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Le président du Congrès péruvien, Fernando Rospigliosi, a annoncé la convocation d’une séance plénière spéciale le matin du 17 février pour examiner la destitution du président par intérim José Jeri. L’annonce a été faite via un message publié sur les réseaux sociaux du Parlement, qui précise la date et l’heure du débat.
Cette décision intervient au moment où le mandat très bref de Jeri, entamé il y a quatre mois, est de plus en plus entaché par des révélations et des accusations. La perspective d’une destitution José Jeri alimente de nouvelles tensions dans un paysage politique déjà marqué par l’instabilité.
Une présidence provisoire fragilisée
José Jeri est devenu président par intérim après la destitution unanime de Dina Boluarte pour « incapacité morale permanente ». Boluarte elle‑même avait accédé au pouvoir après l’impeachment de Pedro Castillo, accusé d’avoir tenté un auto‑coup d’État.
Depuis lors, le Pérou a connu une succession rapide de dirigeants : huit présidents en une décennie, plusieurs d’entre eux contraints à la démission ou à la destitution. Ainsi, l’appel au Parlement pour décider du sort de Jeri s’inscrit dans un contexte de crise politique prolongée.
Le scandale dit « chifagate »
Au cœur des accusations figure ce qu’on appelle dans les médias locaux le « chifagate », du nom d’un restaurant de cuisine sino‑péruvienne. Des images diffusées par la presse montrent Jeri arrivant tard dans la nuit pour rencontrer un homme d’affaires chinois, Zhihua Yang, bénéficiaire d’une autorisation gouvernementale pour un projet hydroélectrique.
Plusieurs éléments ont suscité l’indignation : la rencontre n’apparaissait pas dans l’agenda officiel présidentiel, comme l’exige la loi, et Jeri portait une tenue à capuche profonde qui le rendait difficilement identifiable, ce qui a alimenté des soupçons de déguisement. D’autres vidéos le situent ensuite dans un autre établissement appartenant au même homme d’affaires.
Par ailleurs, des informations évoquent une rencontre avec un second entrepreneur chinois, Jiwu Xiaodong, lequel aurait été sous contrôle judiciaire pour des activités illégales. Ces révélations ont intensifié les interrogations sur d’éventuels conflits d’intérêts.
Accusations, défense et réactions
José Jeri a rejeté les allégations de corruption, affirmant que certaines rencontres étaient destinées à préparer un événement d’amitié sino‑péruvienne et que d’autres ne concernaient que des achats alimentaires. Il a reconnu que tenir ces rendez‑vous sans enregistrement officiel était une « erreur », tout en assurant n’avoir « rien fait d’illégal » et n’avoir pas menti au pays.
Cependant, ses détracteurs dénoncent un usage de la fonction pour des arrangements opaques et parlent de trafic d’influence. Les médias ont aussi mis en lumière des embauches irregulières dans son administration et des contrats attribués qui seraient susceptibles d’être liés à des pratiques de corruption.
Échéance électorale et enjeux
Le débat parlementaire intervient à moins de deux mois du premier tour de l’élection générale prévu le 12 avril, élection qui remettra la présidence en jeu. José Jeri a indiqué qu’il ne se porterait pas candidat pour conserver le poste.
Alors que le Congrès se prépare à voter, la possible destitution de Jeri ajoute une nouvelle incertitude au calendrier politique péruvien. Pour de nombreux observateurs, l’issue de cette session déterminera également la capacité des institutions à stabiliser la situation avant le scrutin national.