Accueil Loisirs et divertissementsCulturePrimo Levi : Un Correspondant au Cœur de l’Histoire

Primo Levi : Un Correspondant au Cœur de l’Histoire

par Sara
France

Le 27 avril 1945, Primo Levi rédige un courrier poignant à sa vieille amie, Bianca Guidetti Serra, avocate et partisane turinoise, depuis Kattowitz, en Pologne. Ce message constitue son premier écrit après sa libération d’Auschwitz, un document où il commence à partager son expérience traumatique. Avec un crayon, il remplit de petits caractères les pages d’un feuillet presque complètement couvert, déclarant : « Bianca, ma chère, enfin je peux essayer d’écrire à nouveau depuis Turin : qui sait si un miracle ne se produira pas encore et si nous parviendrons à établir un lien à travers une Europe en guerre. Voici un résumé de mon histoire. »

Les horreurs d’Auschwitz

Dans sa lettre, Levi évoque la sélection des personnes âgées, malades et enfants, destinées à la chambre à gaz après son arrivée au camp le 26 février 1944. Il décrit les conditions de travail inhumaines, la faim, sa réquisition pour le laboratoire du camp, le « marche de la mort » imposé par la SS avant l’arrivée de l’Armée rouge, et esquisse les semaines qui ont suivi sa libération. Ce « résumé de mon histoire » inclut les éléments fondamentaux qui donneront plus tard naissance à son livre emblématique « Est-ce un homme ? » Dans ce courrier, il présente également Lorenzo Perrone, un maçon italien presque analphabète, qui lui sauvera la vie en lui donnant chaque jour une partie de sa ration alimentaire pendant six mois.

La lettre emblématique de Primo Levi

Cette correspondance à Bianca Guidetti Serra est conservée dans l’archive privée de la famille Levi et est désormais exposée pour la première fois au Museo Palazzo Madama à Turin. Elle marque le début de l’exposition « Giro di Posta – Primo Levi, les Allemagne, l’Europe », organisée par Domenico Scarpa en collaboration avec le Centro Internazionale di Studi Primo Levi. L’exposition offre un aperçu d’une facette moins connue de Levi en tant que correspondant, présentant une grande partie de sa correspondance, majoritairement inédite, avec des interlocuteurs allemands de la fin des années 1950 jusqu’à sa mort en 1987.

Les correspondants de Primo Levi

Les correspondants de Levi sont en grande partie des lecteurs qui l’ont contacté après avoir lu « Est-ce un homme ? », publié en 1961 en République fédérale d’Allemagne, ainsi que d’anciens camarades de camp, des intellectuels et des écrivains. L’un des premiers à lui écrire est Wolfgang Beutin, un étudiant en histoire à Hambourg, qui exprime sa honte face aux atrocités commises par les Allemands pendant la guerre. Il écrit : « À la fin de la guerre, j’étais encore un enfant ; je ne peux en aucune manière être tenu responsable des crimes horribles commis par les Allemands ; pourtant, j’éprouve de la honte. »

Les mots, entre vie et mort

L’exposition consacre également un espace à la correspondance entre Levi et son traducteur, Heinz Riedt, débutée en 1959. Riedt, arrivé en Italie en 1943 pour étudier la littérature, s’engage dans la résistance. Leur échange vise à trouver les mots justes en allemand pour maintenir la force du texte original. Levi souhaitait que la traduction ne dilue pas la brutalité de ses expériences, considérant que certains mots, comme « sélection » et « exécution », pouvaient faire la différence entre la vie et la mort. Les échanges se transforment rapidement en réflexions profondes sur le comportement des Allemands durant la période nazie et sur la représentation de la réalité des camps.

Des correspondances qui inspirent

Levi entretient également un échange épistolaire avec Hety Schmitt-Maas, une journaliste et politicienne de Wiesbaden, qui lui écrit en allemand. Leur correspondance, qui s’étend jusqu’en 1982, comprend 75 lettres et connecte Levi à un réseau de correspondants incluant écrivains, amis et journalistes. Ces échanges, nommés « Giro di posta » en italien, ont pour but d’initier des discussions sur la manière d’aborder le sujet d’Auschwitz dans l’Europe d’après-guerre.

Un héritage de compréhension

Primo Levi ne prônait pas la vengeance. Ce désir de compréhension se retrouve dans son livre « Les naufragés et les sauvés » ainsi que dans le ton empathique de sa correspondance. Son souhait, jusqu’à la fin, était de comprendre les Allemands qui avaient soutenu les nazis ou s’étaient tus. À ses jeunes correspondants, il souhaitait transmettre son savoir, dans l’espoir que ce partage mène à un « jamais plus ».

Ein Chemiker, der durch seine Lagererfahrung zu einem der eindringlichsten Schriftsteller wurde: Primo Levi daheim

**Giro di Posta: Primo Levi, les Allemagne, l’Europe.** Au Museo Palazzo Madama, Turin ; jusqu’au 5 mai. Pas de catalogue.

Primo Levi | Auschwitz | Correspondance | Culture | Histoire | France
source:https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/buecher/autoren/primo-levis-briefwechsel-mit-deutschen-lesern-in-turin-110351877.html

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