La visite de Xi Jinping au Caire, le 1er septembre, ne se résume pas à une séquence diplomatique. Elle remet au premier plan la stratégie d’équilibre de l’Égypte entre la Chine et les États-Unis, avec un dossier devenu particulièrement sensible : la maîtrise des données, des infrastructures d’intelligence artificielle et des capacités de calcul.

Le président chinois a été reçu par Abdel Fattah al-Sissi au palais présidentiel. D’après Al Jazeera, les deux pays ont affiché leur volonté d’approfondir leur partenariat stratégique et ont publié un communiqué conjoint de 21 points. Le contenu de cette séquence intéresse directement Le Caire : il s’agit d’attirer investissements et technologies sans laisser une puissance étrangère prendre la main sur des actifs considérés comme stratégiques.

Une relation sino-égyptienne déjà installée dans l’économie

La visite intervient alors que la présence économique chinoise est déjà visible dans plusieurs grands projets égyptiens. Al Jazeera chiffre les échanges commerciaux bilatéraux à environ 21 milliards de dollars à la fin de 2025, un volume largement favorable à la Chine. Le média évoque aussi 1,4 milliard de dollars d’investissements chinois récents et 3 366 entreprises chinoises présentes dans le pays.

Cette implantation couvre notamment les travaux de la nouvelle capitale administrative, Alamein, le train électrique et des projets d’énergies renouvelables. Pour Pékin, l’Égypte est à la fois un marché, une plateforme industrielle et un point d’appui sur les routes reliant l’Asie, l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Pour Le Caire, la relation peut contribuer à diversifier les partenaires et à soutenir l’activité économique.

Le rapprochement ne se limite pas aux contrats. La visite s’inscrit aussi dans le soixante-dixième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, l’Égypte ayant été la première nation arabe et africaine à reconnaître la République populaire de Chine en 1956.

Le dossier des données, nouvel indicateur de souveraineté

Le point le plus révélateur se situe toutefois dans le numérique. Al Jazeera rapporte qu’un projet de centre de données et de capacités de calcul pour l’intelligence artificielle est au cœur d’une concurrence entre acteurs chinois et américains. Huawei aurait proposé une infrastructure de calcul reposant sur plus de 2 000 puces avancées ; une offre concurrente américaine aurait ensuite été encouragée, selon le récit du média.

Pour l’Égypte, l’enjeu ne tient pas seulement au choix d’un fournisseur. Un centre de données peut héberger des informations publiques, financières, de télécommunications ou des services d’informatique en nuage. Le contrôle de son infrastructure pose donc la question de la sécurité, de l’accès aux données et de la continuité des services.

Le texte d’Al Jazeera présente la « souveraineté numérique » comme la ligne directrice du Caire. Il rappelle notamment l’abandon, en juillet, d’une opération qui devait conduire à la prise de 75 % d’une société égyptienne d’actifs et de services de centres de données par Helios, au profit d’une solution nationale. Ce choix est interprété comme le refus de céder le contrôle des infrastructures sensibles, sans renoncer pour autant aux capitaux et aux technologies étrangers.

Éviter l’alignement plutôt que choisir un camp

La marge de manœuvre égyptienne repose sur une logique de diversification. Pékin peut apporter des équipements, du financement, une capacité d’exécution et des coopérations industrielles. Washington demeure, de son côté, un partenaire militaire essentiel et conserve une influence importante dans les institutions financières internationales, alors que l’Égypte poursuit un programme de réformes avec le Fonds monétaire international.

Al Jazeera cite un haut responsable égyptien qui résume cette orientation par la recherche d’un « équilibre stratégique » conforme à l’intérêt national. Cette formule ne signifie pas que les arbitrages seront simples. Les technologies de l’IA, les puces, les réseaux et les services en nuage sont interdépendants : les choix techniques peuvent rapidement devenir des choix géopolitiques.

La relation militaire avec les États-Unis reste ainsi un facteur de poids. Le média rappelle une aide américaine annuelle de 1,5 milliard de dollars, dont 92 % destinés au militaire selon le budget américain 2026. En parallèle, l’Égypte a diversifié ses fournisseurs d’armement et ses coopérations afin de ne pas dépendre d’un seul partenaire.

Une visite qui ouvre des options sans lever les contraintes

La visite de Xi Jinping consolide la place de la Chine dans le paysage économique et technologique égyptien. Elle ne transforme pas pour autant Pékin en substitut de Washington. Le Caire cherche plutôt à conserver la capacité de négocier avec les deux puissances, à obtenir des transferts de technologie et à protéger le contrôle national des réseaux et des données.

Le test viendra des décisions concrètes, en particulier dans les infrastructures numériques. Elles diront si l’Égypte parvient à faire de sa position géographique — au croisement de grands câbles sous-marins entre Méditerranée, mer Rouge et canal de Suez — un avantage industriel et technologique, sans sacrifier la maîtrise de ses actifs stratégiques.

Sources

  • Al Jazeera, « مصر بين الصين وأمريكا.. حيرة أم مواءمة؟ », 3 septembre 2026, lire l’article original.