More

    Bilan des 100 premiers jours de Trump : un projet de chaos instable

    États-Unis

    Bilan des 100 premiers jours de Trump : un projet de chaos instable

    Les cent premiers jours de tout président américain représentent une opportunité précieuse pour établir les bases de sa gouvernance et définir sa vision face aux enjeux domestiques et internationaux. Pour Donald Trump, cette période a suscité un débat intense parmi les élites intellectuelles de Washington, portant sur son discours politique et les actions de son administration.

    Ce bilan analytique répond aux questions suivantes :

    • Quel est le degré de menace que ces cent jours ont fait peser sur le projet démocratique américain ?
    • Quels effets les politiques internes ont-elles eus sur l’économie nationale ?
    • Comment ces politiques ont-elles influencé les choix extérieurs de Washington ?
    • Quelles attentes le monde peut-il nourrir à l’égard des États-Unis, et dans quelle mesure sont-elles réalistes ?
    • Assistons-nous au déclin de l’empire américain et quelles en sont les conséquences pour la sécurité régionale et internationale ?

    Une menace pour le projet démocratique américain

    Nombreux sont les Américains qui perçoivent Donald Trump comme un danger pour la démocratie fondée par les Pères Fondateurs. Cette inquiétude se manifeste à travers plusieurs indicateurs :

    1. Extension du pouvoir législatif présidentiel

    Le principe de séparation des pouvoirs est fondamental dans la démocratie américaine, assurant l’indépendance des branches exécutive, législative et judiciaire. Pourtant, Trump a empiété sur les prérogatives du Congrès, notamment en matière commerciale, compétence normalement réservée aux commissions du Congrès chargées des politiques commerciales.

    Selon certains juristes constitutionnels, les politiques douanières de Trump, qui ont perturbé l’économie mondiale, illustrent cette empiètement. Bien que la loi confère au président un rôle important en matière de commerce extérieur en cas de menace à la sécurité nationale, la guerre commerciale déclenchée par Trump est souvent interprétée comme un danger fictif, relevant davantage de son initiative personnelle que d’une menace réelle.

    Ce dépassement des pouvoirs législatifs est préoccupant pour la pérennité du système démocratique basé sur la séparation des pouvoirs.

    2. Instrumentalisation de la justice pour poursuivre les adversaires politiques

    Des individus, organisations et universités ont subi des pressions judiciaires, des coupures de financements et des licenciements sous des prétextes tels que le manque de loyauté ou l’antisémitisme. La confrontation entre l’administration Trump et l’Université Harvard illustre cette ingérence dans la liberté académique.

    Le président de Harvard, Alan Garber, a dénoncé dans une lettre ouverte l’ingérence gouvernementale, affirmant que « aucune administration, quel que soit son parti, ne devrait dicter aux universités privées ce qu’elles peuvent enseigner, accepter, embaucher ou étudier ».

    Une autre illustration est l’action de la procureure générale fédérale du New Jersey, Alina Haba, nommée par Trump, qui a enquêté sur le gouverneur démocrate Phil Murphy et le procureur général Matt Platkin pour avoir ordonné aux forces de l’ordre de ne pas coopérer avec les agents fédéraux de l’immigration, droit légal des autorités locales.

    Ces manœuvres ont visé des étudiants internationaux, particulièrement ceux ayant protesté contre des massacres à Gaza, en les soumettant à des procédures d’expulsion sans possibilité de défense, ce qui constitue, selon les associations de défense des droits, une violation flagrante des droits humains et une attaque contre les libertés civiles.

    3. Perturbations institutionnelles et absence de gouvernance claire

    Les cent premiers jours de la seconde présidence de Trump ont été marqués par une instabilité sans précédent. Plutôt que de passer par le Congrès, Trump a multiplié les ordres exécutifs, contournant ainsi le contrôle législatif.

    En comparaison avec ses 33 ordres exécutifs durant ses cent premiers jours en 2017, il en a signé 142 lors de cette période récente, un record historique soulignant la marginalisation du Congrès malgré la majorité républicaine dans les deux chambres.

