La troisième piste de Heathrow n’est pas jugée compatible, à ce stade, avec l’objectif britannique de neutralité carbone en 2050. Le Climate Change Committee (CCC), organisme indépendant chargé de conseiller le gouvernement, ne ferme pas pour autant définitivement la voie au projet : il estime qu’une extension pourrait respecter les budgets carbone du Royaume-Uni à condition que l’État impose un cadre contraignant à l’ensemble du secteur aérien.

Le point de blocage n’est donc pas seulement la construction d’une piste supplémentaire. Il concerne la capacité du pays à réduire les émissions de l’aviation ou à traiter les émissions résiduelles au moyen de retraits de carbone technologiques. Or le CCC constate qu’avec les politiques actuelles, aucune trajectoire crédible ne permet de concilier l’extension de Heathrow et les engagements climatiques britanniques.

Heathrow face à un test climatique qui n’est pas rempli aujourd’hui

Heathrow occupe une place particulière dans ce débat. Selon le CCC, l’aéroport représente actuellement environ la moitié des émissions du secteur aérien britannique. Les émissions de l’aviation ont plus que doublé depuis 1990, tandis que celles de l’ensemble de l’économie du Royaume-Uni ont été divisées par deux sur la même période.

Pour le comité, l’expansion ne peut donc pas être examinée comme un projet d’infrastructure isolé. Elle dépend d’une trajectoire de décarbonation couvrant l’ensemble des émissions de l’aviation britannique. Cette trajectoire devrait combiner des réductions directes et, pour les émissions restantes, des retraits de carbone technologiques destinés à retirer durablement du dioxyde de carbone de l’atmosphère.

Le CCC ne dit pas qu’aucune troisième piste ne pourrait jamais être construite. Son avis établit une condition : sans politiques supplémentaires obligeant le secteur à traiter l’ensemble de ses émissions d’ici à 2050, le projet ne s’inscrit pas dans le cadre climatique fixé par le Royaume-Uni.

Un avis consultatif, pas un veto sur la troisième piste

Le CCC a rendu cet avis à la demande du gouvernement britannique. Organisme statutaire indépendant, il évalue la cohérence des politiques avec les objectifs climatiques nationaux, mais ne dispose pas du pouvoir de bloquer directement une nouvelle piste.

La procédure politique suit donc son cours. Une consultation gouvernementale examine l’éventuelle extension à l’aune de quatre critères : l’économie, le climat, la qualité de l’air et le bruit. Elle ne vaut pas autorisation du projet. Un vote à la Chambre des communes est attendu plus tard dans l’année.

Le ministère britannique des Transports a indiqué qu’il examinerait cet avis avec les autres contributions reçues dans le cadre de la consultation. Le soutien déjà exprimé au projet pour des motifs de croissance économique ne règle ainsi ni le test climatique ni la répartition du coût de la décarbonation.

Faire assumer à l’aviation le coût de ses émissions

La condition centrale posée par le CCC repose sur le principe du pollueur-payeur. L’industrie aérienne devrait supporter l’intégralité des coûts de sa décarbonation au plus tard en 2050, avec une montée en charge commençant rapidement. Le comité demande que cette responsabilité soit inscrite dans des politiques robustes plutôt que laissée à des engagements volontaires.

Dans la trajectoire étudiée par le CCC, les réductions proviendraient de plusieurs leviers : croissance plus faible de la demande, amélioration de l’efficacité, utilisation de carburants d’aviation durables et retraits de carbone technologiques. Le secteur aurait notamment à financer les carburants durables et ces retraits.

Cette architecture vise à couvrir toutes les émissions de l’aviation britannique, et non les seules émissions directement liées aux opérations de Heathrow. Elle conditionne ainsi l’extension d’un aéroport à une politique applicable à l’ensemble du secteur.

Des technologies possibles, mais pas encore déployées à l’échelle requise

Les carburants d’aviation durables, souvent désignés par l’acronyme anglais SAF, et les retraits de carbone technologiques ne sont pas présentés par le CCC comme des solutions déjà disponibles aux volumes nécessaires. Le comité les juge techniquement viables, mais souligne l’incertitude entourant leur déploiement à grande échelle dans les délais imposés par l’objectif de 2050.

Cette distinction est déterminante : la faisabilité technique ne garantit pas que des capacités suffisantes seront disponibles au moment voulu. D’après les éléments rapportés par la BBC, des plans jugés crédibles ne couvrent que 1 % des retraits de carbone technologiques nécessaires vers la fin des années 2030.

Le CCC demande donc au gouvernement de prévoir des politiques de secours si ces solutions prennent du retard. L’extension de Heathrow ne peut pas reposer sur l’hypothèse non garantie que les carburants alternatifs et les installations de retrait de carbone seront disponibles à temps.

Le coût et le risque commercial au cœur de l’arbitrage

La décarbonation de l’aviation soulève une question de répartition des coûts. Le CCC estime que les risques commerciaux liés à une éventuelle extension, notamment ceux associés à l’évolution future de la demande de transport aérien, doivent être supportés par les investisseurs et non par les consommateurs.

Le comité insiste aussi sur l’équité du dispositif : la moitié des habitants d’Angleterre ne prennent pas l’avion à l’étranger au cours d’une année donnée. Le panel de citoyens consulté pour les travaux du CCC s’est opposé au financement de la décarbonation de l’aviation par les contribuables, au motif que les personnes qui ne prennent pas l’avion ne devraient pas en supporter le coût. Le CCC demande parallèlement au gouvernement d’examiner les effets que des coûts aériens plus élevés pourraient avoir sur les ménages aux revenus modestes.

Le comité ne fixe pas dans cet avis le montant d’une éventuelle hausse des billets. Il demande avant tout que le secteur aérien soit responsable des coûts qu’il génère et que la répartition de cette charge soit traitée explicitement dans les politiques publiques.

Un cadre de décision à renforcer avant tout feu vert

Le CCC demande enfin de renforcer le test climatique prévu dans le projet de déclaration de politique nationale consacré à l’extension de Heathrow, la HENPS. Ce test devrait mentionner explicitement l’objectif de neutralité carbone du Royaume-Uni en 2050.

Une troisième piste ne pourrait donc être considérée comme compatible avec la trajectoire climatique britannique que si les garanties de décarbonation devenaient suffisamment précises et applicables, avec un financement assumé par le secteur. À ce jour, le CCC considère que ces conditions ne sont pas réunies.

Sources

https://www.theccc.org.uk/2026/09/16/government-cannot-expand-heathrow-without-requiring-aviation-industry-to-clean-up-its-emissions/

https://www.reuters.com/sustainability/cop/heathrow-expansion-incompatible-with-uk-climate-goals-unless-airlines-do-more-2026-09-15/

https://www.bbc.co.uk/news/articles/c607lxnvn7r4o