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Licenciements au Washington Post en pleine guerre : une crise humaine

par Lea
France

Le Washington Post a annoncé une révision importante de ses effectifs, en supprimant environ un tiers du personnel. Plus de 300 journalistes ont été licenciés, selon les chiffres avancés par le quotidien. Au-delà des chiffres, ce qui frappe ce sont les trajectoires humaines: correspondants renvoyés en zone de guerre, reporters avertis à l’étranger, chefs de service qui démissionnent par solidarité. Des bureaux ont été fermés dans plusieurs régions, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, alors que la rédaction réajuste sa couverture internationale.

Lizzie Johnson, envoyée spéciale en Ukraine, avait partagé ces derniers jours les difficultés de sa mission. Elle avait raconté sur les réseaux sociaux des réveils sans électricité ni chauffage, contraints de travailler depuis sa voiture pour continuer à écrire. Hier, elle a annoncé avoir été licenciée par le Washington Post au milieu d’une zone de combat.

Sabrina Malhi, qui travaillait sur les questions de santé depuis plusieurs années, a reçu son licenciement alors qu’elle était en congé maternité. Elle a exprimé son chagrin sur les réseaux, affirmant qu’elle avait le cœur brisé et qu’elle allaitait son nouveau-né. Cette annonce met en lumière la brutalité des coupes et leur impact personnel.

Les Carpenter, journaliste sportif de longue date, a été licencié alors qu’il était en service pour les Jeux olympiques d’hiver en Italie. Il a toutefois annoncé son intention de poursuivre la couverture des JO pour le Washington Post, par fidélité envers le journal et ses lecteurs. Il a déclaré que certains abonnés souhaitaient continuer à lire sa couverture et qu’il leur doit cela.

Parmi les postes touchés figure Caroline O’Donovan, journaliste chargée de suivre l’actualité d’Amazon pour le Washington Post. Elle a déclaré avoir été licenciée de son poste, en décrivant sur les réseaux une ironie évidente liée au contexte. Elle a noté que la mention Le Washington Post appartient à Jeff Bezos apparaissait fréquemment dans ses articles, et que ce contexte était rendu encore plus frappant par le licenciement.

Le sentiment d’injustice ne s’arrête pas au personnel de terrain. Emmanuel Felton, du service questions ethniques, a dit ne pas comprendre que son service soit touché, évoquant une réunion qui avait été présentée comme génératrice de nouveaux abonnements et qui a abouti au licenciement. Marissa Lang, lauréate du Prix Pulitzer 2022 du Service public, a exprimé sa fierté pour le travail accompli et pour les histoires qui ont mobilisé les communautés.

À Washington, des gestes de solidarité ont été observés, avec une réunion Zoom matinale et des messages d’annonces envoyés par courrier électronique. Selon des sources internes citées par le New York Times, un responsable éditorial aurait demandé à être licencié plutôt que de participer à l’organisation des suppressions. Dans la rédaction internationale, un rédacteur en chef a démissionné après avoir vu son service décimé.

Une journaliste a lancé une cagnotte pour soutenir ses collègues, exprimant sa gratitude pour les soutiens reçus. Ces fonds témoignent d’un élan de solidarité au-delà des rédactions et des frontières. À ce stade, la cagnotte affichait environ 276 000 €, soit près de l’objectif de 322 000 €.

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