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Les bougies parfumées incarnent un petit luxe très apprécié, autant pour leur capacité à créer une ambiance apaisante que comme cadeau idéal. Pourtant, derrière leur douceur olfactive, se cachent des risques méconnus pour la santé que les experts commencent à mieux cerner. Ce phénomène, devenu un véritable marché mondial florissant, mérite un examen attentif à l’heure où nous passons la majeure partie de notre temps en intérieur.

Un rituel apaisant mais potentiellement nocif
Allumer une bougie parfumée procure une sensation immédiate de détente et de bien-être. Qu’elle provienne d’une marque de luxe ou d’une simple bougie à moins de 5 euros, le geste est le même : allumer la mèche, admirer la danse de la flamme, et laisser les effluves parfumer agréablement la pièce. Ces senteurs évoquent souvent des atmosphères précises — une librairie d’autrefois, une boulangerie par un matin ensoleillé, ou un marché aux fleurs au crépuscule — qui renforcent le sentiment de sophistication et de confort.
En plus d’être un symbole de bien-être, la bougie est devenue un incontournable des réseaux sociaux, renforçant sa popularité. En 2021-2022, les consommateurs britanniques ont dépensé environ 485 millions d’euros dans ce secteur, avec des prévisions mondiales estimant une croissance de près de 3,6 milliards d’euros à 5,5 milliards d’euros dans la prochaine décennie.

Pollution intérieure : un danger sous-estimé
Si la pollution atmosphérique extérieure est bien connue pour ses effets nocifs, la qualité de l’air à l’intérieur de nos maisons est désormais pointée du doigt. En effet, les habitants des pays développés passent jusqu’à 90 % de leur temps en intérieur, où la cuisson et même la combustion des bougies génèrent des particules fines et d’autres polluants.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air domestique cause plus de 3 millions de décès par an à l’échelle mondiale. Parmi les études marquantes, des recherches menées en 2017 à l’Université de Copenhague ont démontré que les particules émises par les bougies provoquent davantage de dommages que la même dose de fumées d’échappement diesel.
Un autre volet de cette recherche au Danemark, pays où l’on consomme en moyenne 6 kg de bougies par habitant chaque année (grâce au phénomène « hygge » prônant le confort et la convivialité), a établi que la combustion de bougies est responsable d’environ 60 % de l’exposition aux particules ultrafines, capables de pénétrer profondément dans les poumons et d’aggraver les maladies respiratoires.
Les bougies : une source de polluants chimiques
Le professeur Christian Pfrang, spécialiste des sciences atmosphériques à l’Université de Birmingham, rappelle que la bougie est « une petite source de combustion à flamme ouverte ». Comme une cheminée ou une cuisinière à gaz, elle produit des oxydes d’azote, du dioxyde de carbone et du monoxyde de carbone, notamment en cas de combustion incomplète, que l’on repère souvent aux dépôts de suie sur le bocal.
Ces polluants sont reconnus pour leurs effets graves sur les poumons et le cœur. Cependant, les concentrations émises par une seule bougie restent généralement inférieures aux seuils recommandés par l’OMS pour les polluants intérieurs.

Particules fines et impacts sanitaires
La combustion des bougies génère des particules de tailles variées, parmi lesquelles les PM2.5 et particules ultrafines sont les plus préoccupantes. Ces particules ont un impact marqué sur les personnes âgées souffrant de maladies cardiaques ou pulmonaires chroniques, ainsi que sur les enfants et les asthmatiques.
Des recherches récentes indiquent également que l’exposition à la fumée des bougies peut altérer la fonction cognitive. Une étude menée par l’Université de Birmingham et l’Université de Manchester a montré qu’une heure d’exposition diminue la capacité à se concentrer et à lire les émotions faciales.
Fragrances et composés organiques volatils (COV)
La présence de parfums dans les bougies complique davantage leur profil sanitaire. La combustion produit des composés organiques volatils (COV) qui s’évaporent facilement dans l’air. Nicola Carslaw, professeur en chimie de l’air intérieur à l’Université de York, explique que ces substances sont réactives et peuvent former davantage de particules nocives lors de leur oxydation.
Contrairement aux parfums que l’on applique sans combustion, l’allumage d’une bougie fait interagir les COV avec les produits de combustion, augmentant ainsi leur toxicité. Des substances comme le formaldéhyde, le benzène, le toluène, l’acroléine et le benzo[a]pyrène sont ainsi émises, certaines dépassant les valeurs recommandées par l’OMS et étant associées à des risques cancérigènes.
Ventilation et conseils d’usage
Face à ces risques, la ventilation devient un élément crucial. Le professeur Pfrang insiste : « La ventilation est essentielle pour éliminer les polluants intérieurs. La meilleure méthode est la ventilation croisée, en ouvrant plusieurs fenêtres pour créer un courant d’air sur une courte durée. »
Cette aération ne doit pas nuire à la diffusion du parfum, au contraire, elle permet une meilleure propagation des senteurs dans la pièce.

Les erreurs à éviter
- Ne pas allumer plusieurs bougies parfumées dans un espace trop petit ou mal aéré.
- Éviter de brûler des bougies dans des pièces comme la salle de bain ou la chambre à coucher pendant de longues heures.
- Privilégier des bougies fabriquées avec des cires naturelles plutôt que des cires à base de paraffine, issue du pétrole.
Gail Race, designer d’intérieur et experte en parfumerie d’intérieur, rappelle que « on en a toujours pour son argent ». Les bougies économiques sont souvent élaborées à partir de cire de paraffine et de fragrances artificielles, alors que les gammes supérieures utilisent des cires plus propres comme la cire d’abeille ou la cire de noix de coco, plus écologiques et moins polluantes.
Le choix de la mèche est également important : le coton ou le bois offrent une combustion plus sûre, contrairement aux anciennes mèches à âme en plomb interdites depuis 2003.
Éteindre la bougie sans polluer
Il est important de savoir que le moment où l’on souffle une bougie est souvent le plus polluant, car un pic de particules est alors dégagé. Le professeur Pfrang recommande l’utilisation d’un éteignoir, un petit outil simple permettant d’éteindre la flamme proprement et sans émanation toxique. On en trouve à des prix très abordables, autour de 1,80 €.
Globalement, il n’est pas nécessaire de renoncer totalement aux bougies parfumées, mais il convient d’avoir conscience des risques et d’adopter des pratiques pour minimiser l’exposition tout en continuant à profiter des plaisirs qu’elles offrent.