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Groenland : la crise Trump met à l’épreuve l’alliance transatlantique

par Sara
États-Unis, Danemark, Groenland, Union européenne, Russie

La volonté affichée début 2026 d’une administration américaine d’ouvrir la voie à l’acquisition du Groenland, assortie de menaces tarifaires et d’un discours sécuritaire centré sur la rivalité avec la Chine et la Russie, a transformé un différend bilatéral en un test direct de l’architecture transatlantique. Cette démarche a provoqué une réaction européenne et danoise ferme, ravivant des interrogations fondamentales : l’Alliance atlantique repose-t-elle encore sur le respect de la souveraineté des alliés ou sur la logique d’une relation de pouvoir imposée au nom de la sécurité ?

Souveraineté, économie et sécurité au cœur du conflit

Trois niveaux d’enjeux articulent désormais le débat autour du Groenland : la souveraineté et le droit international, l’utilisation de l’économie comme levier de pression, et la confiance au sein de l’OTAN. Sur le plan de la souveraineté, Copenhague et les autorités groenlandaises ont clairement rejeté toute marchandisation du territoire : l’intégrité territoriale du Royaume de Danemark et la décision des habitants de Groenland ne sont pas négociables.

Sur le plan économique, la menace d’imposer des droits de douane en représailles si Washington n’obtenait pas la possibilité d’acheter l’île a été perçue en Europe comme un mélange dangereux entre commerce et coercition politique. L’arme tarifaire, estiment des responsables européens, déstabilise marchés et investissements et pousse l’Union à envisager des ripostes qui dépasseraient le simple volet douanier.

Enfin, sur le plan sécuritaire, le Groenland n’est pas une terre périphérique : il abrite des installations stratégiques et des capacités d’alerte essentielles dans l’Atlantique Nord. Le discours sur une éventuelle « reprise » de contrôle ou d’influence américaine a érodé la confiance entre alliés et pose la question de la compatibilité entre demandes de solidarité face aux menaces et pratiques susceptibles de compromettre la souveraineté des membres de l’Alliance.

Davos : un forum devenu tribune de critiques

Le forum de Davos a cristallisé les réactions internationales, offrant une tribune à des voix inquiètes de l’avenir du système multilatéral. L’intervention de l’ancien gouverneur Mark Carney a été marquante : il a diagnostiqué une fracture profonde du « système fondé sur des règles » et appelé les puissances moyennes à s’organiser collectivement pour préserver des cadres de coopération menacés.

Carney a dénoncé la politisation du commerce et la transformation des chaînes d’approvisionnement en instruments de pression, estimant que la sécurité — y compris celle de l’Arctique — devait être gérée par la diplomatie et la coopération plutôt que par l’intimidation économique. Son propos a renforcé le sentiment, déjà présent à Bruxelles, que les fondements du partenariat transatlantique sont soumis à une épreuve sans précédent.

Vers une accélération de l’autonomie stratégique européenne ?

La crise autour du Groenland a déclenché un débat plus large en Europe sur l’indépendance stratégique. Plusieurs gouvernements et instituts de réflexion évaluent désormais des mesures pour réduire la vulnérabilité dans les domaines de l’énergie, des chaînes d’approvisionnement, des investissements et des capacités de défense.

Même admettant un éventuel recul politique de la partie américaine, de nombreux analystes jugent que le mal fait à la confiance justifie une réorientation : l’Union européenne chercherait à se doter d’outils permettant de répondre rapidement aux formes de pressions économiques et politiques. À Moscou, l’affaiblissement apparent de la cohésion atlantique est suivi avec intérêt, car il pourrait distraire ou fragmenter la capacité occidentale à gérer des crises majeures.

Enjeux juridiques et symboliques

Outre les considérations géopolitiques, la polémique a relancé des débats juridiques sensibles sur la notion de menace et d’usage de la contrainte en droit international. Des juristes ont souligné que le simple recours au chantage économique, quand il s’accompagne d’options de pression sur un territoire tiers, peut glisser vers une zone grise difficile à qualifier mais lourde de conséquences.

Sur le plan symbolique, le Groenland s’est imposé comme un marqueur : il illustre le risque de voir se normaliser le comportement du plus fort qui fait prévaloir ses intérêts sans égard pour les garanties souveraines des alliés. Pour une partie des observateurs européens, il ne s’agit pas seulement de défendre une île arctique mais de préserver des normes qui structurent les relations internationales.

Des appels à la défense universelle des règles

Au-delà du dossier groenlandais, plusieurs voix font le lien entre cette crise et des critiques plus générales sur l’application inégale du droit international. Certains responsables et commentateurs estiment que la défense des principes — respect des frontières, interdiction de l’emploi de la force, limites à la coercition économique — doit être appliquée de manière cohérente et sans sélectivité.

Dans ce contexte, la manière dont l’Europe répondra à la tentative de marchandisation du Groenland sera interprétée comme un test de sa capacité à faire respecter la souveraineté de ses membres et à maintenir des cadres de coopération fondés sur des règles partagées. L’enjeu est désormais de rétablir la confiance au sein de l’Alliance tout en renforçant les mécanismes qui empêchent que des rapports de force n’emportent les principes qui sous-tendent l’ordre international.

source:https://www.aljazeera.net/opinions/2026/1/29/%d8%a3%d9%85%d8%b1%d9%8a%d9%83%d8%a7-%d8%aa%d8%ae%d8%aa%d8%a8%d8%b1-%d8%b5%d8%a8%d8%b1-%d8%a3%d9%88%d8%b1%d9%88%d8%a8%d8%a7

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