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Le Secret de la Sérénité Face à la Fin de Vie expliqué par un Psychologue
Les témoignages à ce sujet sont nombreux. Lorsqu’on reçoit un diagnostic de fin de vie, on peut ressentir une foule d’émotions dont une assez inattendue : la joie. C’est ce phénomène qu’analyse Mattias Tranberg, associé de recherche postdoctorale à l’Institut des soins palliatifs de l’Université de Lund, en Suède.
Dans un article publié par The Conversation, il raconte : « Cela peut sembler étrange qu’une personne puisse être heureuse alors que la fin approche, mais d’après mon expérience en tant que psychologue travaillant avec des personnes en fin de vie, ce n’est pas si rare. »
« Je suis aussi heureux que je ne l’ai jamais été dans ma vie »
Il cite en exemple Simon Boas, auteur d’un livre à ce sujet, décédé d’un cancer à l’âge de 47 ans. Dans une interview à la BBC, ce dernier a déclaré : « Ma douleur est sous contrôle et je suis terriblement heureux. Ça semble bizarre à dire, mais je suis aussi heureux que je ne l’ai jamais été dans ma vie. »
Profiter de chaque instant, donner la priorité aux expériences importantes… toutes ces réflexions ont nourri l’idée que le diagnostic de fin de vie de Simon Boas a amélioré son appréciation de la vie. Il espérait d’ailleurs que son attitude soutiendrait sa femme et ses parents pendant les temps difficiles à venir.
Mattias Tranberg s’appuie sur une étude publiée dans Psychological Science selon laquelle les personnes proches de la mort utilisent un langage plus positif pour décrire leur expérience que celles qui imaginent simplement la mort. « Cela suggère que l’expérience de mourir est plus agréable ou, du moins, moins désagréable qu’on pourrait l’imaginer », dit-il.
« Ce n’était pas la mort en elle-même qui l’attristait, mais toutes les choses qu’il ne pourrait plus faire »
Parmi les patients en fin de vie qu’il a pu accompagner, Mattias Tranberg parle d’un cas en particulier qui l’a marqué. Il l’a renommé Johan. « La première fois que j’ai rencontré Johan, il est venu seul à la clinique, en boitant légèrement. Nous avons parlé de la vie, de ses passions, des relations et du sens de tout ça. »
Au fur et à mesure des rencontres, Johan s’est confié sur ses craintes et ses frustrations. Ce n’était pas la mort en elle-même qui l’attristait, mais toutes les choses qu’il ne pourrait plus faire.
Lors de son dernier rendez-vous, Johan a verbalisé son admiration envers le personnel soignant, qui apporte un soutien incroyable aux personnes en fin de vie. Finalement, Mattias Tranberg estime que chez les patients atteints d’une maladie potentiellement mortelle, plusieurs émotions peuvent émerger.
« Au cours d’une journée, les patients peuvent ressentir de la gratitude, des remords, du désir, de la colère, de la culpabilité et du soulagement, parfois en même temps. Faire face aux limites de l’existence peut ajouter une perspective et aider une personne à apprécier la vie plus que jamais. »
La Nichette Emotionnelle à la Fin de Vie
Le processus de fin de vie n’est pas simplement une expérience médicale, mais une transformation émotionnelle complexe. Beaucoup de personnes en fin de vie commencent à réévaluer leurs objectifs, leurs relations et leurs priorités. Ce rééquilibrage émotionnel peut conduire à une certaine forme de paix intérieure. Quelle est la clé pour accéder à cette sérénité? Voici quelques pistes que nous offre Mattias Tranberg :
- Acceptation : Accepter la réalité de la situation, malgré son inconfort, peut aider à diminuer le stress et l’anxiété.
- Gratitude : Focusser sur les aspects positifs et exprimer de la gratitude pour les petits moments de bonheur peut apporter une certaine sérénité.
- Relierse aux autres : Les interactions sociales et le soutien émotionnel des proches peuvent offrir un réconfort inestimable.
- Recherche de sens : Beaucoup trouvent un nouveau sens ou une nouvelle perspective sur leur vie et leurs expériences passées.
- Humilité : Accepter les limites de son contrôle sur la situation permet de se concentrer sur ce qui peut encore être accompli.
La Perspective des Soignants
Pour les professionnels de la santé comme Mattias Tranberg, il est essentiel de comprendre et de répondre aux besoins émotionnels des patients en fin de vie. Les soignants jouent un rôle crucial en offrant non seulement des soins médicaux, mais aussi un soutien psychologique et émotionnel. Voici quelques aspects soulignés par les soignants :
- Écoute active : Prendre le temps d’écouter et de comprendre les émotions et les préoccupations des patients est indispensable.
- Empathie : Montrer de l’empathie et de la compréhension aide les patients à se sentir valorisés et soutenus.
- Communication ouverte : Encourager une communication ouverte sur les préférences, les valeurs et les souhaits en fin de vie.
- Support multifacette : Offrir un soutien qui aborde les aspects physiques, émotionnels et spirituels de la fin de vie.
Vivre le Moment Présent
La notion de vivre le moment présent renforce l’idée que même dans les moments sombres, il est possible de trouver des éléments de bonheur et de satisfaction. Les personnes en fin de vie, comme l’explique Mattias Tranberg, peuvent souvent redéfinir ce qui est vraiment important pour elles, ce qui les aide à vivre des moments significatifs malgré leur état.
Transcender la peur de la mort en embrassant la vie telle qu’elle est, avec ses imperfections et ses limites, peut offrir un sentiment de paix et de complétude.