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Hommage à Elias Khoury : ses personnages prennent vie à Beyrouth

Par Sara 3 min de lecture 1 source Liban, Palestine

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À Beyrouth, une installation artistique rend hommage à Elias Khoury en faisant sortir ses personnages des livres pour les faire errer dans un espace funèbre et sombre, traversé de « parcours sonores et visuels ». L’œuvre, présentée dans la maison patrimoniale dite Zico House, vise à célébrer l’héritage littéraire du romancier libanais un an après sa disparition.

L’installation, intitulée « Comme s’il dormait » et inspirée du roman كأنها نائمة (Publié en 2007 chez دار الآداب), investira Zico House du 2 au 30 septembre dans le cadre du retour du festival Ayloul après vingt‑cinq ans d’absence.

L’installation « Comme s’il dormait » à Zico House

Zico House, bâti dans les années 1930 et situé au cœur de la ville avec ses volets verts, ouvre ses portes pour accueillir ce dispositif immersif. Le festival Ayloul, que Pascale Fghali a contribué à diriger entre 1998 et 2001, signe ce retour par une mise en scène qui mêle littérature et arts visuels.

Pascale Fghali explique que l’idée centrale est « la sortie des personnages de ses romans après sa mort, leur retour à la vie et leurs rencontres à travers des parcours sonores et visuels ». Le projet s’appuie sur des extraits de huit romans, privilégiant trois titres : كأنها نائمة (« Comme si elle dormait »), يالو (« Yalo ») et اسمي آدم (« Mon nom est Adam »).

Des artistes invités ont travaillé durant neuf mois pour élaborer l’installation collective, cherchant à faire ressentir aux visiteurs l’univers épique et humain d’Elias Khoury.

Un visiteur regarde une installation en hommage à Elias Khoury à Beyrouth

Un visiteur observe l’installation immersive installée en hommage à l’écrivain.

Parcours sonore et visuel

Le parcours débute à l’entrée extérieure et guide le public à travers trois niveaux, mêlant lectures, sons composés et objets scénographiques. Chaque station présente des phrases extraites des romans, associées à des ambiances sonores qui incarnent les personnages.

Quelques éléments de la scénographie :

  • verre brisé et sel répandu pour évoquer la destruction et la mémoire ;
  • ombres projetées sur les murs pour suggérer l’absence et le fantôme ;
  • objets anciens disposés comme reliques qui ancrent l’expérience dans un espace domestique et collectif.

Le parcours, conçu pour durer environ 40 minutes, se termine dans le jardin arrière où sont exposés des ouvrages du défunt sur des étagères en bois, des brochures de l’exposition et des feuillets ornés de phrases tirées de ses textes, traduits en quinze langues.

Rythme narratif et mise en scène

La visite utilise des récits non linéaires pour refléter « les rêves des personnages » et reproduire la sensation du lecteur confronté à une œuvre d’Elias Khoury. Le passage par l’escalier joue un rôle symbolique : il marque la transition d’un monde à un autre.

Une fenêtre permet d’apercevoir une feuille transparente portant une écriture manuscrite de l’auteur. Pascale Fghali rappelle la méthode d’écriture de Khoury : il rédigeait de petites pages qu’il laissait « dormir » pendant un mois avant de revenir et de relire, répétant l’opération jusqu’à la quatrième ou cinquième version.

L’inspiration muséale pour cette forme provient du « Musée de l’Innocence » d’Orhan Pamuk, qui met en scène des objets afin d’approfondir la compréhension d’un roman et de la ville qui l’abrite.

Initiatives de médiation et ancrage local

Un mois avant l’ouverture, Mustapha Yammout, dit Zico, a distribué trente extraits des romans d’Elias Khoury dans des lieux liés à ses habitudes et à la vie culturelle de Beyrouth.

Parmi les emplacements ciblés :

  • l’ancien siège du journal An‑Nahar ;
  • librairies, maisons d’édition et cafés ;
  • la rue Hamra et la corniche, lieux de passage familiers aux lecteurs.

Zico, qui a transformé sa maison en centre culturel il y a trente ans, souhaitait ainsi rappeler la présence de l’écrivain dans les lieux qu’il fréquentait.

Un écrivain engagé et un héritage littéraire

Elias Khoury, décédé à 76 ans, est reconnu pour son engagement constant en faveur de la cause palestinienne et pour l’usage de la littérature comme moyen de mémoire et de résistance.

Son roman le plus célèbre, باب الشمس (publié en 1998), restitue les voix et les récits des réfugiés palestiniens et a été adapté au cinéma, renforçant son impact culturel.

Outre son œuvre romanesque, Khoury a marqué le champ du critique littéraire et a enseigné la littérature arabe à l’Université libanaise et dans plusieurs universités internationales.

Quelques titres majeurs :

  • Romans : باب الشمس (Bab al‑Shams), الجبل الصغير, يالو, كأنها نائمـة, اسمي آدم ;
  • Études et essais : تجربة البحث عن أفق (1984), زمن الاحتلال (1985) ;
  • Rôles : romancier, critique littéraire, éditeur et enseignant.

Le dispositif à Zico House propose ainsi une approche renouvelée pour découvrir ou redécouvrir l’œuvre d’Elias Khoury, en convoquant la mémoire, l’amour, l’exil et la condition humaine qui traversent ses textes.

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