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Gaza : greffe et évacuation médicale pour réunir une famille

par Sara

Abdullah, 10 ans, a été évacué de Gaza vers Padoue pour recevoir un traitement vital contre une leucémie. Les médecins examinent maintenant la compatibilité de ses frères pour une greffe de moelle osseuse, procédure qui pourrait non seulement sauver sa vie mais aussi permettre la réunification familiale. Entre traitements et jeux vidéo, l’enjeu médical et humain reste immense.

Un garçon entre jeu et traitement

Assis devant sa tablette, Abdullah s’évade dans un univers virtuel où il peut être tout ce qu’il imagine. Le bourdonnement de la pompe de chimiothérapie le ramène parfois à la réalité, mais il reprend vite sa partie après avoir reconnecté l’appareil.

Sa mère, Iman Ismail Mohammad Abu Mazid, raconte qu’il était un enfant très sociable à Deir el-Balah, toujours dans la rue à jouer au football avec ses frères. La maladie a transformé son quotidien, rendant nécessaires des soins hors de Gaza et l’évacuation médicale vers l’Italie le 14 mai.

Abdullah et sa famille à Deir el-Balah

Sur la photo prise avant la maladie, Abdullah apparaît calme; aujourd’hui, ses cheveux sont plus longs et sa peau légèrement jaunie. À ses côtés, ses frères Mohammad (11 ans) et Mahmoud (8 ans) et leur père Ahmad, qui est resté à Gaza.

Tests de compatibilité et enjeu de la réunification

Une équipe médicale à Gaza a prélevé des échantillons de sang sur les frères d’Abdullah et les a envoyés en Italie pour vérifier s’ils sont compatibles comme donneurs de moelle. Si l’un d’eux est un donneur compatible, tous pourront embarquer sur un vol médical pour Padoue.

En cas d’incompatibilité, la famille devra entamer une procédure de regroupement familial auprès des autorités italiennes, une démarche plus longue et lourde en contraintes logistiques. La famille place son espoir dans ces analyses qui conditionnent à la fois la greffe et la possibilité de fuir le conflit.

Iman confie vivre dans l’angoisse quotidienne pour la sécurité de son mari et de ses autres enfants restés à Gaza. Abdullah, timide, confirme qu’il s’ennuie de ses frères et qu’il regrette le kebab de leur restaurant favori à Deir el-Balah.

Fuir la guerre et naître en temps de bombardements

Iman a découvert sa grossesse en mars 2024, au cœur des frappes et des privations. Faible et mal nourrie, elle décrit une grossesse marquée par la peur de malformations et le manque d’hygiène et de médicaments.

Qamar, sa plus jeune fille, est née dans un hôpital de campagne sous tente à Deir el-Balah, où les équipes soignantes recevaient en continu des blessés des bombardements. Les conditions étaient précaires : absence d’hygiène, pénurie de médicaments et scènes traumatisantes pour les mères présentes.

Quelques mois plus tard, en avril, Abdullah a commencé à présenter des signes d’alerte : jaunisse, crampes abdominales et maux de tête. Les traitements disponibles à Gaza n’ont pas suffi à contenir la progression du cancer.

Parcours médical avant l’évacuation

Transporté d’abord à l’hôpital Al-Aqsa de Deir el-Balah, Abdullah a reçu des perfusions, des antalgiques et des antibiotiques, mais la pathologie exigeait des soins plus avancés. La famille a ensuite tenté de rejoindre l’hôpital européen de Khan Younis, malgré l’intensification des opérations militaires dans la zone.

Le trajet de dix kilomètres vers le sud a été décrit comme terrifiant : rues désertes et menace omniprésente. Les médecins ont réussi à inscrire Abdullah auprès de l’Organisation mondiale de la santé pour une évacuation médicale.

Peu après, une évacuation a été autorisée et Iman a dû décider, avec son mari, de séparer temporairement la famille afin de sauver leur fils. Le jour du départ, leur départ a été marqué par une attaque contre la cour de l’hôpital, événement qui a causé panique et confusion parmi les patients et leurs proches.

Accueil à Padoue et mobilisation civile

Abdullah fait partie des milliers de patients évacués pour recevoir des soins introuvables à Gaza. L’ONG Padova Abbraccia i Bambini, fondée par l’avocate Rebecca Fedetto, a facilité son arrivée et l’accueil des familles à Padoue.

L’association propose un accompagnement complet : transport, garde d’enfants, enseignement à domicile et soutien psychologique. Ce réseau de bénévoles et de citoyens a permis d’accueillir plusieurs familles et d’alléger les démarches administratives et logistiques.

Rebecca Fedetto explique avoir lancé l’initiative faute de pouvoir rester inactive, mobilisant contacts et énergie pour franchir les barrières administratives et offrir des places en soins spécialisés à l’étranger.

Contexte des évacuations médicales

Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 5 500 enfants ont été évacués de Gaza via des procédures médicales coordonnées par l’agence. Au total, environ 8 000 personnes ont pu quitter la bande de Gaza pour des traitements vitaux.

Cependant, des dizaines de milliers restent en attente :

  • 16 500 personnes attendent une évacuation;
  • 3 800 d’entre elles sont des enfants;
  • Plus de 900 patients seraient décédés en attendant une évacuation depuis juillet 2024.

Seuls 18 hôpitaux sur 36 demeurent partiellement fonctionnels à Gaza, d’où l’appel de l’OMS à davantage de pays pour accueillir des patients. Plusieurs États et organismes ont répondu, notamment des pays de l’Union européenne ainsi que le Qatar, la Jordanie, l’Égypte et les Émirats arabes unis.

Rik Peeperkorn, représentant de l’OMS pour les territoires palestiniens occupés, a indiqué que les termes du cessez-le-feu devraient permettre l’évacuation d’environ 50 patients par jour, en plus de leurs accompagnants, sous réserve d’un engagement international accru.

Espoirs et réalités

Pour la famille d’Abdullah, les résultats des tests de compatibilité seront déterminants : une greffe de moelle osseuse compatible pourrait sauver le garçon et offrir une issue rapide pour réunir ses proches à Padoue. En l’absence de compatibilité, la procédure de regroupement familial allongera l’attente et l’incertitude.

Iman confie son angoisse et son espoir à la fois : elle craint chaque jour pour la sécurité des siens restés à Gaza mais garde la foi dans la possibilité d’un avenir pour Abdullah. Le garçon, entre traitements et nostalgie, rêve simplement de retrouver son quartier et quelques saveurs de chez lui.

source:https://www.aljazeera.com/news/2025/12/1/a-gaza-family-split-by-medical-evacuation-hopes-transplant-could-unite-them

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