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Pollution, barrages et braconnage menacent la biodiversité des rivières de La Réunion

par Lea
France

Selon une étude parlementaire publiée en novembre 2025, seulement 8 % des rivières de La Réunion présentent un bon état écologique. Sur le terrain, les professionnels des métiers liés à la préservation des cours d’eau et les pêcheurs tirent la sonnette d’alarme : pollution, obstacles à la migration, braconnage et moyens de surveillance jugés insuffisants nourrissent le débat sur la protection des cours d’eau réunionnais. La Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Deal) identifie plusieurs facteurs qui affectent le milieu piscicole, notamment la pollution.

Pollution et molécule émergente

La Deal identifie les pesticides et la caféine comme les polluants dominants des rivières réunionnaises. La caféine est qualifiée de molécule polluante émergente: elle provient des boissons énergisantes, du café et du thé, mais aussi de certains médicaments. Si l’impact des pesticides est bien connu, celui de la caféine est moins bien mesuré, et les effets sur les milieux aquatiques commencent seulement à être éclaircis. Des études publiées en 2022 montrent que les résidus de caféine peuvent générer des stress oxydatifs, une peroxydation lipidique, une neurotoxicité et des perturbations du métabolisme, pouvant affecter la reproduction et le développement, et dans certains cas entraîner la mortalité. La caféine est retrouvée dans les eaux usées et dans les eaux fluviales et littorales du monde; La Réunion n’échappe pas à cette tendance. Les autorités recommandent de ne pas verser dans les éviers ou les canalisations des substances qui ne doivent pas se retrouver dans les milieux aquatiques, car les stations d’épuration ne filtrent pas totalement cette molécule. Selon la Deal, les secteurs Nord-Est et Est de l’île présentent les niveaux les plus élevés de pesticides, notamment autour des rivières Saint-Jean, Sainte-Suzanne et Bras-Panon. Les pesticides affectent la faune piscicole et altèrent la qualité de l’eau, comme en attestent des observations sur des anguilles retrouvées mortes à Saint-Denis.

Barrages inadaptés et rupture de la continuité écologique

La dégradation de la qualité de l’eau n’est pas la seule cause du mauvais état des rivières : la diminution des stocks de poissons et de crustacés résulte aussi du braconnage, de la sécheresse et surtout d’une rupture de la continuité écologique, c’est‑à‑dire la capacité des poissons et des sédiments à remonter les cours d’eau. À La Réunion, certains poissons comme le cabot bouche ronde et le bichique dépendent du passage entre l’océan Indien et les milieux intérieurs. Sur le terrain, plusieurs barrages bloquent ce passage, rompant la continuité écologique. Des politiques nationales visent à restaurer cette continuité par des aménagements et des passes à poissons, mais tous les obstacles naturels et artificiels ne sont pas systématiquement équipés de bassins pour les poissons. Le Seuil de Bourbon, construit à l’époque des endiguements, est cité comme totalement infranchissable par la fédération de pêche locale, alors qu’une passe à poissons multi‑espèces à Bellepierre, à Saint‑Denis, facilite la remontée des espèces indigènes.

Braconnage et moyens opérationnels

Le braconnage représente une contrainte majeure: lors d’un contrôle en fin d’année 2025 sur la Rivière Saint-Jean, un pêcheur amateur détenait 39 kilos de bichiques; les poissons ont été remis à l’eau après saisie des vouves. Armand Métro, président de la fédération de pêche de La Réunion, affirme que l’état des ressources piscicoles s’est dégradé et réclame davantage de moyens pour lutter contre le braconnage. Il souligne l’insuffisance des agents chargés de faire respecter la réglementation sur la pêche des bichiques et mentionne que la fédération dispose de cinq agents, dont trois à plein temps. La CINOR participe au financement de trois agents assermentés qui pourraient devenir des garde-pêche; l’objectif est de monter à huit agents en 2026 et d’établir une brigade sur le territoire Ouest, notamment autour de la Rivière des Galets. Selon lui, il faudrait idéalement entre 15 et 20 agents pour surveiller plus de 1000 hectares de plans d’eau et plus de 1500 kilomètres de voies d’eau pérennes. Du côté des autorités, la Deal rappelle que les moyens disponibles en contrôle sont priorisés sur les zones à enjeux; l’État et ses établissements publics participent via la mission interservices des polices de l’environnement. En 2025, 102 contrôles dédiés à la pêche des bichiques ont été réalisés.

Captage intensif, sécheresse et menaces d’espèces exotiques

La Deal rappelle que le réchauffement climatique intensifie les facteurs qui affectent les rivières et les stocks piscicoles à La Réunion: il fragilise les milieux et perturbe les cycles de vie des espèces. Dans le Bas de la Rivière, un captage en amont retient l’eau et prive le fond de la rivière des débits nécessaires; les bichiques ne peuvent pas se reproduire lorsque la continuité écologique est rompue, et le manque de précipitations aggrave la situation en laissant les rivières majoritairement à sec. Face à cela, les acteurs demandent des moyens supplémentaires, des bassins à poissons opérationnels sur les captages et un renforcement des dispositifs de surveillance. Par ailleurs, l’introduction d’espèces exotiques par l’homme menace les écosystèmes et les espèces indigènes; certaines populations, comme la chevrette des Mascarins (Macrobrachium hirtimanus), n’ont plus été observées à La Réunion depuis le début des années 1980 et pourraient être éteintes localement. Sans mobilisation générale, une partie du patrimoine naturel réunionnais pourrait disparaître.

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