Dans un communiqué de presse publié le 17 juillet, la Société Française de Dermatologie (SFD) s’inquiète de la multiplication des dépistages de cancers de la peau proposés dans des centres commerciaux, des pharmacies ou via des applications utilisant l’intelligence artificielle. Ces dépistages se font « sans supervision dermatologique ni validation scientifique ». Le texte met en garde contre des dérives et les risques pour le parcours des patients.
Pour le Pr Saskia Oro, présidente de la SFD, ces solutions, dont « on ne sait pas exactement comment elles sont gérées », ne fluidifient pas le parcours du patient, « bien au contraire ». La professionnelle craint que ces machines n’augmentent les taux de mauvais dépistages, donnant un faux sentiment de sécurité aux personnes malades et éveillant, chez d’autres patients, des inquiétudes inutiles. Elle appelle à une meilleure régulation et à un cadre clair pour l’évaluation des outils numériques.
« Le juste soin dermatologique repose sur un raisonnement clinique, un parcours coordonné et un usage raisonné de la technologie. Il est urgent de remettre l’expertise dermatologique au cœur du système, pour que l’innovation bénéficie réellement aux patients, sans sacrifier la qualité des soins ni les ressources publiques », précise la SFD dans son communiqué. Cette position met l’accent sur l’importance du raisonnement clinique et d’un pilotage médical des technologies émergentes.
La SFD appelle aujourd’hui à « un encadrement éthique et rigoureux », préconisant l’intégration de toute solution numérique dans un réseau territorial impliquant des dermatologues et l’évaluation « de manière indépendante » de tous les dispositifs numériques actuels. Elle précise que cet encadrement doit passer par des comités d’éthique, des essais indépendants et une supervision adaptée. Cette approche vise à concilier l’innovation avec la sécurité des patients et la soutenabilité des ressources publiques.
Quid de la pénurie de dermatologues en France ?
Malgré les débats autour du dépistage par IA, la demande demeure élevée face à la pénurie de dermatologues. En 2024, 2 880 dermatologues exerçaient contre 3 546 en 2015, soit une baisse d’environ 19 % en neuf ans. Cette diminution pèse sur l’accès aux soins et influence les choix des patients.
Le ratio actuel est d’environ 5,9 dermatologues pour 100 000 habitants, avec de fortes disparités régionales. L’Île-de-France et la région PACA restent les seules zones où le nombre de praticiens est encore jugé suffisant. D’autres régions connaissent des délais plus importants et une pression accrue sur les services.
Le vieillissement de la profession et le numérus clausus sont cités comme causes majeures de cette pénurie. En conséquence, le délai moyen pour obtenir une consultation varie selon les territoires: 15 à 30 jours dans les grandes villes, 30 à 60 jours dans les villes moyennes. Dans les zones rurales, il peut atteindre six mois à un an. Le coût peut aussi freiner certains patients: le tarif réglementé en secteur 1 est de 30 euros et remboursé à 70 % par la Sécurité sociale, mais les rendez-vous avec des dermatologues conventionnés restent difficiles à obtenir et les dépassements d’honoraires peuvent porter le tarif moyen à 50–90 euros, voire plus dans les grandes villes. Le remboursement reste basé sur 30 euros et dépend ensuite de la mutuelle.
Le rôle des réseaux sociaux ?
Le 10 juillet, la société savante a dénoncé l’impact néfaste des réseaux sociaux dans le domaine des soins de la peau. « De fausses promesses de soins, des discours pseudo-scientifiques, des pratiques d’automédication dangereuses : la dermatologie est l’une des disciplines les plus ciblées par la désinformation sur les réseaux sociaux », assurait-elle. Elle rappelle également : « Il est urgent que les pouvoirs publics prennent pleinement la mesure de l’impact des réseaux sociaux sur la santé de la peau ».
Sur TikTok et d’autres plateformes, on voit passer des tendances cutanées sans fondement: ail sur les boutons pour les faire sécher, le mélange crème solaire et fond de teint, ou le recours au scotch pour le lifting et à des feuilles de gel de silicone pour atténuer les rides. Ces gestes, dépourvus de bases scientifiques, peuvent être dangereux et inefficaces.