Table of Contents
Pendant près de vingt ans, Tim Friede, un Américain, s’est laissé mordre par des serpents près de 200 fois et s’est injecté du venin plus de 700 fois. Son objectif était clair: créer sa propre immunité. Pour cela, il a choisi les reptiles les plus mortels du monde, parmi lesquels cobras, mambas et taïpans. Selon les spécialistes, cette expérience a donné naissance à un antivenin « sans précédent ». Les morsures de serpent tuent entre 81 410 et 137 880 personnes chaque année dans le monde.
Renforcer son immunité
Au départ, Tim Friede voulait simplement renforcer son immunité pour se protéger lorsqu’il manipulait des serpents, tout en documentant ses exploits sur YouTube. Son idée était d’acquérir une meilleure défense contre les venins afin de travailler plus sereinement autour des reptiles. Cependant, il a rapidement constaté que le chemin serait plus complexe que prévu. Cette expérience l’a toutefois convaincu d’aller plus loin dans la recherche.
Cette détermination a fini par porter ses fruits: l’Américain a été approché par Jacob Glanville, immunologiste. Ensemble, ils ont envisagé une collaboration pour explorer les propriétés immunitaires du venin et son potentiel thérapeutique. Cette rencontre a ouvert une voie vers un antivenin potentiellement plus universel. « C’est devenu un mode de vie, et j’ai continué à pousser, pousser et pousser aussi fort que je le pouvais, pour les gens qui vivent à 12 000 kilomètres de moi et qui meurent de morsures de serpent », affirme Friede.
« J’aimerais vraiment examiner un peu de ton sang »
Le Dr Jacob Glanville, directeur de la société Centivax, a exprimé le souhait de rencontrer Friede pour étudier les possibilités offertes par son sang. Lors du premier appel, il se serait dit : « C’est peut-être gênant, mais j’adorerais mettre la main sur un peu de votre sang ». Cette démarche visait à évaluer le potentiel du sang humain comme source d’anticorps pour un traitement plus efficace contre les morsures de serpent. Cette approche marque une étape clé dans la recherche d’un antivenin pouvant couvrir plusieurs espèces.
40 millilitres de sang pour créer un antivenin
Friede a accepté de donner 40 millilitres de son sang pour faire avancer la recherche. Les chercheurs ont mélangé les anticorps de Friede — dont deux neurotoxines essentielles à la défense humaine contre les morsures — avec varespladib, une molécule capable d’inhiber une enzyme présente dans 95 % des morsures. En laboratoire, ils ont testé ce sérum sur des souris empoisonnées par le venin de 19 espèces. Le résultat est sans appel: pour 13 d’entre elles, les rongeurs étaient totalement immunisés.
Avec cette nouvelle avancée, les scientifiques pourraient développer un type d’antivenin basé sur le sang de Friede, potentiellement efficace contre plusieurs espèces de reptiles. Jusqu’à présent, les antivenins étaient spécifiques à chaque espèce de serpent. Pour Friede, cette recherche est essentielle. « Je fais quelque chose de bien pour l’humanité, et c’était très important pour moi. J’en suis fier », explique-t-il.
Perspectives et avenir
Ces résultats précliniques ouvrent des perspectives prometteuses pour un antivenin universel, capable de couvrir un spectre plus large de serpents venimeux. Toutefois, le chemin vers une application clinique reste semé d’obstacles: l’adaptation précise du venin et de l’antivenin selon les espèces et les différences intra-spécifiques demeure cruciale. Les équipes de recherche insistent sur la nécessité d’évaluer rigoureusement la sécurité et l’efficacité chez l’humain avant toute utilisation médicale.
- Utilisation du sang humain pour générer des anticorps potentiellement polyvalents.
- Association stratégique avec des molécules comme la varespladib pour élargir le spectre d’action.
- Tests précliniques sur diverses espèces afin d’affiner les profils d’efficacité et de sécurité.
- Étapes futures: essais cliniques et évaluations réglementaires pour arriver à un antivenin multi-espèces.