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Famine officielle à Gaza : les ONG dénoncent le siège israélien

by Sara
Palestine, Israël

Les organisations internationales et des responsables occidentaux ont dénoncé la poursuite du siège israélien sur la bande de Gaza après que l’Organisation des Nations unies et des experts internationaux ont déclaré, pour la première fois au Moyen‑Orient, une famine à grande échelle dans le territoire assiégé. Plus de 500 000 personnes sont confrontées à des niveaux catastrophiques de faim et de malnutrition aiguë, selon l’alerte officielle.

Annonce formelle de l’IPC

Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), mécanisme international soutenu par l’ONU, a confirmé l’existence d’une famine dans la gouvernorat de Gaza. L’IPC précise que des centaines de milliers de personnes vivent dans des conditions marquées par la faim, la privation et le risque de mortalité.

Les experts préviennent que la famine pourrait s’étendre à Deir al‑Balah (centre) et à Khan Younes (sud) d’ici la fin du mois, et que la malnutrition aiguë va rapidement s’aggraver jusqu’en juin 2026 si la situation ne change pas.

Le mécanisme IPC, reconnu internationalement et composé de l’ONU, d’agences humanitaires et d’États, a déjà déclaré la famine dans de rares cas antérieurs (Somalie 2011, Soudan du Sud 2017 et 2020, Darfour 2024). Ses critères exigent la conjonction de trois conditions : au moins 20 % des ménages touchés par une pénurie alimentaire aiguë, 30 % des enfants souffrant d’une malnutrition sévère et un taux de mortalité dépassant deux personnes par jour pour 10 000 habitants.

Victimes et bilan humain

La famine et le manque d’accès aux soins ont déjà causé des pertes humaines. Ce matin, la fillette de cinq mois Ghadir Breika est décédée à Khan Younes des suites de malnutrition, devenant l’une des dernières victimes de cette crise alimentaire.

Selon le ministère de la Santé à Gaza, le nombre de morts liés à la famine et au blocus atteint, à ce stade, 272 personnes, dont 113 enfants. Ces chiffres s’inscrivent dans un bilan global lourd depuis le 7 octobre 2023, qui fait état de dizaines de milliers de victimes et de centaines de milliers de déplacés.

Samah Matar avec ses fils touchés par la malnutrition dans une école de l'ONU à Gaza City

Réactions des ONG internationales

Plusieurs organisations humanitaires ont pointé la responsabilité des restrictions et des obstacles à l’acheminement de l’aide, qualifiant la situation de conséquence directe du siège et des attaques qui ont détruit les systèmes alimentaires, de santé et d’eau.

  • Mercy Corps : L’ONG affirme disposer d’aides salvatrices suffisantes pour aider 160 000 personnes, mais que ces ressources ont été empêchées d’entrer pendant des mois. Selon elle, le problème n’est pas l’incapacité logistique, mais le manque de volonté politique d’autoriser l’accès.
  • Christian Aid : Katie Roxburgh a dénoncé l’absurdité d’opérations militaires conduites sur une ville déjà plongée dans la famine. Des témoignages rapportent des effondrements et des signes de malnutrition sévère chez les familles, y compris la perte massive de cheveux chez certains enfants.
  • Oxfam : Helen Stauskis rappelle que, malgré les alertes lancées en juillet, Israël continue de priver les Palestiniens de nourriture en refusant la quasi‑totalité des demandes d’entrée d’aide humanitaire. Oxfam indique posséder plus de 2,5 millions de dollars d’aide alimentaire prêtes à être livrées, bloquées actuellement dans des entrepôts hors de Gaza.
  • ActionAid : L’organisation britannique qualifie l’annonce de la famine de « tache indélébile sur l’humanité » et appelle à un accès rapide et sans entrave de la nourriture et des autres aides. Elle estime qu’il s’agit d’une famine délibérément provoquée, correspondant à l’usage systématique de la faim comme arme de guerre.

Appels à ouvrir les passages et à un cessez‑le‑feu

La Commission internationale du sauvetage (International Rescue Committee) a exprimé son choc face aux avertissements récents et demande l’ouverture immédiate de tous les points de passage pour faciliter un acheminement sûr et durable de l’aide vers l’ensemble de la bande de Gaza, y compris le nord.

L’IRC insiste sur la nécessité d’un cessez‑le‑feu durable pour permettre aux agences humanitaires de fournir des secours vitaux, libérer les personnes détenues et protéger les civils. Sans une action politique déterminante, les organisations estiment que l’aide humanitaire seule ne suffira pas à enrayer l’aggravation de la catastrophe.

Observations du Monde arabe et réactions politiques

Le Observatoire euro‑méditerranéen des droits humains a déclaré que l’annonce, bien qu’attendue, confirme que la famine a été sciemment provoquée. Ses équipes sur le terrain estiment que la réalité pourrait être pire que les chiffres officiels, évoquant plus de 1,5 million de personnes exposées à des niveaux sévères de faim dans la bande de Gaza.

Sur le plan diplomatique, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Harris, a qualifié les scènes vues à Gaza de « répugnantes et ignobles » et rappelé qu’il a qualifié la situation d’« extermination » en invitant à revoir l’accord de partenariat entre l’Union européenne et Israël. Il appelle également à des sanctions ciblées de l’UE, à un renforcement du financement d’organismes comme le Programme alimentaire mondial et à des actions de solidarité nationale et internationale.

Ahmed Al-Hajj porte le corps de sa fille tuée par un bombardement à Deir al-Balah

Contexte du siège et conséquences humanitaires

Après la rupture du cessez‑le‑feu en mars, les restrictions sur l’entrée des aides ont été renforcées. Depuis mai, l’introduction de l’aide est largement contrôlée par ce qui est présenté comme une « institution humanitaire » spécifique, selon des rapports locaux.

Les forces d’occupation et des contractants étrangers liés à ces structures ont été accusés d’attaques autour des centres de contrôle de l’aide, provoquant des milliers de morts et de blessés parmi les civils. Parallèlement, le blocus et les bombardements ont rendu l’accès à la nourriture, à l’eau et aux soins quasiment impossible pour de nombreuses familles.

Demandes et perspectives

Les organisations internationales réclament :

  • l’ouverture immédiate et sans entrave de tous les points de passage pour l’aide ;
  • un cessez‑le‑feu durable permettant aux agences de secours d’opérer ;
  • des mesures politiques internationales pour garantir l’accès humanitaire et protéger les civils.

Les acteurs humanitaires mettent en garde : sans une volonté politique forte et des actions concrètes, la fourniture seule d’aide ne suffira pas à empêcher l’extension de la famine à d’autres régions de la bande de Gaza.

source:https://www.aljazeera.net/news/2025/8/22/%d9%85%d9%86%d8%b8%d9%85%d8%a7%d8%aa-%d8%af%d9%88%d9%84%d9%8a%d8%a9-%d8%aa%d9%86%d8%aa%d9%81%d8%b6-%d8%a8%d9%88%d8%ac%d9%87-%d8%a5%d8%b3%d8%b1%d8%a7%d8%a6%d9%8a%d9%84-%d8%a8%d8%b9%d8%af

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