Accueil ActualitéCrise agricole en France : manifestations et enjeux majeurs

Crise agricole en France : manifestations et enjeux majeurs

par Lea
France

Les agriculteurs manifestent à nouveau. Le gouvernement a-t-il une solution ? La France pourrait connaître son troisième hiver de colère agricole. Le 6 janvier, les blocages repartent dans plusieurs régions et les tracteurs remontent sur les routes. La Coordination rurale annonce son intention d’aller plus loin en prévoyant des tracteurs dans Paris après-demain, mais le gouvernement refuse.

Pendant ce temps, le ministre Sébastien Lecornu tente d’apaiser la situation budgétaire et agricole. Le Premier ministre a reçu hier la Coordination rurale, puis la FNSEA et la Confédération paysanne; il a écrit une lettre ouverte destinée aux paysans et promet des actes ainsi que du bon sens. Il précise que l’État ne se contente pas de mots et qu’il agira concrètement.

Concrètement, le gouvernement va publier un arrêté visant à interdire l’importation des fruits et légumes non conformes à nos normes, et traités avec des fongicides et des herbicides interdits ici. Sont visés les pommes de terre, les melons, les fraises et les cerises, entre autres. La question est sanitaire et équitable: il s’agit aussi de justice face à une concurrence déloyale envers les agriculteurs français, mais il faut encore l’aval de Bruxelles.

À Bruxelles, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard doit se rendre demain pour négocier la Politique agricole commune (PAC). D’autres défis s’accumulent: une dermatose nodulaire contagieuse qui affecte une partie du cheptel avec 75 % du cheptel vacciné, un cours du blé faible, des prix des engrais en hausse et la concurrence des pays du Mercosur.

Le Mercosur est le sujet qui pourrait cristalliser la colère des mois passés. Sur ce point, les syndicats agricoles restent unis dans leur opposition, même s’ils divergent sur d’autres dossiers. La position française paraît confuse: longtemps opposée au projet de la Commission européenne, Emmanuel Macron s’était dit plutôt positif en novembre; aujourd’hui, le gouvernement affirme reprendre le combat contre un accord ni juste ni équitable.

Le calendrier avance et la Commission cherche une signature rapide, potentiellement dès la semaine prochaine. La France paraît de plus en plus isolée. Quelles marges de manœuvre lui restent-elles cette semaine ? Un nouveau rebondissement pourrait intervenir, et les agriculteurs attendent le dénouement du gouvernement dans ce contexte de troisième hiver.

Trois causes profondes expliquent cette répétition. D’un point de vue macroéconomique, la pression du marché mondial persiste; le climat se modifie et les maladies récurrentes reviennent. Ces trois défis s’accumulent et alimentent la colère paysanne en France comme chez nos voisins. Pour agir en profondeur, il faut une vision claire de l’agriculture que l’on veut, puis du temps pour la mettre en œuvre. Enfin, un gouvernement et un président doivent disposer d’un poids politique suffisant pour négocier en Europe et au-delà. Le sujet du Mercosur rappelle que seul un pays ne peut avancer sans alliance européenne et sans force pour porter les négociations.

Cela pourrait vous intéresser

Laisser un commentaire