Les pourparlers entre l’Ukraine et la Russie se poursuivront jeudi à Abou Dhabi, avec la participation d’Américains, dans un contexte où Moscou cherche à imposer ses conditions à Kiev. À l’issue de la première journée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a évoqué la perspective d’un échange de prisonniers dans un avenir proche. C’est le seul résultat concret qui avait émergé des discussions précédentes tenues en Turquie en 2025.
En ouvrant de nouvelles discussions, Moscou a de nouveau insisté sur le fait que Kiev devait s’aligner sur ses exigences, alimentant les doutes sur les chances de réussite de ces efforts diplomatiques portés par les États-Unis.
Moscou exige en particulier que Kiev cède l’intégralité du Donbass à la Russie, en échange d’un éventuel gel de la ligne de front.
Dans une interview diffusée sur France 2 mercredi soir, Zelensky a estimé que Moscou devrait sacrifier 800 000 hommes supplémentaires pour achever militairement la conquête de cette région. Il a ajouté qu’il faudrait au moins deux ans avec une progression lente et que, selon lui, les forces russes ne tiendront pas aussi longtemps. Il a toutefois reconnu que le conflit pesait aussi sur les forces armées ukrainiennes, avec un grand nombre de disparus et environ 55 000 soldats ukrainiens tués, chiffre bien moindre que les estimations occidentales.
Kiev refuse pour l’instant d’abandonner les territoires réclamés par Moscou dans l’est, le Donbass, où se concentrent les principales défenses face aux assauts russes.
Lors des pourparlers, auxquels participent l’émissaire américain Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre de Donald Trump, Moscou poursuit la pression sur les civils. Mercredi, une frappe russe sur un marché à Drujkivka, dans l’est de l’Ukraine, a fait au moins sept morts et 15 blessés, selon le gouverneur régional. Après une courte pause demandée par le président américain, Moscou a repris mardi ses frappes sur les infrastructures énergétiques, provoquant des coupures de chauffage et d’électricité pour des centaines de milliers de foyers, alors que les températures avoisinent les -20 °C. La Russie vise aussi les voies ferrées pour couper certaines régions d’Ukraine et semer la peur dans l’esprit des populations, selon le directeur de la compagnie nationale Ukrzaliznytsia, Oleksandr Pertsovskyi, à l’AFP mercredi. Dans ce contexte, les Ukrainiens interrogés doutent qu’un accord puisse être trouvé. Selon un habitant de Kiev, Petro, tout cela pourrait n’être qu’une mise en scène; il faut se préparer au pire et espérer le meilleur. À Moscou, les Russes interrogés expriment l’espoir que la guerre prenne fin. Anton, ingénieur de 43 ans, déclare que cela doit finir un jour et que tout le monde en a assez, tandis que Dmitri, 44 ans, souhaite que les drones cessent de survoler les têtes et que les morts cessent.
Russes, Ukrainiens et Américains s’étaient déjà rencontrés aux Émirats fin janvier pour des discussions, les alliés européens de Kiev restant exclus malgré leur souhait d’être associés aux pourparlers. Mais Zelensky a souligné sur France 2 que Poutine n’a pas peur des Européens; il affirme que Poutine n’a peur que de Trump, ajoutant que le dirigeant américain possède des leviers économiques, des sanctions et des armes qu’il pourrait mettre à disposition.