    Politisation de la fonction publique

    La politisation de la fonction publique, caractéristique des pays en développement, s’est accentuée sous Trump. Il a favorisé la nomination de personnes loyales au détriment des compétences, ciblant ce qu’il appelle « l’État profond » qu’il accuse d’entraver son projet politique.

    Des mesures telles que la création de l’administration de l’efficacité gouvernementale (DOGE), confiée à Elon Musk, visaient à rationaliser les agences mais ont surtout servi à licencier massivement des fonctionnaires fédéraux, avec un impact potentiel de suppression de 100 000 emplois ou plus, ce qui pourrait affaiblir la compétitivité américaine face à la Chine et d’autres rivaux stratégiques.

    Situation économique

    Un sondage de Fox News, proche de Trump, indique que seulement 38 % des Américains soutiennent ses politiques économiques lors des cent premiers jours. Cette faible popularité est liée à l’augmentation des prix des biens et services et à la montée de l’inflation causée par les droits de douane sur les importations.

    Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a confirmé que ces tarifs douaniers contribuent à la hausse de l’inflation, freinant les progrès réalisés pour la réduire depuis 2022. Il prévoit un retour à une inflation proche de 2 % d’ici la fin de l’année prochaine, alors que le taux actuel est de 2,4 %.

    Cependant, du point de vue du consommateur moyen, les prix élevés restent un obstacle majeur, ce qui se reflète dans la baisse de popularité de Trump sur le plan économique, évaluée à 36 %. Si cette tendance persiste, elle pourrait avoir des répercussions politiques lors des prochaines élections intermédiaires et influencer la politique étrangère américaine.

    Le Brexit commercial et ses conséquences

    Jamais auparavant un président américain n’avait pris la décision, en ses cent premiers jours, de s’opposer à l’ensemble du monde et de sortir du système économique mondial établi après les accords de Bretton Woods en 1944, fondement du libre-échange international.

    Cet isolement rappelle le Brexit du Royaume-Uni, qui a provoqué des perturbations économiques et commerciales, un recul de son économie, des barrières accrues au commerce avec ses voisins, et des difficultés pour les flux de capitaux et de main-d’œuvre.

    Trump croit pouvoir redessiner la carte commerciale mondiale en imposant une pression sur ses adversaires, mais cette stratégie n’a pas encore abouti.

    La capacité de Washington à maintenir son leadership mondial dépend de son ouverture au monde, non de son repli protectionniste qui affaiblit son influence et sa capacité d’innovation, notamment dans les secteurs technologiques où les talents internationaux jouent un rôle crucial, comme en témoigne la Silicon Valley.

    Le principal bénéficiaire de ce « Brexit commercial » américain est la Chine, qui étend son influence globale via l’initiative « Ceinture et Route », remplissant ainsi les vides laissés par les États-Unis. L’isolement américain ouvre la voie à la montée en puissance chinoise, qui pourrait transformer son pouvoir économique en pouvoir militaire et stratégique.

    Erreurs dans l’approche extérieure

    Les cent premiers jours de Trump ont creusé la crise de confiance envers le système américain, en raison de l’usage des politiques économiques comme arme et du démantèlement des institutions basées sur l’État de droit.

    Le PDG de Diver souligne que la confiance dans le dollar reposait traditionnellement sur la stabilité juridique, géopolitique et économique américaine. Or, la désintégration des alliances européennes et le recours exclusif aux décisions exécutives ont fragilisé la crédibilité des États-Unis auprès de leurs partenaires.

    Parmi les facteurs aggravants, l’absence de pression américaine sur le Premier ministre israélien Netanyahu pour négocier sérieusement la fin de la guerre à Gaza, malgré les engagements palestiniens, a sapé la confiance internationale. L’obstination israélienne, soutenue par l’administration américaine, a empêché tout progrès diplomatique, affaiblissant la position de Washington.

    Des révélations sur des négociations secrètes avec l’Iran pour limiter son programme nucléaire renforcent la méfiance, notamment chez les alliés du Golfe, tandis que l’Europe reste également sceptique, notamment sur la question ukrainienne.

