicain de l’Illinois, explique : « Quand je parle à mes agriculteurs, je perçois beaucoup d’anxiété, de stress, d’incertitude, parce que lorsqu’on entre dans une guerre commerciale, généralement, le premier pion, c’est l’agriculture. »

    Le sénateur Thom Tillis, de Caroline du Nord, a quant à lui averti que ces nouvelles taxes risquent de causer des « dégâts irréparables ». En effet, les prix du soja et du maïs ont chuté d’environ 40 % depuis 2022, fragilisant encore un secteur déjà éprouvé par la précédente guerre commerciale avec la Chine sous le premier mandat de Donald Trump.

    Des exploitations en difficulté face à la conjoncture

    Dans le Dakota du Nord, Justin Sherlock, président de l’association des producteurs de soja, dénonce un « cocktail amer » mêlant augmentation des droits de douane, mauvaises récoltes et inflation. En 2024, le prix du soja a été divisé par deux alors que les coûts des engrais et du matériel ont flambé. Il s’inquiète de la possible substitution des producteurs américains par des concurrents brésiliens sur le marché chinois.

    « Ce que les États-Unis avaient de plus que les autres, c’était la fiabilité. Aujourd’hui, on est en train de perdre cette réputation. »
    — Justin Sherlock, président de l’association des producteurs de soja dans le Dakota du Nord

    Plus à l’est, dans le Maine, Seth Kroeck constate déjà les répercussions des droits de douane sur sa ferme de myrtilles, dont le conditionnement s’effectue en coopération avec le Canada voisin. Au Maryland, Elisa Lane, productrice de fruits et de fleurs, déplore l’impact sur l’importation de bulbes de tulipes originaires d’Israël ou des Pays-Bas, soulignant la complexité d’une production entièrement locale.

    « L’année passée, j’ai dépensé environ 5 600 euros rien que pour l’importation de tulipes. Si les droits de douane augmentent de 45 %, je crains que mes clients ne suivent pas la hausse des prix. »
    — Elisa Lane, agricultrice dans l’État du Maryland

    En Arizona, Bill Perry, qui cultive luzerne et coton, redoute une chute des exportations si les droits de douane se durcissent encore, dénonçant un protectionnisme « digne des années 1930 ».

    Explosion des coûts et gel des aides fédérales

    Les coûts des intrants agricoles ont également explosé, notamment pour les engrais et les pièces détachées importés du Canada ou de Chine. Cette hausse de prix ne peut être répercutée sur les consommateurs, ce qui oblige certains producteurs à renoncer à des contrats.

    En 2018, l’administration Trump avait distribué environ 25 milliards d’euros d’aides pour compenser les dommages causés par la guerre tarifaire avec la Chine. Cette fois, aucune aide fédérale similaire n’a été annoncée, accentuant la précarité des exploitations. Le gel des subventions issues notamment de l’Inflation Reduction Act, promulguée sous Joe Biden, a laissé de nombreux projets à l’abandon.

    Elisa Lane explique : « Nous avions engagé les travaux pour installer des panneaux solaires financés à 45 % par un programme de l’USDA. Puis le gel budgétaire est tombé, et plus d’un milliard de dollars de subventions ont été coupés. »

    Dans le Maine, Seth Kroeck a dû interrompre la modernisation de son système d’irrigation et renoncer à embaucher un salarié, faute de certitude sur l’aide fédérale promise. Au Michigan, Rebecca Carlson, productrice de cerises, voit sa subvention de 360 000 euros bloquée depuis plusieurs mois, mettant en péril la récolte à venir.

    « Aujourd’hui, même si on vendait nos terres, on ne couvrirait pas nos dettes. »
    — Rebecca Carlson, productrice de cerises dans le Michigan

    Un agriculteur conduit un tracteur dans un champ, le 31 octobre 2023, près de Cresco, dans l'Iowa. (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

    Ce désengagement prive également les agriculteurs d’un débouché important : les programmes d’aide alimentaire internationale anciennement soutenus par l’USAID, aujourd’hui démantelée. Chaque année, l’agence achetait pour environ 1,8 milliard d’euros de produits agricoles américains, un marché désormais compromis.

