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L’œuvre d’Anselm Kiefer : une transformation matérielle et artistique

par Marie
France

L’immense artiste allemand Anselm Kiefer investit le Saint Louis Art Museum avec une exposition monumentale intitulée « Becoming the Sea ». À 80 ans, le plasticien continue de redéfinir les codes de l’art contemporain à travers une alchimie complexe de matériaux bruts et de références littéraires, offrant une expérience immersive unique jusqu’en janvier 2026.

Tableau monumental Am Rhein d'Anselm Kiefer représentant le Rhin
Am Rhein (Sur le Rhin), 2025. Collection de l’artiste. Photo : Dan Bradica.

Une immersion physique dans la matière

Face aux œuvres d’Anselm Kiefer, la première confrontation est physique. Ses toiles ne sont pas de simples surfaces peintes ; elles sont des entités massives, certaines mesurant plus de 3,5 mètres sur 11 et pesant jusqu’à 1,3 tonne. L’artiste y accumule des strates denses de goudron, de plomb fondu et d’acier, dans lesquelles il incruste poèmes, mythes et fragments d’histoire.

Cette approche viscérale des matériaux crée une atmosphère d’ingéniosité explosive. Le spectateur se retrouve happé par ces mondes d’informations compressées, où la création artistique devient une transformation presque géologique. Pour apprécier pleinement cette densité, l’espace devient une condition sine qua non.

Une scénographie grandiose au Saint Louis Art Museum

L’exposition « Anselm Kiefer: Becoming the Sea » trouve un écrin idéal au Saint Louis Art Museum (SLAM). Construit pour l’Exposition universelle de 1904, ce bâtiment palatial offre les volumes nécessaires pour laisser respirer ces œuvres titanesques. Sous la direction de la conservatrice Min Jung Kim, la mise en scène privilégie la lumière naturelle et l’absence de barrières de protection, une demande expresse de l’artiste.

Œuvre Für Paul Celan avec textures craquelées et sombres
À gauche : Für Paul Celan (2017-2019). À droite : Des Meeres und der Liebe Wellen (2017).

Cette proximité permet au public de découvrir les détails tridimensionnels des surfaces, transformant la visite en une expérience intime et spacieuse. L’exposition rassemble 40 œuvres allant des années 1970 à aujourd’hui, dont 20 pièces réalisées au cours des cinq dernières années.

Entre le Rhin et le Mississippi : dialogue des fleuves

L’idée de cette exposition est née d’une conversation sur un balcon surplombant le grand hall du musée. Kiefer, qui a grandi sur les rives du Rhin, a été inspiré par la géographie de Saint-Louis, située au confluent du Missouri et du Mississippi. Ce parallèle entre les grands fleuves traverse l’exposition, reliant l’histoire personnelle de l’artiste, né en Allemagne en 1945 au milieu des décombres, à la géographie américaine.

Dans ses nouvelles toiles in situ, Kiefer utilise l’électrolyse pour obtenir des teintes vertes distinctives, plaçant du cuivre dans de grands bains d’eau salée. Ces procédés chimiques évoquent les anciens alchimistes, transmutant la matière brute en œuvres d’une gravité profonde.

Mémoire littéraire et hommage poétique

L’œuvre Für Paul Celan, favorite de l’artiste dans cette sélection, illustre parfaitement sa méthode. Utilisant de la gomme-laque, du plomb, de l’argile et du charbon, Kiefer a créé une surface qui s’écaille telle l’écorce d’un arbre, révélant des profondeurs cachées. Elle porte les vers du poète Paul Celan, survivant de l’Holocauste dont l’œuvre hante celle de Kiefer depuis des décennies.

Sculpture Sappho d'Anselm Kiefer avec pile de livres en plomb
Sappho, 2025. Sculpture hommage à la poétesse grecque.

L’exposition rend également hommage aux figures féminines historiques. La sculpture Sappho, dédiée à la poétesse grecque, remplace la tête du sujet par une imposante pile de livres en plomb, symbolisant le poids et la pérennité de la connaissance. Une autre galerie baignée de soleil présente des collages monumentaux de gravures sur bois, dont Maginot, référence à la ligne de défense française inutile face à l’invasion allemande.

À 80 ans, Anselm Kiefer ne montre aucun signe de ralentissement. Cette rétrospective témoigne de son engagement inlassable envers l’acte de faire, confirmant sa place majeure dans l’art contemporain.

Toile monumentale Missouri Mississippi aux tons dorés et verts
Missouri, Mississippi, 2024. Émulsion, huile, acrylique, feuille d’or et sédiments d’électrolyse.
Source: https://observer.com/2025/12/exhibition-review-anselm-kiefer-becoming-the-sea-at-slam-saint-louis/

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