    Ce recul de Washington profite directement à la Chine, qui gagne en influence face à une Amérique affaiblie et isolée.

    En Ukraine, la promesse de Trump de mettre fin rapidement au conflit avec la Russie s’est soldée par un échec, créant une méfiance entre Washington, Kiev et ses alliés européens, ce qui diminue encore le rôle international des États-Unis.

    Perspectives

    Les cent premiers jours de la seconde présidence de Trump représentent un défi majeur, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis :

    • Sur le plan interne, l’affaiblissement de l’État de droit et l’instrumentalisation politique des institutions judiciaires menacent la démocratie américaine elle-même.
    • La perte de confiance dans les institutions, perçues comme partisanes et non compétentes, compromet leur légitimité et rendra difficile la restauration de la stabilité après le mandat de Trump.
    • Sur le plan international, le recul américain et la méfiance des partenaires affaiblissent la capacité des États-Unis à maintenir leur rôle de puissance dominante.
    • Cette érosion ouvre la voie à une multipolarité où la Chine et d’autres acteurs pourront occuper l’espace laissé vacant.

    La guerre commerciale déclenchée par Trump n’est pas sans conséquences, et de nombreux acteurs sont désormais prêts à faire payer un prix à l’Amérique pour ses choix unilatéraux. N’ayant pas tenu ses promesses de restaurer la foi, la richesse, la démocratie et la liberté, Trump laisse la porte ouverte à un monde où les États-Unis auront un rôle limité, semblable à celui des autres puissances émergentes.

    source:https://www.aljazeera.net/opinions/2025/5/1/100-%d9%8a%d9%88%d9%85-%d9%85%d9%86-%d8%ad%d9%83%d9%85-%d8%aa%d8%b1%d8%a7%d9%85%d8%a8-2

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    OpenAI et Malte lancent une expérimentation inédite: un an de ChatGPT Plus pour les habitants formés à l’IA

    Malte veut démocratiser l’usage de l’IA avec un an d’accès à ChatGPT Plus après un parcours de formation gratuit.

    Tunisie : des manifestants remettent la pression sur Kaïs Saïed au cœur d’une crise politique et sociale

    La mobilisation de samedi à Tunis relance les inquiétudes sur les libertés publiques et sur l’aggravation de la crise économique tunisienne.

    Hantavirus : un cas confirmé au Canada, faut-il s’inquiéter en France ? Ce que l’on sait des symptômes, de la transmission et du risque...

    Après un nouveau cas confirmé au Canada, voici ce que disent Reuters, l’OMS, l’ECDC, le CDC, le ministère de la Santé et l’Institut Pasteur sur le risque réel en France.

    SpaceX : BlackRock aurait discuté d’un investissement géant pour l’IPO, ce que l’on sait vraiment

    Un possible investissement de BlackRock dans l’IPO de SpaceX alimente les marchés, mais le dossier reste au stade de discussions rapportées et non confirmées officiellement.

    Tesla remonte les prix du Model Y aux États-Unis, une première depuis deux ans

    Le constructeur a relevé de 500 à 1 000 dollars le prix de plusieurs Model Y aux États-Unis, sans expliquer officiellement les raisons de ce changement.

    Chine-États-Unis : Pékin évoque des baisses de droits de douane et un accès élargi au marché agricole après le sommet Trump-Xi

    Pékin affirme vouloir avancer sur des baisses tarifaires, l’accès au marché et les achats agricoles américains, tout en rappelant que les accords restent préliminaires.

    Hantavirus : le séquençage n’indique pas de variant plus transmissible ou plus dangereux, ce que cela veut dire

    Le séquençage complet du virus détecté chez la passagère française du MV Hondius n’indique pas l’émergence d’un variant plus dangereux. Explications utiles et sans alarmisme.

    Affaire Khashoggi : la justice française ouvre une nouvelle enquête sensible

    Après une décision de la cour d’appel de Paris, la justice française ouvre une information judiciaire dans l’affaire Jamal Khashoggi.

    à Lire

    Categories