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    Yunus à la sortie du pouvoir : bilan et héritage au Bangladesh

    Bangladesh

    Muhammad Yunus quitte la tête du gouvernement intérimaire après dix-huit mois marqués par une tentative ambitieuse de réforme et de justice transitionnelle. Appelé à diriger le pays après le soulèvement étudiant d’août 2024 qui a renversé Sheikh Hasina, Yunus quitte le pouvoir alors que le Bangladesh se prépare à des élections nationales et à un référendum sur un paquet de réformes constitutionnelles.

    Un recours acceptable aux yeux des manifestants

    Lorsque les étudiants ont forcé la démission de Sheikh Hasina, ils ont choisi Muhammad Yunus pour son autorité morale et sa stature internationale. Pour beaucoup, il représentait une figure capable d’apaiser les inquiétudes diplomatiques et économiques d’un pays exportateur de vêtements confronté à une période d’incertitude.

    Des leaders étudiants expliquent qu’aucune autre personnalité ne réunissait la même acceptation, même si son arrivée n’était pas sans réserves au sein de certains cercles de l’État et des forces armées. Yunus avait lui-même hésité, affirmant ne pas être « une personne politique », avant de céder, selon ses partisans, à un sens du devoir face à l’escalade des violences.

    Une poussée vers la justice et la vérité

    Le gouvernement provisoire de Muhammad Yunus a lancé plusieurs commissions d’enquête et de réforme pour examiner les abus présumés perpétrés entre 2009 et 2024. Sans parlement élu, l’exécutif s’est appuyé sur des spécialistes pour documenter les manquements institutionnels et proposer des remèdes structurels.

    Parmi les initiatives les plus sensibles figurait la Commission d’enquête sur les disparitions forcées. Celle-ci a recensé 1 913 plaintes, en a vérifié 1 569 et identifié 287 victimes comme disparues ou décédées, en imputant majoritairement ces cas aux forces de sécurité, y compris la police, le Rapid Action Battalion et certains services de renseignement militaire.

    La justice a également poursuivi plusieurs responsables : des politiques, des hauts gradés et des officiers de sécurité ont été jugés. L’ancienne Première ministre a été condamnée par contumace pour crimes contre l’humanité dans au moins une affaire, tandis que d’autres responsables liés à son administration ont fait face à des mises en examen.

    Réformes institutionnelles et limites

    Yunus a tenté une réforme ambitieuse du système judiciaire, de la police et des institutions constitutionnelles. Son équipe a produit des propositions visant à réduire la politisation des tribunaux et le pouvoir concentré des forces de sécurité.

    Pourtant, de nombreux observateurs estiment que ces mesures ont été freinées par la résistance bureaucratique et par la nature même d’un gouvernement non élu. Les changements profonds escomptés sur la bureaucratie et les pratiques sécuritaires n’ont pas tous abouti, laissant une partie de l’opinion déçue.

    • Création de commissions sur les élections, la constitution et les droits humains.
    • Ouverture de poursuites contre des responsables impliqués dans des abus.
    • Renforcement ponctuel de l’indépendance judiciaire, selon les promoteurs.

    Le pari du référendum

    Pour préserver et légitimer son agenda, Muhammad Yunus a choisi de soumettre certaines recommandations clés au verdict populaire par un référendum organisé parallèlement aux élections. L’objectif affiché était d’obtenir un mandat clair pour des réformes structurelles essentielles.

    Cependant, l’issue conditionne l’avenir du programme : si le référendum est approuvé, le futur parlement devra décider de la mise en œuvre ; s’il est rejeté, l’élan réformateur pourrait s’effriter. Cette incertitude est centrale dans l’évaluation de l’héritage de Yunus.

    Réactions des partis et débats politiques

    Les principaux partis restent divisés sur l’action de Yunus. Le Bangladesh Nationalist Party (BNP), tout en reconnaissant son rôle stabilisateur, a critiqué la portée d’un gouvernement non élu et les tentatives d’imposer de vastes réformes en peu de temps.

    De son côté, le National Citizen Party formé par d’anciens leaders étudiants et son allié Jamaat-e-Islami ont soutenu l’initiative réformatrice, jugeant nécessaire d’aborder les causes profondes de la répression avant le retour à une vie parlementaire normale.

    Sur le plan économique, la stabilité macroéconomique a partiellement été retrouvée, mais le chômage, le gel des salaires et la faiblesse de l’investissement privé ont maintenu une pression sur le quotidien des ménages.

    Perceptions populaires et bilan mitigé

    Dans les rues de Dacca, le verdict populaire est contrasté. Certains, comme des proches de victimes du soulèvement, voient en Yunus un artisan de justice qui a permis des condamnations et des enquêtes longtemps attendues.

    Pour d’autres, la figure de Yunus symbolise une opportunité manquée. Un conducteur d’autorickshaw de 50 ans confie qu’il avait espéré des changements plus radicaux et qu’il reste sceptique quant à l’impact réel des élections à venir sur sa vie quotidienne.

    Les soutiens et les détracteurs s’accordent toutefois sur un point : Yunus a été une personnalité incontournable de cette transition, et l’histoire jugera l’ampleur de son héritage selon la pérennité des réformes qu’il a lancées.

    source:https://www.aljazeera.com/news/2026/2/5/country-of-the-blind-how-will-bangladesh-remember-muhammad-yunus

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