À Francfort, le procès de trois hommes accusés d’espionnage pour le compte de Moscou a été ouvert devant le tribunal régional. Le dossier décrit une opération visant un ancien soldat ukrainien résidant en Allemagne et des tentatives d’élimination potentielle. Le parquet fédéral affirme que l’affaire est « particulièrement grave » et que le procès doit durer environ trois mois et demi. Les suspects, tous en détention provisoire depuis leur arrestation en juin 2024, sont d’origines arménienne, ukrainienne et russe.

À Francfort, procès d’espionnage pro-Moscou: qui est impliqué et comment l’opération s’est déroulée
Le procès débute à 10h00 (09h00 GMT) devant le tribunal de Francfort, et pourrait s’étaler sur trois mois et demi jusqu’au 26 mars 2026, selon le parquet fédéral. L’Arménien Vardges I. serait chargé par les services secrets russes d’espionner un ancien soldat ukrainien résidant en Allemagne. Le dossier indique que ce dernier aurait été visé après avoir exécuté des soldats russes lors des premiers jours du conflit, selon des médias allemands. Le cerveau de l’opération aurait recruté les deux autres accusés, l’Ukrainien Robert A. et le Russe Arman S..
Le 19 juin, ils avaient organisé une rencontre « sous un faux prétexte » avec leur cible dans un café du centre-ville de Francfort (ouest). Il s’agissait alors « d’obtenir davantage d’informations à son sujet ». Mais l’homme s’était méfié et avait préalablement contacté la police allemande, qui a finalement arrêté les trois suspects.
Les accusés restent en détention provisoire depuis leur arrestation le 19 juin 2024, quasi un an et demi plus tard. Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, les accusations d’espionnage et de sabotage visant la Russie se sont multipliées en Allemagne, selon le parquet et des diplomates.

Berlin et la dynamique de la guerre hybride: les affaires se multiplient et les démonstrations de tension
Depuis l’invasion massive de l’Ukraine en février 2022, Berlin est devenu le principal soutien européen de Kiev et aussi une cible privilégiée de campagnes de désinformation, de sabotage et d’espionnage, selon le parquet et des responsables. Cette affaire s’inscrit dans ce cadre qualifié de « guerre hybride » attribuée au Kremlin, qui a conduit à une multiplication des procédures similaires, et à des condamnations récentes comme celle d’un Germano-Russe à Munich fin octobre à six ans de prison.
Le parquet a aussi évoqué d’autres dossiers, et les procureurs ont annoncé l’arrestation de trois Ukrainiens soupçonnés d’actes de sabotage en mai. L’ambassade de Russie à Berlin a refusé de commenter ces procédures lorsque contactée par l’AFP. Dans ce contexte, un ancien agent secret allemand est jugé à Berlin pour avoir transmis des informations classées secrètes aux services russes (FSB) à l’automne 2022, et des peines avec sursis ont été prononcées pour d’autres complices.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, environ un million d’Ukrainiens se sont réfugiés en Allemagne, et Moscou a été soupçonné de mener des opérations clandestines sur ce territoire, notamment l’assassinat en 2019 d’un ancien combattant indépendantiste tchétchène à Berlin, meurtre que la Russie a d’abord démenti puis reconnu en 2024 comme lié au FSB. L’enquête d’aujourd’hui s’inscrit dans cette histoire, même si les autorités insistent sur le fait que les faits en question visent à prévenir des actes violents et non à viser un citoyen européen spécifique.
Une autre affaire notable concernait Dieter Schmidt, Germano-Russe, condamné fin octobre 2024 pour échange d’informations avec une personne liée aux services de renseignement russes. Cet élément rappelle que les procédures liées aux services de renseignement se poursuivent dans plusieurs villes allemandes. L’affaire a été évoquée par le parquet et par les médias, et l’ambassade russe n’a pas commenté les procédures en Allemagne.