    La main-d’œuvre étrangère, un pilier menacé

    La politique migratoire radicale de Donald Trump, avec la promesse d’une vague d’expulsions sans précédent, inquiète fortement les exploitants. Bill Perry emploie 25 travailleurs mexicains sur ses 4 000 hectares et craint qu’une diminution de la main-d’œuvre entraîne l’arrêt total des activités agricoles.

    « C’est un travail épuisant, douze heures par jour, six ou sept jours par semaine sous des températures pouvant atteindre 45 degrés. Ils nous disent d’embaucher des Américains, mais personne ici n’imagine un Américain faire ça. »
    — Bill Perry, agriculteur dans l’Arizona

    Près de la moitié des 2,4 millions d’employés agricoles aux États-Unis seraient en situation irrégulière, selon une enquête du ministère du Travail. Ces travailleurs essentiels sont difficiles à remplacer, comme le constate Rebecca Carlson : « On voulait que les locaux reprennent nos emplois, mais ils viennent une journée, puis disparaissent, car le métier est trop dur. »

    « Si l’Amérique veut continuer à manger des fruits et légumes frais, elle doit pouvoir compter sur les travailleurs migrants. »
    — Rebecca Carlson, agricultrice

    Une étude du Texas A&M AgriLife Research estime qu’une perte de 50 % de cette main-d’œuvre étrangère provoquerait la fermeture de plus de 3 000 fermes et une hausse d’environ 45 % du prix du lait aux États-Unis.

    Par ailleurs, la crainte d’une perquisition par les services de l’immigration pèse sur les exploitants, même si leurs salariés sont en situation régulière. « Aucun de nos employés n’est en situation irrégulière, mais ils sont d’origine hispanique. Si la police de l’immigration débarque et conclut à tort à la présence de clandestins, les amendes pourraient être énormes, » confie Rebecca Carlson.

    Un sentiment d’abandon et des critiques transpartisanes

    Face à ces difficultés, les agriculteurs expriment un profond sentiment d’abandon et une frustration grandissante. Seth Kroeck dénonce la « déconnexion » des élus et doute de la capacité des exploitations à surmonter cette période d’ajustement annoncée par Donald Trump lors d’un discours au Congrès.

    Elisa Lane dénonce une politique incohérente, qualifiant l’attitude du gouvernement de « harceleur » sur la scène internationale, aggravant la situation des petits exploitants. En Arizona, Bill Perry regrette le manque d’écoute du président, entouré selon lui de « républicains qui disent oui à tout ».

    Un agriculteur exprime son soutien au candidat Donald Trump sur une grange, pendant la campagne présidentielle, le 10 août 2024, près de Charles City, dans l'Iowa. (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

    La critique dépasse désormais les clivages politiques. Rebecca Carlson, républicaine à l’ancienne, a voté pour Trump en 2016 et 2020, mais s’est abstenue en 2024, déçue par la vision agricole du président. Jim Hartmann, apiculteur en Caroline du Nord et ancien électeur de Trump, regrette son choix, estimant avoir perdu 50 % de ses revenus.

    Justin Sherlock, indépendant dans le Dakota du Nord, nuance : « On n’est pas complètement abandonnés, mais on se sent seuls. Quand l’agriculture va mal, tout le reste suit. Si cela continue, ce ne sont pas seulement les agriculteurs qui vont plonger, c’est tout un tissu local. »

    Rebecca Carlson redoute la perte d’« une génération entière d’agriculteurs », illustrant la crise profonde qui touche l’agriculture américaine sous l’effet des politiques de Donald Trump.

    source:https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/temoignages-il-faut-faire-marche-arriere-les-agriculteurs-americains-paient-le-prix-des-politiques-de-donald-trump_7210476.html

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