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Politico estime que la menace du président américain visant à imposer des droits de douane aux pays européens à propos du dossier du Groenland a fait voler en éclats la trêve commerciale entre Washington et Bruxelles. Face à ce risque, l’Union européenne se retrouve devant un choix clair : riposter fermement ou chercher à gagner du temps pour désamorcer la crise.
Réponse sur les produits américains
Parmi les options à la disposition des dirigeants européens figure l’activation de droits de douane de rétorsion sur des produits américains pour un montant de 93 milliards d’euros. Ces mesures, décidées en réponse à des surtaxes américaines de l’an dernier, étaient gelées pour six mois et pourraient automatiquement entrer en vigueur le 7 février.
Cette première possibilité vise à créer un coût politique et économique pour les États-Unis afin de dissuader l’administration américaine de poursuivre ses menaces tarifaires.
Un outil contre le chantage commercial
Politico souligne que l’« outil de lutte contre le chantage commercial » constitue l’arme la plus puissante de Bruxelles, car il permet de répondre de manière ciblée à des tentatives d’extorsion par les voies commerciales. Cet instrument est conçu pour décourager l’usage de pressions commerciales destinées à arracher des concessions dans d’autres domaines.
- augmentation ou imposition de droits de douane ;
- restriction des exportations et des importations ;
- limitations sur les services et l’accès aux marchés publics ;
- contrôle des investissements directs étrangers et des droits de propriété intellectuelle ;
- restriction de l’accès aux marchés financiers européens.
Son activation nécessite cependant plusieurs mois et l’accord des capitales, ainsi qu’une coordination entre la Commission européenne et les États membres, car cet outil n’a jamais été utilisé auparavant.
Jouer la carte chinoise
Une autre stratégie évoquée consiste à intensifier les liens commerciaux avec la Chine, sur le modèle du message envoyé récemment par le Canada en signant un accord majeur avec Pékin. L’objectif serait de montrer que l’Europe dispose d’autres partenaires commerciaux et qu’elle ne cédera pas aux pressions de Washington.
Cependant, Bruxelles demeure consciente des défis posés par la concurrence chinoise. Les responsables européens insistent sur la nécessité d’un commerce sino-européen mieux organisé et encadré pour préserver les intérêts industriels du continent.
Vendre des actifs financiers : une arme risquée
Les actifs financiers détenus par des entités européennes constituent un levier potentiellement puissant : l’Europe détient environ 8 000 milliards de dollars d’actions et de dettes américaines, un montant considérable par rapport au reste du monde.
Un désengagement massif pourrait faire monter les coûts d’emprunt américains et déclencher des turbulences financières, mais il entraînerait aussi des pertes lourdes pour les banques et investisseurs européens. C’est pourquoi une séparation progressive du système financier américain paraît plus probable qu’une vente brutale et généralisée d’actifs.
Gagner du temps : la préférence de Bruxelles
Pour l’heure, la retenue reste l’option privilégiée de l’Union européenne. Bruxelles favorise le dialogue et cherche à éviter l’escalade tarifaire, en tentant de préserver les canaux de négociation ouverts avec Washington.
L’accord conclu l’an dernier avait conduit les États-Unis à réduire leurs droits de douane sur la plupart des produits européens à 15 %. En contrepartie, l’UE n’a pas encore abattu ses propres barrières sur certains produits industriels, un point que la menace américaine a rendu difficile à faire approuver au Parlement européen.
Le risque d’une guerre commerciale
La situation pourrait évoluer rapidement selon une décision attendue de la Cour suprême américaine sur certaines définitions tarifaires. Si l’administration venait à perdre, l’équation stratégique changerait.
Le sujet devrait également être évoqué cette semaine lors du Forum économique mondial à Davos, où un échange possible entre le président américain et la présidente de la Commission européenne est envisagé. Parallèlement, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se réuniront en sommet d’urgence jeudi à Bruxelles pour décider d’une réponse coordonnée.
Selon les scénarios examinés, il est peu probable qu’une riposte offensive et globale soit adoptée immédiatement : la discussion portera surtout sur l’opportunité de cibler certains produits américains ou d’activer les puissants leviers commerciaux de l’UE. Mais si les menaces se matérialisent d’ici février et qu’aucun accord n’est trouvé, les deux parties pourraient se retrouver entraînées dans une véritable guerre commerciale.
Au-delà des options techniques et financières, la crise met en lumière l’enjeu politique central : Bruxelles doit décider si elle privilégie la dissuasion ferme ou la recherche de temps pour négocier, sachant que chaque choix comporte des coûts et des risques pour les économies européennes.