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Une étude récente publiée dans la revue Heritage Science, rattachée au groupe Nature, relance le débat sur la construction des pyramides après la parution d’une théorie signée par un auteur n’indiquant que son adresse électronique personnelle. L’article, dont l’auteur se présente comme résident de New York, propose un modèle alternatif fondé sur des poulies et des rampes internes plutôt que sur les longues rampes extérieures traditionnellement évoquées.
La théorie en détail
Selon cette proposition, les blocs n’auraient pas été hissés principalement via des rampes extérieures mais par un système interne combinant poulies, poids mobiles et rampes coulissantes. Des galeries et des chambres à l’intérieur du massif auraient servi de voies pour déplacer des contrepoids, tandis que des espaces frontaux joueraient le rôle de leviers ou de plateformes de levage.
Le mécanisme décrit repose sur des configurations de poulies à plusieurs brins. Pour la majorité des blocs, estimés entre 1 et 10 tonnes, l’auteur évoque un montage à double passage (effet 2:1) réduisant de moitié la force nécessaire. Pour les blocs exceptionnels, comme ceux de la chambre du roi pesant jusqu’à environ 60 tonnes, il propose un montage à quadruple passage (effet 4:1) pour abaisser la force requise à un quart du poids réel.
Ce système permettrait, d’après l’hypothèse, d’atteindre des cadences très élevées — parfois un bloc par minute — en répartissant le travail sur les quatre faces du monument. L’auteur avance aussi que des traces dans les parois et des vides récemment mis au jour pourraient correspondre aux chemins et aux loges des systèmes de levage internes plutôt qu’à des aménagements à vocation exclusivement symbolique ou funéraire.
Aspects techniques et contraintes physiques
Pour répondre aux objections liées au frottement et à la manutention, la théorie mentionne l’usage de pierres dressées, d’huiles et d’éléments boisés polis pour réduire la résistance sur les rampes internes. Les câbles et les poulies auraient également été traités afin de faciliter le glissement et, le cas échéant, d’exploiter le frottement comme frein de sécurité pour éviter tout recul involontaire.
L’auteur souligne par ailleurs la complémentarité entre conception mécanique et organisation du chantier : la distribution des postes de travail autour du bâtiment et le recours à des mêmes systèmes de levage sur les quatre faces expliqueraient certaines déformations observées aujourd’hui sur les parements extérieurs.
L’auteur et le mystère de l’affiliation
Le nom indiqué par l’étude est celui de Simon Andreas Schuring, présenté comme résident de New York, mais seul un courriel personnel figure pour le contacter. Interrogé par des journalistes, il a déclaré être professeur en biophysique et a admis que l’égyptologie relève pour lui d’un intérêt personnel.
Il a expliqué qu’il n’avait pas associé son institution à cette publication parce que celle-ci n’aurait pas validé une recherche fondée sur sa « passion ». Il reconnaît ne pas être spécialiste en égyptologie mais affirme que sa formation en physique apporte un cadre quantitatif et une capacité de raisonnement multidisciplinaire utiles pour modéliser des contraintes physiques et architecturales.
Réactions et critiques de la communauté
La parution a suscité des réserves sur la forme aussi bien que sur le fond. Des voix universitaires ont regretté l’absence d’affiliation institutionnelle, rappelant que l’identification claire de l’auteur facilite le contrôle académique et la responsabilité scientifique.
Un universitaire engagé contre les pratiques de fraude académique a qualifié cette omission de « grave et inacceptable », estimant que, compte tenu du ton et de la technicité du texte, l’auteur aurait tout intérêt à revendiquer sa position au lieu de publier anonymement après avoir acquitté les frais de publication. Le risque, selon lui, est que cette irrégularité entraîne une demande de correction de la revue, voire le retrait de l’article.
Conséquences possibles et perspectives
Sur le plan méthodologique, la théorie offre des explications cohérentes à plusieurs observations matérielles — marques sur les parois, cavités internes — et pourrait, si elle était confirmée par des preuves archéologiques et expérimentales, étendre la compréhension des techniques de construction à d’autres pyramides.
Cependant, son acceptation dépendra d’un examen critique approfondi par des spécialistes en archéologie, ingénierie et histoire ancienne. Les questions de validation, d’expérimentation sur maquettes et d’accès aux structures internes restent essentielles pour trancher entre hypothèse séduisante et demonstration convaincante.
En attendant, la publication a ravivé le débat sur la construction des pyramides et sur les pratiques éditoriales des revues scientifiques, ouvrant une double discussion scientifique et éthique qui devrait se poursuivre dans les mois à venir.