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Le Brent a grimpé d’environ 18 % depuis la fin de l’année et a dépassé les 72 dollars le baril, atteignant son plus haut niveau en sept mois, alors que les risques géopolitiques et des perturbations d’approvisionnement ont ravivé les tensions sur le marché. Cette hausse marque la plus forte progression du début d’année depuis 2022, portée par des couvertures renforcées et des changements rapides dans les perspectives d’offre.
Couverture face au risque d’une frappe
La perspective d’éventuelles frappes contre l’Iran a poussé les acteurs du marché à multiplier les protections via les contrats à terme et les options, soutenant ainsi les prix du pétrole. Le nombre de contrats ouverts sur le Brent a atteint des niveaux records cette année, tandis que le volume d’options utilisées pour se prémunir contre une nouvelle envolée des cours a été exceptionnel en janvier.
Un gestionnaire expérimenté du secteur, dirigeant d’un fonds spécialisé, résume l’état d’esprit : « Il y a une guerre potentielle, c’est le facteur dominant, en plus d’un marché plus serré que prévu. Je m’attacherais la ceinture et n’aimerais pas vendre à découvert dans ces conditions. »
Une offre plus serrée que prévu
Il y a quelques semaines, le consensus tablait sur un excédent important d’offre. Cependant, plusieurs événements ont renversé cette hypothèse : perturbations climatiques et techniques aux États-Unis et au Kazakhstan, et un recul des achats d’hydrocarbures soumis à des sanctions.
Parallèlement, les risques géopolitiques se sont étendus de la Venezuela à l’Iran, dans une région par laquelle transite près d’un quart du commerce pétrolier maritime mondial. Malgré ces tensions, l’Organisation des pays exportateurs et ses alliés ont relevé progressivement leur production, et la production hors groupe a atteint des niveaux records, portant la production mondiale près de 108 millions de barils par jour à la fin de 2025 selon certaines estimations.
Perturbations à effet rapide
Début janvier, les exportations du brut de type CPC Blend depuis le Kazakhstan ont chuté à leur plus bas niveau en près d’une décennie. Cette baisse est imputée à une combinaison d’attaques de drones, d’opérations de maintenance, de dommages d’installation et de conditions météorologiques défavorables.
En outre, une vague de froid aux États-Unis a provoqué deux des plus fortes baisses hebdomadaires des stocks pétroliers enregistrées ce siècle, avec une diminution d’environ 9 millions de barils sur une seule semaine. Si la production a ensuite retrouvé une partie de son niveau antérieur, ces chocs ont toutefois contribué à réduire les stocks occidentaux lorsque l’on attendait une remontée rapide.
Le détroit d’Ormuz au cœur des inquiétudes
Les opérateurs physiques suivent de près l’évolution de la situation en Iran, et certaines raffineries asiatiques ont commencé à solliciter des cargaisons en provenance de zones hors du Golfe, par précaution contre tout arrêt des livraisons. Les affrètements des très gros pétroliers (VLCC) ont bondi, dépassant les 150 000 dollars par jour, un niveau inédit depuis la pandémie, reflétant à la fois la rareté des capacités et la recherche d’options d’entreposage flottant.
La situation s’est durcie après l’annonce d’une fermeture temporaire d’une partie du détroit d’Ormuz par les autorités iraniennes, voie par laquelle transite près d’un cinquième des approvisionnements maritimes en pétrole. « Aujourd’hui, l’attention est presque entièrement portée sur l’Iran et sur ce qui va se passer avec le détroit d’Ormuz », résume un gestionnaire de portefeuille, ajoutant que cette question « vaut des milliards de dollars » pour le marché.
Perspectives et prime de risque
Alors que l’augmentation de la production mondiale aurait pu contenir la hausse, la combinaison de perturbations rapides et de tensions géopolitiques a introduit une prime de risque sur les cours. Certains analystes estiment que cette prime pourrait atteindre jusqu’à 10 dollars par baril.
Les opérateurs naviguent désormais entre une possible désescalade — évoquée notamment par des négociations diplomatiques — et le risque d’une escalade plus large. Dans ce contexte, le prix du pétrole restera sensible à toute nouvelle évolution sur le plan sécuritaire et aux variations rapides de l’offre et des stocks mondiaux.