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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a, pour la première fois, employé publiquement le terme « génocide » pour qualifier les événements de 1915 touchant les Arméniens sous l’Empire ottoman. Cette « reconnaissance génocide arménien » annoncée lors d’un podcast américain intervient alors que Netanyahou fait l’objet d’un mandat de la Cour pénale internationale pour des crimes à Gaza.
Interrogé sur l’absence historique d’un geste officiel israélien, Netanyahou a répondu: « Je pense que nous l’avons fait, et je crois que la Knesset a adopté une décision à ce sujet», avant d’affirmer catégoriquement: « Je viens de les reconnaître. »
Tension croissante
La déclaration marque un tournant dans la politique étrangère israélienne, qui s’était jusque-là refusée à qualifier les événements de 1915 d’« extermination » pour ne pas irriter Ankara et préserver ses liens étroits avec l’Azerbaïdjan.
Ce choix intervient dans un contexte régional profondément modifié par la crise diplomatique entre Ankara et Tel-Aviv, exacerbée depuis le début des violences à Gaza à l’automne 2023.
Le ton adopté par le président turc Recep Tayyip Erdogan a déjà été sévère, allant jusqu’à qualifier Israël d’auteur d’« extermination » contre les Palestiniens et comparant Netanyahou à des dirigeants fascistes comme Adolf Hitler ou Benito Mussolini.
Réaction turque
La Turquie a réagi avec colère et rapidité. Le ministère turc des Affaires étrangères a qualifié les propos de Netanyahou de « tentative d’instrumentaliser des tragédies historiques à des fins politiques » et l’a accusé de chercher à « couvrir les crimes commis par lui et son gouvernement ».
La déclaration officielle a insisté sur le fait que cette position « ne correspond ni aux faits historiques ni aux fondements juridiques », et que la Turquie la condamne fermement.
La narrative officielle turque rappelle que la période de la Première Guerre mondiale a entraîné des souffrances considérables pour plusieurs peuples de l’Empire ottoman, y compris les Arméniens et des centaines de milliers de musulmans turcs.
Risque d’escalade
Pour l’experte en relations internationales Zeynep Gyzam Ozbinar, Ankara ne perçoit pas cette déclaration uniquement comme une question historique ou juridique, mais comme un geste symbolique susceptible d’alimenter un conflit déjà existant avec Tel-Aviv.
Elle estime que les retombées pourraient aller au-delà d’une simple condamnation diplomatique et intensifier un climat intérieur plus hostile à Israël, tout en renforçant la position du gouvernement turc face à l’opinion publique.
Selon elle, cette démarche pourrait aussi viser à renforcer des liens symboliques entre Israël et l’Arménie, un développement que la Turquie considère comme susceptible d’affecter l’équilibre stratégique dans le sud du Caucase, notamment autour du corridor de Zangazour et des efforts de normalisation avec Erevan.
Principales conséquences potentielles :
- Renforcement du discours anti-israélien en Turquie.
- Extension et durcissement des mesures économiques et diplomatiques déjà engagées depuis mai 2024.
- Impact sur les trajectoires de normalisation régionale et sur les équilibres au Caucase du Sud.
Position délicate de l’Azerbaïdjan
La déclaration de Netanyahou place également l’Azerbaïdjan dans une position délicate. Baku maintient depuis des années des relations stratégiques à la fois avec la Turquie et avec Israël.
Le contexte est d’autant plus sensible que l’Azerbaïdjan partage la même ligne qu’Ankara en refusant de qualifier les événements de 1915 d’« génocide », et qu’il reste engagé dans un contentieux durable avec l’Arménie au sujet du Nagorny-Karabakh.
L’académicien Mehmet İnce, de l’université de Bursa, juge que la reconnaissance de Netanyahou est « le produit des circonstances internes israéliennes et de la tension avec la Turquie ».
Il note que les autorités azerbaïdjanaises ont, jusqu’ici, cherché à maîtriser la situation en affirmant n’avoir constaté aucun changement officiel dans la position israélienne et en évitant d’aggraver le dossier tant que la question ne ferait pas l’objet d’une décision contraignante de la Knesset.
Selon les analyses, Baku pourrait réagir par des mesures limitées et calculées pour protéger ses intérêts stratégiques, parmi lesquelles :
- Réévaluation ciblée de contrats d’armement.
- Révision d’accords énergétiques ou de coopération économique.
- Maintien d’une coordination politique étroite avec Ankara, tout en préservant des rapports pratiques avec Israël face aux défis régionaux, notamment vis-à-vis de l’Iran.
Conséquences diplomatiques
La reconnaissance formelle par Netanyahou du « génocide » arménien introduit une nouvelle dynamique diplomatique entre Israël, la Turquie et l’Azerbaïdjan.
Elle risque d’élargir le champ des tensions déjà alimentées par la guerre à Gaza et de compliquer les efforts de stabilisation régionale et de normalisation entre États voisins.
La suite dépendra des décisions officielles — en Israël comme à Baku et à Ankara — et de l’évolution des équilibres politiques internes dans chaque capitale.