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Yémen : le sport, lien commun malgré dix ans de guerre

par Sara
Yémen, Arabie saoudite, Oman

Depuis dix ans de guerre et un partage du pouvoir entre Sanaa et Aden, le sport est resté la rare sphère où se manifestent des raisons d’unité au Yémen. Malgré la division administrative, la fédération de football a conservé une organisation unique qui sert de cadre pour les compétitions, la représentation extérieure et la coordination entre acteurs locaux et autorités. Ainsi, le sport yéménite continue d’apparaître comme un langage commun, capable de transcender les clivages politiques et militaires.

Présence internationale malgré les défis

Yemen a maintenu sa participation à de nombreuses compétitions régionales et mondiales, des tournois de l’Union de football de l’Ouest asiatique aux Jeux de la solidarité islamique 2025, en passant par les éditions des Jeux olympiques à Tokyo et Paris. Par ailleurs, des athlètes yéménites ont pris part individuellement à des disciplines comme la lutte, le taekwondo, le kick-boxing, le judo, la natation et le basket-ball à cinq.

Pour le journaliste sportif Ali Najeeb, cette présence internationale illustre « la capacité du sport à rassembler le sentiment national » et à permettre aux nouvelles générations de s’imposer malgré la précarité des moyens. De fait, la progression de talents issus des catégories jeunes jusqu’aux sélections A témoigne d’une résilience notable du mouvement sportif.

Un fonds pour la jeunesse et le sport sous pression

Créé en 1996, le Fonds de soutien à la jeunesse et au sport a pour mission de financer la formation, la rééducation médicale, l’entretien des infrastructures et les primes aux médaillés. La guerre a toutefois fragmenté sa gestion : les autorités basées à Sanaa et celles de la gouvernance reconnue à Aden se disputent l’accès aux ressources.

La vice-ministre Nadia Abdullah explique que le ministère peine à honorer toutes ses obligations, notamment parce qu’une part importante des ressources publiques a été réorientée vers le paiement des salaires. Elle souligne aussi que de nombreuses installations sportives ont été endommagées ou transformées en camps de déplacés ou en sites militaires, rendant la réhabilitation coûteuse et complexe.

Reconstruction et initiatives locales

Les autorités basées à Aden affirment avoir lancé des opérations de remise en état après leur réinstallation, avec le soutien d’organisations partenaires et quelques financements externes. Selon Hassan Abd Rabbo Al-Yafai, responsable du bureau technique du ministère, des dizaines d’installations endommagées ont pu être réparées, mais le travail reste considérable face aux ressources limitées.

Sur le terrain, des bureaux provinciaux et des collectifs locaux organisent des initiatives autofinancées pour relancer la pratique sportive et la vie associative. La région de Hodeida, notamment les zones du sud, sert d’exemple : des tournois saisonniers pendant les mois de cha’ban et de ramadan, des festivals équestres et des compétitions de volley-ball ont été remis en place, tandis que des clubs et associations de jeunesse se recréent malgré les contraintes.

Obstacles persistants

Les organisateurs pointent des freins lourds : stades et équipements détruits, présence dangereuse de mines, manque de financements réguliers et pénurie d’encadreurs qualifiés. Ces difficultés rendent la pérennisation des activités sportive et la formation des jeunes particulièrement ardues.

Pourtant, les voix du terrain soulignent l’ingéniosité et la détermination des acteurs locaux à maintenir des calendriers de compétitions et des programmes d’entraînement, même avec des moyens limités.

Le sport, lien rare entre Nord et Sud

À chaque succès collectif ou individuel, les célébrations se répètent dans tout le pays, du nord au sud. Les victoires des équipes de jeunes lors de compétitions régionales — notamment les éditions de l’Union de l’Ouest asiatique — ont suscité des scènes de liesse partagée, rappelant que le sport demeure un vecteur de fierté et de cohésion.

En définitive, le sport yéménite continue de jouer un rôle social et symbolique crucial : il offre un espace de rencontre et de reconnaissance mutuelle, un rare lien commun pour des communautés profondément divisées par la guerre.

source:https://www.aljazeera.net/news/2026/2/5/%d8%a7%d9%84%d8%b1%d9%8a%d8%a7%d8%b6%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d9%8a%d9%85%d9%86%d9%8a%d8%a9-%d8%ac%d9%87%d9%88%d8%af-%d8%aa%d8%a3%d8%a8%d9%89-%d8%a7%d9%84%d8%a7%d9%86%d9%82%d8%b3%d8%a7%d9%85

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