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Al-Dhali, province montagneuse du sud du Yémen, se distingue par sa position stratégique entre le nord et le sud du pays et par ses paysages naturels remarquables. Située à environ 245–250 km au sud de la capitale Sanaa et à quelque 140 km au nord d’Aden, elle occupe un plateau élevé qui a historiquement relié les routes commerciales et de pèlerinage. À la fois carrefour militaire et destination pour le tourisme thermal et patrimonial, Al-Dhali conjugue enjeux politiques et atouts environnementaux.
Situation géographique et administration
La province d’Al-Dhali couvre une superficie d’environ 4 099 km² et comporte neuf districts administratifs. Elle bordée par plusieurs gouvernorats : Ibb et Al-Bayda au nord, Lahj et Abyan au sud, et Taiz et Ibb à l’ouest, tandis qu’à l’est se trouvent Lahj et Al-Bayda.
Les neuf districts sont notamment Jibn, Damt, Qataba, Al-Shaib, Al-Hasin, Al-Dhali (chef-lieu), Jahaf, Al-Azariq et Al-Hasha. Parmi eux, Jibn est le plus étendu avec près de 1 186 km², tandis que Jahaf est le plus petit, autour de 87 km².
Géographie et climat
Al-Dhali présente une grande diversité topographique : montagnes, plateaux, vallées et plaines fertiles coexistent dans un espace relativement compact. Parmi les massifs les plus notables figurent Jahaf, Al-Ma’fari, Harir, Al-Nad, Al-Dabiyat et Al-Sha’iri.
La province est traversée par de nombreux oueds qui irriguent les terrasses agricoles, tels que Wadi Ma’aber, Wadi Al-Ghasha, Wadi Amama, Wadi Rahban, Wadi Al-Daher, Wadi Haban, ainsi que d’autres vallées locales. Ces cours d’eau soutiennent la culture en terrasses et l’apiculture dans les zones basses.
Climatiquement, Al-Dhali connaît des étés modérés et des hivers froids, avec des écarts thermiques marqués la nuit. Dans les districts montagneux (Damt, Qataba, Jibn, Al-Shaib), les températures hivernales descendent entre 3 et 5 °C et atteignent environ 25 °C en été. Dans les zones semi-montagneuses, les minima hivernaux tournent autour de 10–12 °C et les maxima estivaux peuvent approcher 32 °C.
Population
Selon les estimations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en 2021, la population d’Al-Dhali s’élève à environ 818 000 habitants. Ce chiffre inclut les populations locales ainsi que des personnes déplacées internes et des résidents temporaires.
Un passé historique riche
La région d’Al-Dhali possède des racines anciennes, liées notamment au royaume de Qatabân puis, plus tard, à l’émirat local d’Al-Amiri qui exerça une influence politique et sociale notable dans le sud du Yémen. La ville de Al-Dhali a longtemps été une halte importante sur les voies commerciales et de pèlerinage reliant Aden à Sanaa.
Aux XIXe et début du XXe siècle, la province fut au cœur d’un bras de fer entre l’Empire ottoman et l’Empire britannique, qui cherchaient à asseoir leur influence dans la péninsule. Des campagnes militaires ottomanes, des accords de protection britanniques et des affrontements tribaux ont marqué cette période de rivalités et de recompositions politiques.
Plus tard, Al-Dhali s’illustra dans la résistance contre la présence britannique dans les années 1960, puis participa aux dynamiques politiques du Yémen moderne : après l’unification de 1990 elle fut érigée officiellement en gouvernorat et, dans les années qui suivirent, la région fut aussi le théâtre de mouvements armés exprimant des revendications locales et régionales.
Rôle politique et militaire actuel
Depuis le déclenchement du conflit yéménite en 2014, Al-Dhali a acquis une importance stratégique. Sa topographie accidentée et ses réseaux tribaux, notamment ses liens avec les régions de Yafa et Radfan, ont façonné son rôle sur les fronts de conflit.
La province a été l’un des premiers territoires à infliger des revers aux forces houthis et aux soutiens de l’ancien président. Par la suite, elle est devenue un bastion important pour le Conseil de transition du Sud (STC), qui y trouve un soutien tribal et social significatif. Al-Dhali sert également de dépôt logistique et de point d’appui pour des équipements et du matériel militaire liés aux forces du STC.
Dans ce contexte, des frappes aériennes du coalition ont ciblé, début janvier 2026, des sites attribués au STC dans la province, après des renseignements faisant état de transferts d’armes vers la zone. Ces actions illustrent la sensibilité stratégique d’Al-Dhali dans l’équilibre des forces au sud du Yémen.
Économie locale
L’agriculture demeure la principale activité économique pour la majorité des habitants d’Al-Dhali, contribuant à environ 1,7 % de la production agricole nationale yéménite. Les cultures comprennent le maïs, le mil, le sésame, les lentilles et le blé, ainsi que le qat et des quantités limitées de café et de fruits.
La viticulture est pratiquée dans certaines vallées, favorisant l’apiculture et la production de miel. L’élevage et le pastoralisme complètent les revenus ruraux, même si la guerre et les changements climatiques ont réduit la cheptel dans plusieurs zones.
Des activités artisanales subsistent, comme le tissage traditionnel et la verrerie décorative. Par ailleurs, des gisements de talc sont exploités localement pour des usages industriels et artisanaux, tandis que des ateliers produisent des objets de parure et des cosmétiques locaux.
Sites naturels et patrimoine
Al-Dhali réunit des atouts touristiques variés, allant des sources thermales aux vestiges antiques. Les districts de Damt et Jibn sont les plus réputés pour leur patrimoine et leurs potentialités touristiques.
Damt est célèbre pour ses sources chaudes minérales d’origine volcanique, prisées pour leurs vertus thérapeutiques. La ville possède des vestiges anciens, dont une forteresse préislamique et des citernes creusées dans la roche, ainsi que des ouvrages d’ingénierie hydraulique islamiques tels que le barrage et le pont d’Amir ben Abd al-Wahab.
Jibn, souvent qualifiée de « ville des rois », conserve des traces de l’époque tahiride : écoles, palais comme celui de Harran, citernes antiques et nécropoles royales. Ces sites témoignent d’une continuité historique allant des royaumes sabaéens et himyarites aux périodes médiévales.
Jabal al-Hasha, culminant à près de 2 000 mètres, offre des panoramas de vallées, des cascades saisonnières et un patrimoine architectural ancien. Toutefois, l’accès et les services restent limités, ce qui freine pour l’heure un développement touristique massif.
Perspectives
Au carrefour des enjeux agricoles, historiques et stratégiques du sud du Yémen, Al-Dhali conserve un potentiel économique et touristique important malgré les défis du conflit et des infrastructures. Sa richesse en ressources naturelles, ses sources thermales et son patrimoine architecturale pourraient, avec la stabilité et des investissements ciblés, favoriser une relance durable.